Accueil Musiques La Roque d’Anthéron, 21 août dernier concert 2020. Récital Adam Laloum

La Roque d’Anthéron, 21 août dernier concert 2020. Récital Adam Laloum

par Pétra Wauters

Ce vendredi 21 août, le rideau musical tombe sur la 40ème Edition du festival de piano de la Roque d’ Anthéron. Nous avons, nous, festivaliers, plein d’images dans la tête que nous garderons jusqu’à l’édition 2021. Les dernières notes ont retenti dans le parc du Château de Florans.

« C’est une réussite », dira le président du Festival,  Monsieur Jean-Pierre Onoratini, à l’issu du concert. « Cette édition était particulière et si belle » 

Il ne cache pas«sa fierté pour le travail accompli et tout le chemin parcouru depuis ces mois difficiles, jalonnés d’incertitudes, de batailles, d’inquiétudes. À ces côtés, la vice-présidente Marie Claude Alcaraz, visiblement émue aussi, et René Martinle directeur artistiquequi a su relever le défi en proposant de nouvelles formes de rencontres avec le public. C’était l’heure des remerciements, bien mérités, déjà, pour Aline Pôté, l’attachée de presse qui a fait un travail remarquable, toujours avec le sourire. Un grand merci encore pour les équipes, les partenaires publics et privés, les bénévoles aussi, et bien évidemment les artistes et leurs publics ! Public heureux mais un peu triste. 

On aurait aimé que cela dure encore un peu.  D’autant plus que « Maitre » de soirée du dernier récital n’est autre qu’Adam Laloum, un jeune pianiste de 33 ans, déjà au firmament de son art, Dans cette myriade d’étoiles qui ont brillé sur scène, il est un de ceux qui brillent le plus, et pourtant, il ne fait rien pour, il est tellement discret, ça en est désarmant ! 

Adam Laloum. La Roque d’Anthéron 2020
© Christophe Gremiot

Adam Laloum est assurément l’un des pianistes actuels les plus réservés et l’humilité, l’abnégation dont il fait preuve devant une partition n’a d’égal que son immense talent. 

Quand il joue Schubert, on est aux anges. C’est à la fois profond et léger. Le pianiste nous livre toute la poésie du musicien viennois – mort à 31 ans, presque l’âge d’Adam Laloum- Il s’agit d’une belle rencontre fulgurante, car les premières notes, à peine le musicien installé à son piano, on comprend ce qui va se passer. Quelques minutes suffisent pour saisir toute la richesse de son instrument et de cette musique, qui laisse beaucoup de liberté au pianiste. Il s’agit d’une  merveilleuse sonate, parmi les plus belles du compositeur, probablement la plus lumineuse. 

Le premier mouvement plein de lyrisme donne le ton. Il est interprété avec naturel et simplicité mais aussi beaucoup de vigueur par Adam Laloum. Les autres mouvements vont s’écouter comme des comptines, c’est plus léger, dansé. Visiblement le pianiste se sent bien dans ce répertoire. C’est une musique très exigeante, cela s’entend, qui demande beaucoup de concentration, cela se voit, et c’est une musique qui fait du bien, cela se sent !  On se laisse porter, captivé et séduit par ces états d’âme, entre chaos et paix. On se nourrit de l’intimité et de la poésie de Schubert. On entend tout. Pourtant, même les passages de grandes difficultés nous font oublier la virtuosité du pianiste. C’est l’étoffe des grands. Savoir nous raconter une histoire de la première à la dernière note, et nous tenir en haleine même lorsque la musique est compliquée et longue à se développer. C’est magique !

C’est que le pianiste garde à l’esprit la musique car il sait, que faire preuve de virtuosité, c’est bien, très bien même, mais sans exprimer de grandes choses, ce n’est pas suffisant, il manque l’essentiel. Adam Laloum n’est pas dans le dépassement zélé.  Il est capable de nous dessiner et peindre des paysages magnifiques car il est tout à la fois peintre, poète, pianiste ! Il faut dire que les pages musicales se prêtent à merveille à cette personnalité attachante. Il est attentif à ce que Schubert nous livre, de ses tourments ou de ses joies. 

Et le voyage continue avec Brahms proposé dans la seconde partie du programme. Adam Laloum parvient à édifier ce climat fantastique propre au compositeur et à nous garder dans ses notes jusqu’au bout du récital.  Il est plus que jamais question de poésie, un poème joué un piano qui décline moult sentiments. Rien n’est semblable du premier au dernier mouvement.  On s’étonne (à moitié tout de même, après un Schubert d’exception !) du pouvoir d’Adam Laloum, d’exprimer autant de fantaisie, d’ardeur, de vitalité. Il fallait un tel pianiste pour nous offrir tout ce que cette musique contient. Il y a tant d’interprétations différentes et séduisantes de cette sonate de Brahms, mais celle proposée par Adam Laloum est particulièrement brillante.

On garde à l’oreille notamment le sublime Andante, qui oscille joliment entre médiation et tension.  C’est captivant, changeant, toujours en mouvement… et le jeu du pianiste, d’une ampleur indéniable, s’exprime dans une palette de combinaisons éloquentes de sentiments. Nous parlions de peinture déjà dans l’interprétation de Schubert. Le peintre Adam Laloum nous invite ici encore et plus que jamais, à traverser avec lui des paysages émotionnels d’une diversité infinie, paysages en technicolor, panoramas amples ou images intimistes. L’œuvre de Brahms, sublimée !  

Le jeune homme nous offrira  pas moins de quatre bis à la fin du récital. Il semblait même prêt à nous en livrer un 5 ème.  Évidemment, nous aurions aimé ce supplément de grâce, mais quatre bis de cette qualité-là, c’est déjà quasiment tout un programme !

On reste sur Schubert, l’Andante de la Sonate en la majeur opus 120, et toujours dans une belle continuité, trois bis de Brahms, l’Andante moderato  3 Intermezzi opus 117, l’Adagio issu du IV Intermezzo des 7 Fantaisies opus 116 et pour terminer, l’Intermezzo en la majeur opus 118 n° 2, avec de superbes harmonies, des contrastes dynamiques,  des plans sonores de toute beauté. L’univers mystérieux de Brahms en parfaite harmonie dans ce cadre magique, idyllique du parc Florans.  

Les oiseaux et les cigales vont se sentir bien seuls pour jouer leurs partitions ces prochains jours… 

Rendez-vous du 18 juillet au 23 août 2021, pour la 41ème édition ! 

 É D I T I O N 2 0 2 0 

• 30 900 ENTRÉES avec un taux d’occupation de 90% 
• 58 concerts dont 40 récitals et 18 concerts de musique de chambre 
• 90 artistes invités dont 56 pianistes 

• 2 scènes au Parc du Château de Florans – L’Auditorium I Jauge 680 (contre 2020 traditionnellement) – L’Espace Florans I Jauge 190 

• Provenance du public : Région Sud : 54% dont 36% des BDR I Ile de France : 21% I Autres départements : 21% I Etranger : 4% 

• 60% des billets vendus en ligne 

• 7 concerts gratuits des Ensembles en résidence, Sur les routes de Provence en partenariat avec le Département des Bouches-du-Rhône • 14 jeunes musiciens invités en résidence au Festival I 7 Professeurs I 28 master classes (exceptionnellement non publiques cette année) 

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