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Carcopino, un grand historien dévoyé

par Pierre-Alain Lévy

Jérome Carcopino est sans nul doute un des plus grands historiens et chercheurs français et le spécialiste incontestable de l’histoire romaine. Les livres* qu’il a écrits font autorité et demeurent indispensables pour quiconque veut étudier cette période

Son nom est aussi attaché à une loi promulguée en septembre 1941 pour la protection des fouilles archéologiques.

Voilà déja qui pourrait largement constituer dans le domaine académique un cursus admirable.

Dans le gouvernement de Darlan et de Pétain

Hélas, il fut aussi ministre de la collaboration dans le gouvernement Darlan et sous l’autorité du maréchal Pétain avec le titre de secrétaire d’État à l’Éducation Nationale et à la Jeunesse de février 1941 à avril 1942. 

Jérôme Carcopino a mis en place les législations d’exception, le statut des Juifs au sein de son ministère. Avec Xavier Viallat ( commissaire général aux questions juives) d’avril à mai 1941, Jérôme Carcopino réfléchit lors de nombreux échanges à la manière d’interdire aux étudiants juifs de se présenter à l’agrégation. Carcopino est un légitimiste, un juriste au petit pied, incapable de s’opposer, acceptant l’abjection au nom d’une vision dévoyée du droit. Un antisémite bon teint, même s’il s’en défend, qui sent bon le muguet et la tarte aux pommes du dimanche.

Il fut l’opérateur de cette politique discriminante sans nom. L’immense travail qu’il a accompli dans la recherche historique et qui a fait sa gloire, ne l’exonère pas de ses responsabilités. L’universitaire est devenu politique.

Des années de silence au sein même de l’intelligentsia française ont recouvert d’un grand voile ce temps de déréliction et d’outrages.

Dans ce cas, par rigueur intellectuelle et juridique, Carcopino a été beaucoup plus loin dans la répression que la législation d’exclusion ne le préconisait. Pendant son passage au gouvernement de Vichy, ses préjugés élitistes se sont conjugués avec les préjugés antisémites et xénophobes du régime, favorisant ainsi l’application des lois d’exclusion.
Lire: Jérôme Carcopino et les lois d’exception

C’est le gouvernement des experts. La conduite de Carcopino est ambigüe, c’est un ambitieux attiré par le pouvoir. Carcopino cherche à se faire valoir. C’est un conservateur attaché à l’ordre.

Qu’est ce qu’un citoyen, qu’est ce qu’un serviteur de l’état et de la république?

D’aucuns sacrifièrent leur carrière professionnelle pour préserver ce en quoi ils croyaient. D’autres malgré une formation intellectuelle à la soumission atavique à l’autorité, prirent la voie de la désobéissance face à un pouvoir qu’ils estimèrent lâche et corrompu et vendu à l’ennemi. C’est ce que fera un soldat, le général De Gaulle.

D’autres en revanche recherchèrent fébrilement le besoin vétilleux d’une reconnaissance officielle. Peu importe la politique du gouvernement et ses représentations. Tel semble bien avoir été le cas de Jérôme Carcopino, un attentiste du pouvoir.

Dans cette partie de tarot politique, certains font la bonne pioche, d’autres font illusion. Certains rencontrent la plénitude de la haute morale qu’ils se font de l’homme, de ses valeurs, parfois allant jusqu’au sacrifice de leur vie. D’autres sombrent dans la boulimie vaine d’un cursus honorum inepte car vicié, poreux car pervers et néfaste.

Carcopino, dont la carrière universitaire de chercheur pourrait être citée en exemple, lui qui fut aussi le directeur de l’École Normale supérieure ( pas moins!), qui succéda à Gustave Roussy, dans la fonction de recteur de l’académie de Paris (démis de ses fonctions par Vichy après la manifestation des étudiants le 11 novembre 1941 à l’Arc de triomphe), a servi un gouvernement à la botte des Allemands, et qui avait pour obsession de détruire le socle même de la république.

Époque de confusions absolues, de mélange des genres

Joseph Conrad écrit dans son roman Lord Jim, «entre un héros et un lâche, il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette  ». Les circonstances font l’homme.

Dans le domaine académique, heureusement, des personnalités ont refusé la compromission, l’ignominie et la souillure de la collaboration.

Ils s’appellent par exemple Gustave Monod (seul haut fonctionnaire de l’Education nationale ayant dit non, en octobre 1940, à Pétain), Paul Rivet ( anthropologue et résistant, fondateur du musée de l’homme), Jules Basdevant (Professeur de droit),

Carcopino fut arrêté le 22 août 1944, il sera incarcéré à Fresnes jusqu’au 14 février 1945 où il est remis en liberté provisoire. Il sera jugé

Gloire des lettres françaises portée par sa carrière aux plus hautes responsabilités, Jérôme Carcopino est inculpé d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État et d’indignité nationale. Son procès porte un coup sérieux à sa responsabilité,même si pour sa défense, il soutient n’avoir eu aucun rôle politique. Son action dans le domaine de l’épuration et des lois d’exception n’est pas examinée en détail... ( lire : Jérôme Carcopino, du triomphe à la Roche Tarpéienne )

 « Il bénéficia en 1947 d’un non-lieu pour services rendus à la Résistance. En 1951, il devait enfin être réintégré dans ses fonctions. Et nul dès lors ne lui fit plus jamais reproche de ce « ministère » qu’il avait accepté un peu naïvement, persuadé que c’était manière de servir la France en cette période noire. » Ainsi dit de lui l’Académie française, Jérôme Carcopino est un naïf, un peu court peut-être… ?

Alberto Giacometti. L’homme qui marche

Ne pas céder

La trahison des clercs, de Julien Benda, près d’un siècle après sa publication, n’a pas perdu une once de sa force démonstrative. Il n’est que de voir aujourd’hui même, les dits-intellectuels à la poursuite d’une reconnaissance médiatique sur les réseaux sociaux dont ils sont les féaux. Au lieu d’anticiper, ils suivent, au lieu de tisser des liens qui font sens et interrogent, certains d’entre eux préfèrent la démagogie et la publicité à peu de frais.

L’actualité médiatique joue au Meccano. Elle dézingue et déboulonne. Statues souillées, jetées à terre, procès en sorcellerie d’un nouveau genre à la sauce stalinienne. Expéditifs, violents, vite faits, bien faits…
Ici on ne lit plus, on ratatine, on piétine !

– Cela faisait deux mois que Voltaire venait d’arriver à Paris en ce mois de mars 1778. L’hiver avait été rude et très froid. Voltaire, le patriarche de Ferney était malade et avait quitté son domaine du Jura pour Paris ou il était logé chez son ami le marquis de Villette, quai des Théâtins (aujourd’hui quai Voltaire).
Cela faisait plusieurs dizaines d’années qu’il n’était pas retouné dans Paris. Un jour de soleil, il se décida à aller se promener au Louvre, de l’autre côté de la Seine. Tandis qu’il admirait l’architecture royale, des parisiens aperçurent le patriarche… Ils chuchotaient entre eux: «Tu as vu, c’est Voltaire, le défenseur de Callas !  »

C’est çà un intellectuel. Hommage à Voltaire !

Bibliographie de Jérôme Carcopino

Ovide et le culte d’Isis,
Sylla ou la monarchie manquée,
Aspects mystiques de la Rome païenne,
De Pythagore aux apôtres,
La Vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire,
César

Lire l’article:
La vie quotidienne à Rome

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