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L’Intelligence artificielle restitue le visage des empereurs romains

par Revue de presse

54 empereurs romains, plus en statues en marbre ou en bronze, froids et lointains, mais naturels comme vous et moi, parfaitement identifiables, des hommes somme toute que vous pourriez croiser dans la rue et qui nous ressemblent. En d’autres termes, iPhone dans la ville de Pompeï. Cet exploit technologique formidable a été rendu possible grâce aux ressources phénoménales qu’apporte l’intelligence artificielle (IA)

Ainsi les visages des anciens empereurs romains ont pris vie dans des reconstructions numériques; le projet d’image incroyablement réaliste comprend entre autres reconstructions ceux des visages des empereurs Caligula, Néron et Hadrien.

En effet, les caractéristiques de ces dirigeants morts depuis longtemps ont été préservées dans des centaines de sculptures, mais même les sculptures les plus détaillées ne peuvent pas exprimer à quoi ressemblaient vraiment ces hommes de leur vivant. Pour explorer cela, le directeur de la photographie et concepteur de réalité virtuelle canadien Daniel Voshart a utilisé l’apprentissage automatique – des algorithmes informatiques qui apprennent par l’expérience – dans un réseau neuronal, un système informatique traite les informations par le biais de hiérarchies de nœuds qui communiquent d’une manière similaire aux neurones d’un cerveau.

Grâce au réseau neuronal, appelé Artbreeder, des algorithmes ont analysé environ 800 bustes pour modéliser des formes faciales, des traits, des cheveux et une peau plus réalistes et pour ajouter des couleurs vives. Voshart a ensuite affiné les modèles à l’aide de Photoshop, en ajoutant des détails glanés dans des pièces de monnaie, des œuvres d’art et des descriptions écrites des empereurs à partir de textes historiques (Cliquer), pour que les portraits prennent vraiment vie.

Ainsi souligne Daniel Voshart «Il existe une règle empirique dans la programmation informatique appelée« poubelle dans les ordures », et elle s’applique à Artbreeder». Cest pourquoi, précise-t-il « Un buste bien éclairé et bien sculpté avec peu de dégâts et des traits de visage standard va être assez facile à obtenir». En revanche, un ensemble de données comprenant des sculptures endommagées ou des sculptures photographiées sous un éclairage médiocre peut produire des images dites de «déchets» et qui ne sont pas très réalistes.

Il faut savoir que les bustes que D. Voshart a préféré utiliser comme sources principales de ses travaux expérimentaux ont été sculptés du vivant même des empereurs.

Caligula. Il avait à en croire les textes: « un regard assez sauvage pour torturer »
©Daniel Voshart et Metropolitan Museum of Art

C’est pourquoi pour obtenir au plus près la couleur de la peau, le concepteur virtuel canadien a fourni à Artbreeder une image de référence colorisée afin qu’il puisse «deviner» comment répartir les teintes de sorte que la surface du modèle ressemble à une peau humaine réaliste. « Je peux changer le teint et changer quelque peu l’origine ethnique avec des commandes manuelles« , a-t-il déclaré.

La recherche artistique ( c’est à dire la documentation iconographique des statues) et les textes historiques et documentaires de référence pour les empereurs a pris environ deux mois. L’assemblage de chaque portrait a nécessité environ 15 à 16 heures en moyenne.


Ainsi pour l’empereur Caligula, qui a régné de 37 à 41 après J-c. Voshart a ajusté le modèle Artbreeder en utilisant des descriptions qui comprenaient «la tête déformée, les yeux et les tempes enfoncés» et «les yeux fixant et avec un regard assez sauvage pour torturer», d’après un article intitulé «Personal Appearance in the Biography of the Roman Emperors», publié en 1928 dans la revue Studies in Philology.

Précision, l’empereur Néron (de l’an 54 à 68), avait une mâchoire plus arrondie, une peau «tachetée de rousseur et répugnante» et un visage «agréable plutôt qu’attrayant», selon l’article mentionné paru en 1928.

Néron (Lire la série de 6 articles sur l’empire romain)

Lorsque Daniel Voshart a commencé à se pencher sur l’idée de ressusciter les visages des empereurs romains en utilisant les capacités de l’IA, c’était avant tout comme un dérivatif pour se distraire pendant la quarantaine consécutive à la pandémie du COVID-19. Sa connaissance des anciens empereurs était « proche de zéro« , reconnait-il. Néanmoins, ce qui a commencé comme une expérience artistique divertissante a suffisamment titiller la curiosité de D. Voshart pour aboutir finalement à inclure 54 empereurs, couvrant une période de l’empire romain que l’on appelle parfois le Principat, de 27 av.J-C à 285 après J.-C.

En fait, paradoxalement, peu connaître les personnes dont il avait choisi de traiter fut un plus, lui permettant de façonner leurs visages sans préférences ni préjugés, c’est en tout cas ce qu’il a déclaré.

« Dans une reconstruction médico-légale, par exemple, vous ne souhaitez obtenir que des informations pertinentes sur les cheveux, la peau, les cicatrices connues » et d’autres caractéristiques physiques. « Connaître des aspects de la personnalité peut indûment influencer un artiste« , ce qui les amène à créer un portrait qui reflète une perception biaisée du sujet, a-t-il déclaré.

Plus d’images de visages d’empereurs reconstitués à voir sur son site (cliquer).

Mindy Weisberger
Étude publiée dans Live Science, 28/09/2020.
Traduction et adaptation pour WUKALI: PAL

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