Accueil Actualités Taches de naissance d’Arnon Grunberg. Sidérant, bouleversant, mais très drôle aussi

Taches de naissance d’Arnon Grunberg. Sidérant, bouleversant, mais très drôle aussi

par Émile Cougut

Arnon Grunberg est un grand écrivain, chacun de ses livres est écrit d’une plume fine et acérée. Son oeuvre renvoie à l’analyse psychologique de Stefan Zweig ou aux introspections de Saül Bellow. Taches de naissance son nouveau roman appartient à cette veine. Otto Kadoke est psychiatre dans une unité spéciale à Amsterdam : il travaille au centre de prévention du suicide. Son travail consiste à faire un bilan (très rapide) de toute personne ayant essayé de se suicider ou qui présente des signes de dépression pouvant aboutir à la mort. Il est même devenu une véritable autorité dans ce domaine, ce qui lui vaut bien des avances du personnel féminin, surtout depuis qu’il a divorcé.

Mais surtout Otto Kadoke s’occupe de sa mère, quasi grabataire qui vit par intermittence dans son monde, dans son passé, tout en étant un vrai tyran avec son fils qu’elle craint de perdre. Sa routine va s’interrompre quand un jour, dans un état second, il couche avec l’aide ménagère népalaise de sa mère, ce qui lui faut quelques rétorsions de la part de l’ami de la jeune fille. 

Il doit alors s’occuper de sa mère tout en cherchant une remplaçante. Cela s’avère difficile : il a sa réputation dans la communauté népalaise (payée moins cher car sans papier), et le secret de sa mère est un frein pour certaine personne. En effet, sa mère n’est autre que son père, qui lors du décès de son épouse a continué à la faire vivre à travers son corps.

C’est alors, en désespoir de cause, en violation totale et non moins complète de toutes les règles déontologiques, il a l’idée de mettre en place une thérapie alternative avec une de ses jeunes patientes, Michette, végétarienne, « ne mangeant pas de viande, sauf le sperme ». Tout n’est pas évident, sa maison se transforme suivant les humeurs de la jeune femme en véritable centre de crise. Les liens qui se tissent entre eux, même si Otto ne veut que d’une relation patient/praticien, sont remplis d’ambiguïtés, d’autant que Michette a une certaine proportion à la nymphomanie et ne comprend pas qu’il ne veuille pas faire l’amour avec elle.

Ce livre a des passages drôles pour ne pas dire loufoques, une suites de petites saynètes bâtissant un univers d’une grande réalité. Pour autant Arnon Grunberg aborde bien des questions existentielles : peut-il y avoir de l’amour sans asservissement ? Pourquoi l’amour ? :  «l’espoir de changer un individu grâce à l’amour est une des grandes illusions de ce monde. » Où se trouve notre libre arbitre si nous avons conscience d’être le dépositaire de traumatismes de nos parents ? : « Mon père est la prolongation de ma mère, y compris de ses traumatismes, ce qui lui a permis, en un sens, d’oublier et de surmonter les siens. Nous sommes tous la prolongation des traumatismes d’autrui. Nous devrions arrêter de croire que seuls nos propres traumatismes viennent nous hanter tels des esprits, des voix, des démons.»

Oui nous dit l’auteur, quoi que nous fassions, toujours nous reviendrons à nos parents, quels qu’ils soient, car ce que nous sommes nous leur devons en dernière instance.

Crédit photo:
©© Dorothy Hong

Taches de naissance
Arnon Grunberg
Éditions Héloïse d’Ormesson. 23€

Né à Amsterdam en 1971, Arnon Grunberg vit aujourd’hui à New York. Iconoclaste surdoué, son premier roman, Lundis bleus, est un succès immédiat. En 2000, il reçoit le prix Ako (équivalent du Goncourt) pour Douleur fantôme, et en 2007 le prix Libris pour Tirza. Ses précédents romans, Le Messie juifNotre oncle et L’Homme sans maladie ont paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson

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