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Hockney, Ma Normandie : la joie, la vitalité

par Jean-René Le Meur

Une dizaine de nouvelles peintures ainsi qu’une série d’œuvres de David Hockney galerie Lelong, à ne pas manquer 

Visite de presse en pleine semaine, galerie Lelong, avenue de Messine. Alors, bon ; avenue de Messine, place de Narvik ; c’est beau certes mais, il y a plus gai. Et puis il pleut, j’ai marché sur la merde de chien à l’entrée de la galerie (Alti, le chien du quartier, c’est toi ?). Le péquenaud de Château-Renault dans le monde de l’art dans le 8ème. La jeune fille qui nous accueille est en panique avec son sopalin à la main, l’œil jugeant avec condescendance les dégâts et son auteur. Ça part bien ! 

Et puis… au premier étage, de la couleur. 

C’est Hockney. Il nous réjouit, réchauffe et nous fera peut-être supporter l’annonce du couvre-feu du soir.

Aimer la vie, source de vitalité

André Bauchant par André Kertész© Philippe Migeat
Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP.© RMN-Grand Palais

Avant cela, dans l’escalier, nous sommes accueillis par une photographie du peintre avec son chien. Il a une bouille irrésistible. Le peintre ; le chien aussi remarquez. Je pense tout de suite à André Bauchant, le peintre naïf vedette de ma cité natale (Château-Renault donc). Regardez ces yeux pétillants ; irrésistible je vous dis. 

Un lien évident entre les deux. Des yeux, un regard, un regard sur la vie et sur le monde. 

Comme on est plus heureux quand on est heureux, pourquoi être malheureux ? Naïveté sans doute. 

Misons sur le bonnes nouvelles. La vie sera belle. 

Jean Frémon, président de la Galerie et ami d’Hockney dans son David Hockney en Pays d’Auge (ed. L’Echoppe) fait un lien entre Hockney et Michel Serres« Ecoutons » le dans un entretien avec un journaliste : « comme le journaliste lui demandait quelle était la nouvelle qu’il retenait dans celles qui venaient d’être égrenées, il dit : « Mais vous n’annoncez que de mauvaises nouvelles. » Le journaliste rétorque : « Vous en connaissez, vous, des bonnes nouvelles ? – Mais oui, répond le philosophe. – Par exemple ? – Eh bien par exemple l’arrivée du printemps. » 

Et bien c’est que fit Hockney en Normandie : s’enjouer à peindre l’arrivée du printemps dans son déroulement comme un récit. De l’énergie, du mouvement (toujours).

L’appropriation du réel avec une peinture vive, dynamique, des toiles vibrantes, vibrionnantes. 

Deux lieux d’exposition 

Un conseil, commencez par l’exposition au 38 avenue Matignon, « montez » ensuite avenue de Messine

Lui qui a étudié les rouleaux chinois fut à l’automne 2018 happé par la Tapisserie de Bayeux. Le profil, pas d’ombre, pas de perspective, pas de point de fuite. Impression dynamique. 

C’est ce qui est exposé avenue Matignon. 

On est captivé par ces deux frises de 12 mètres de long en panorama l’une pour l’hiver, l’autre pour l’été. L’efficacité graphique du déroulement. 

David Hockney. Galerie Lelong
©Photo JR Lemeur/Wukali

C’est le résultat d’un travail sur leporello, 24 pages en accordéon. Un accordéon qui fait une boucle. Le tour de la maison… vision 360°. On nous dit qu’il a juste commencé à dessiner comme ça. Dessiné ce qui était devant lui et s’est déplacé progressivement autour de la maison. Et comme par hasard, la 24èmeimage finissait le carnet : « sens de l’échelle absolu. »

Avenue de Messine. Au premier étage, sur le seuil, on voit au loin, très loin, des couleurs. C’est Beuvron-en- Auge en panorama. On n’y décèle pas les cars de Japonais et de Chinois et pourtant la prise de vue, c’était avant le confinement. Impressionnant.

Beuvron-en-Auge. David Hockney. Galerie Lelong
©JR Lemeur/Wukali

Le peintre abstrait peint ce qu’il est. Le peintre figuratif peint ce qu’il voit. 

