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Alphonse Allais, pour la drôlerie et la dérision

par Jacques Trauman

Excellente nouvelle. Le captain Cap a vraiment existé. 

Immortalisé par Alphonse Allais (*), le captain Cap, découvreur entre autre des mines de charcuteries du Québec, le «Meatland», ainsi que de nombreux et savoureux cocktails, se nommait en fait Albert Caperon. Il a 28 ans lorsqu’il se présente aux élections législatives à Montmartre le 20 août 1893. C’est un candidat moderne puisqu’il est déjà anti-européen et anti-bureaucratique, «ennemi de la routine et de la paperasserie».

Voici quelques éléments de son programme:

1/ Aplanissement de la Butte Montmartre.

2/ Création d’un fort-observatoire sur cette même Butte, dont les lunettes serviraient de canon en période de guerre.

3/ Percement d’un grand tunnel polyglotte, divisé en compartiments scolaires où seront enseignées toutes les langues du monde. Tout citoyen conduira son fils âgé de six ans au commencement de la voûte et, dix ans plus tard, ira le chercher à l’autre bout, récupérant un enfant qui, à moins d’être sourd et muet, saura parler toutes les langues.

4/ La place Pigalle, port de mer.

5/ Suppression de l’impôt sur les bicyclettes.

6/ Rétablissement de la licence dans les rues au point de vue de la repopulation.

7/ Continuation de l’avenue Trudaine jusqu’aux Grands Boulevards.

8/ Suppression de la bureaucratie

9/ Etablissement sur la Butte d’une plazza de toros et d’une piste nautique.

10/ suppression de l’Ecole des Beaux-Arts

Une magnifique profession de foi

Mais le coeur de son programme, le voici:

Le captain Cap, soutenu entre autre par Georges Courteline, obtiendra 176 vois, soit 2,22%  des votants, presque autant que le parti socialiste de nos jours

Citoyens,
Homme neuf, j’arrive avec des idées neuves.
Je veux vous faire profiter de mes idées, et c’est pourquoi je viens à vous.
Si vous me nommez, c’est un honnête homme que vous enverrez au Palais Bourbon. JE NE CROIS PAS DEVOIR VOUS EN DIRE DAVANTAGE.
Aprés vingt ans de mer et de Far-West, lorsque je remis les pieds sur le cher sol natal, qu’y trouvai-je ?
MENSONGE, CALOMNIE, HYPOCRISIE, MALVERSATIONS, TRAHISON, NEPOTISME, CONCUSSION, FRAUDE ET NULLITE.
L’origine de tous ces maux, citoyens, n’allez pas la chercher plus loin, c’est LE MICROBE DE LA BUREAUCRATIE. Or, on ne parlemente pas avec les microbes
ON LES TUE !
Et c’est ce que je me suis juré de faire en dépit de tous.
Certains politiciens, vous le savez, ont intérêt à maintenir ce triste état de choses. Car, ce qui ruine le peuple, les fais vivre et les engraisse.
Mais ils sont assez gras comme cela, ces hommes néfastes.
Ecartons-les de nous. 

LOIN D’ETRE L’APANAGE DE CERTAINS, L’ASSIETTE AU BEURRE DOIT ETRE LE PRIVILEGE DE TOUS.

Jetons donc sans crainte le cri d’alerte tandis qu’il en est encore temps.
Le vaisseau que nous montons est fait du chêne des vieilles forêts de France. La sève du sol  gaulois circule dans ses flancs. S’il fait eau, radoubons-le et ouvrons l’oeil au bossoir.
Déposons sur l’île déserte de l’oubli les nullités endimanchées qui ont essayé d’entraver notre marche en avant.
Jetons par dessus bord paperasses et registres et, avec les ronds-de-cuir de ces incapables, faisons des bouées de sauvetage.
J’ai dit ce que je voulais.
ASSEZ CAUSÉ

Il faut défricher avant d’ensemencer. Défrichons !
Lorsque nous aurons enlevé jusqu’au dernier brin d’ivraie, nous verrons refleurir avec plus d’éclat que jamais LA LOYAUTE ET L’AMOUR DE LA PATRIE, ces deux fleurs symboliques sans lesquelles sont vains les trois mots inscrits au fronton de nos édifices: Liberté, Égalité, Fraternité

Vive la République libre et sans bureaux !

Ses soutiens, dont Courteline, enfoncèrent le clou, à l’Auberge du Clou, précisément, où Cap tenait ses réunions électorales:

«Citoyens,

 Saint-Just a dit: Vous avez renversé l’aristocratie, mais vous avez crée la bureaucratie.

Il y a cent ans de cela, et aujourd’hui la bureaucratie est plus puissante que jamais.

Elle a tout englobé, tout absorbé, tout envahi.

C’est elle qui étouffe les génies, et tue les grandes idées; elle est la plaie européenne et l’entrave à tout progrès…etc…»

Merci, Captain cap, et surtout, revenez, nous avons besoin de vous.

(*) «Le captain Cap»
Alphonse Allais

Édition collection 10/18

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