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Madame Vigée Le Brun, femme, peintre et témoin de son temps

par Félix Delmas

Qui ne connaît Madame Vigée Le Brun? Une des plus grandes, si ce n’est la plus grande portraitiste française. Bien peu arrivent à la hauteur de son talent. Ingres, peut-être ? Mais à son époque, il n’y a vraiment qu’elle dans ce domaine de la peinture. David, Gros, Géricault voir même Greuze ne sont pas de grands portraitistes. Qui ne connaît pas les extraordinaires représentations de Marie-Antoinette. Je ne suis pas un expert, loin de là en peinture, mais je dois reconnaître que devant un de ses portraits, il y a un « je-ne-sais-quoi » qui rend cette peinture unique, une façon bien à elle à rendre l’âme, la personnalité du modèle qui, sous son pinceau, devient vivant.

Ainsi Madame Vigée Le Brun (1755-1842) nous a laissé des souvenirs, sous forme de lettres, de portraits (écrits), d’écrits dans lesquels elle nous raconte sa vie mais surtout la vie de son entourage. Je ne vais pas faire une biographie, ses souvenirs en sont une base solide et d’une grande richesse. Son père était pastelliste, c’est lui qui sera le premier maître de sa fille. Elle a l’éducation classique d’une jeune fille de la bourgeoise de l’époque : d’abord en nourrice puis au couvent. Son père décède alors qu’elle n’avait que 12 ans, et elle se réfugie dans la peinture pour faire son deuil. De plus sa mère se remarie, avec un joaillier qui n’a aucune tendresse pour sa belle-fille (qui le lui rend bien). Elle poursuit sa formation et très vite, elle est repérée par Joseph Vernet et Greuze. Elle fréquente les musées, les collections privées, elle copie les œuvres des grands maîtres, travaille énormément, ayant compris que quel que soit le talent dont la fortune nous a doté, sans travail, il ne sert à pas grand-chose.

Très vite, on lui commande des portraits et elle commence à gagner sa vie (mais son beau-père garde tous ses gains). Malgré les avis lui déconseillant de se marier avec Jean Le Brun, marchand de tableaux, elle l’épouse. Une fille naîtra. Le Brun, s’il sera toujours très respectueux eu égard à son épouse, s’occupe de ses intérêts (de fait il dilapidera une fortune). Un portrait du comte de Provence la fait rentrer à la cour, et elle devient la peintre officielle de la Reine. Le succès est là, ses portraits valent des fortunes, elle rentre à l’Académie royale de peinture, est invitée par la plus belle société. Elle comprend, dès les premiers soubresauts de la Révolution, qu’elle pourrait être malmenée et elle part en exil dans toute l’Europe. D’abord l’Italie : Milan, Florence, Rome, puis l’Autriche, la Russie (où sa fille se marie), l’Allemagne. Sa réputation l’a précédée et elle est reçue partout par l’élite des pays, des villes où elle réside. Et elle peint et vit très bien de son talent.

Dès qu’elle a appris qu’elle est rayée de la liste des immigrés, elle revient à Paris, ce qui nous vaut de belles pages pleines de nostalgie, sur un passé irrémédiablement révolu. Mais elle repart en voyage, d’abord en Angleterre puis en Suisse, avant de revenir définitivement en France. Sa fille décède en 1819, son frère en 1820. Ses Souvenirs sont publiés en 1835. Les dix dernières années de sa vie, la voient se retirer à Louveciennes, perclus par les maux de la vieillesse. Sujet à des attaques cérébrales, elle finit par devenir aveugle.

Avant tout, Madame Vigée Le Brun est une femme de son époque et surtout de son milieu. Elle ne fréquente que la très haute société, montre une peur incontrôlable du peuple, dont elle ignore totalement la misère et les problèmes. Elle a une vision « folklorique » des populations des pays où elle vit. Elle a une passion pour la penture (mettant Raphaël au pinacle), pour la musique, pour le théâtre, voire même pour la mise en scène. Elle chante, joue la comédie, crée des spectacles. Mais elle ne fait que comme les personnes du milieu qui est le sien. Et de fait, ses souvenirs sont pour nous le moyen de découvrir la vie quotidienne de son milieu à son époque, totalement différente de la nôtre, et de la vie de tous ces immigrés qui ont fui la révolution.

Autoportrait de l’artiste entrain de peindre Marie-Antoinette (1790)
Galerie des Offices. Florence

Mais on perçoit aussi la femme. La femme qui adule sa fille, la fe.mme qui pleure beaucoup, la femme que le bruit dérange, la femme qui protège ses yeux. Une femme aussi très « douce », empathique. Seul Chamfort ne trouve pas grâce à ses yeux. Elle est aussi déçue par certaines personnes de son entourage, dont Lebrun le poète dont elle loue le talent, dont elle fut très proche mais qu’elle ne veut plus voir depuis qu’il s’est investi dans la tourmente révolutionnaire. On sent une femme heureuse, mais aussi une femme triste, nostalgique d’une société qui a disparu avec la Révolution. Elle ne cache pas ses sentiments royalistes et une immense tendresse à la mémoire de sa reine Marie-Antoinette dont les portraits qu’elle fit d’elle sont passés à la postérité.

Souvenirs
Élisabeth Louise Vigée Le Brun

Collection Le Temps retrouvé.
Éditions Mercure de France. 14€50

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