Hockney va plus loin. Certes il peint ce qu’il voit. Et il aime ce qu’il voit. Et nous fait l’aimer. 

Il aime les pommiers, les poiriers. Tellement qu’il en fait des portraits. Il portraitise la nature, qu’il voit. Mais, mais, mais. Ce qu’on ressent, c’est qu’il dessine ce qu’il voit mais par souci de vérité de ce qu’il est. 

En tout cas, les œuvres exposées ne sont pas celles d’un naïf. Un peu impressionniste, il y a plus du fauviste et un peu d’abstraction. Champion du contraste. 

Curieux. Il y a peu d’ombres. On comprend après. C’est réservé à la photographie pour lui, c’est figé. Lui ce qu’il veut c’est le mouvement. Même logique pour la perspective. Le paysage ne répond pas à la perspective. Le vie n’est pas photographique, elle est vibrante. Vibrations… c’est l’impression que l’on a en regardant l’Apple tree. 

David Hockney « Apple Tree » 2019. Acrylique sur toile 36 x 48 inches | 91,4 x 121,9 cm © David Hockney
Crédit photo : Richard Schmidt Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris

Et puis, il n’y a pas de couche ; place au dessin, au trait dynamique, vif … obsession de la vie. 

En avant ! 

Obsession

Obsession de la vie. Mais aussi du motif. Monet, normand de naissance voulait imprimer la lumière variant à chaque instant sur le motif. Le normand d’adoption quant à lui a une obsession, celle de montrer les feuilles pousser…. 

Notons qu’à l’automne prochain (2021) il y aura une exposition Hockney à l’Orangerie. Panorama obsédant de la nature s’il en est…

Obsession du travail aussi. Ce qu’on apprend dans l’ouvrage de Jean Frémon. Un dessin par jour certes mais il passe plus de temps à analyser, comprendre son travail et ses œuvres. Il travaille sur papier, sur Ipad. Obsession de l’échelle, du format, des encres, du mouvement du bras, de la dimension. Une fois la bonne combinaison trouvée, il change de support et repeint, refait… mais plus vite dit-il. Puisque la main se souvient sans doute. 

L’Ipad a cela de formidable indique-t-il, c’est qu’on peut travailler la nuit dans son lit !

Obsession :« je réfléchis à ce que j’ai fait dans la journée et à ce que je ferai le lendemain. Il faut penser tout le temps à ce qu’on peint. Il faut penser qu’à ça. Rien ne bien n’a jamais fait autrement. Tout le temps que je passe à penser à ce que je ferai le lendemain est du temps gagné, des solutions trouvées, des choix effectués. »

Obsession à la Van Gogh dans la production, dans le style, dans l‘exécution et dans le motif. Quand on voit les pommiers et les poiriers, on pense à la branche d’amandier de Van Gogh et le cerisier façon Hiroshige

Obsession à la Monet, sur le motif. Hommage dans une des œuvres présentée. La mare sous la pluie de son jardin. Lumières changeantes, clapotis, petits « splashes ». 

Là aussi on pense à Hiroshige et ces « soudaines averses » sur les ponts du Tokaido.

Comme si les toiles dansaient, vibraient. 

Elles vivent. 

Vive la vie ! Et cela malgré les merdes de chiens. 

Les chiens. David Hockney. Gallerie Lelong, Paris.
Crédit photo©JR Lemeur/WUKALI

Après tout, Alti est si mignon, et puis il y a sa maîtresse aux attentions émouvantes et si précieuses. 


Exposition David Hockney
Ma Normandie
Jusqu’au 23 décembre 2020. Réservez votre place pour l’exposition.
Galerie Lelong & Co. 13, rue de Téhéran et 38 avenue Matignon 75008 Paris + 33 (0)1 45 63 13 19 www.galerie-lelong.com

Illustration de l’entête: « The Entrance » 2019, Acrylique sur 2 panneaux (91,4 x 121,9 cm chacun) 91,4 x 243,8 cm (© David Hockney, Crédit photo : Richard Schmidt, Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris)

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