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Bénie soit Sixtine. Nul doute, un des grands romans de la rentrée littéraire

par Émile Cougut

Bénie soit Sixtine, déjà un titre qui intrigue, un roman très fort de Maylis Adhémar. A notre avis, un des grands romans de cette rentrée. Un thème rarement abordé dans la littérature surtout moderne : l’intégrisme religieux catholique.

Des romans ayant en toile de fond le radicalisme religieux, il y en a, surtout relatifs à l’islam, plus rarement au judaïsme encore plus rarement au protestantisme (un tout petit peu dans la littérature américaine) mais très très exceptionnellement au catholicisme. 

Rien que pour cet univers, il faut lire Bénie soit Sixtine. C’est une raison, mais loin d’être la seule.

Sixtine est une jeune fille habitant Rennes. Elle a été élevée avec une rigueur certaine dans les valeurs du traditionalisme chrétien. Soit, son père se montre plus « libéral » que sa mère et s’est quelque peu éloigné du groupe des « Frères de la Croix ». Elle rencontre lors d’un mariage Pierre-Louis, membre très actif de ce groupe, en qui elle voit le mari idéal. Ils se marient suivant la tradition (depuis Vatican II, le catholicisme officiel est devenu une idéologie prêchant le péché).

Le couple s’installe à Nantes à proximité de la belle-famille de Sixtine, surtout de sa belle-mère véritable gardienne de la tradition à laquelle elle ne peut admettre la moindre déviance. Frustrée au niveau sexuel (mais l’acte n’a que pour but la reproduction?), elle tombe immédiatement enceinte. Ce qui devrait être une joie, devient un vrai calvaire. Au-delà des nausées, son mari et sa belle-mère l’enferment dans son rôle : reproduire, s’occuper de son foyer, souffrir en silence puisque c’est la volonté divine qui la rend malade.

Ainsi elle pourra s’imprégner de la « vraie » doctrine catholique en luttant contre toutes les tentations et les risques de pécher. Même pour le prénom de son futur fils elle n’a pas à exprimer son avis, ce sera Foucault alors qu’elle souhaite Adam.

Pierre-Jean, au-delà de ses activités professionnelles, de son engagement au sein des « Frères de la Croix », milite aussi dans un groupuscule d’extrême-droite voulant imposer par la force ce qu’il pense être les valeurs de la « France éternelle ». Trois semaines avant l’accouchement, il participe à une action contre un groupe d’extrême-gauche. Il y a deux morts dont Pierre-Jean qui devient immédiatement un martyr à « la Cause ».

Ce décès va transformer Sixtine, surtout quand elle comprend que sa belle-mère, avec le soutien de sa mère va la déposséder de son fils. Alors, elle va fuir avec Adam, elle va fuir sa famille, d’abord dans un monastère où elle vécut de grands moments de bonheur, puis dans un petit village de l’Aveyron.

Elle y rencontre la coiffeuse locale, monstre d’empathie, mais quelque peu vulgaire suivant les critère de Sixtine. Puis une communauté « post-soixante-huitarde », des gens simples qui sont prêts à l’accueillir, un prêtre qu’elle a du mal à comprendre car prêchant un catholicisme très éloigné de celui qu’on lui a enseigné.

Petit à petit, elle va sortir de sa gangue, non sans mal. Ainsi elle élève son fils comme elle le sent et non comme on lui a dit de faire. Elle s’intègre dans cette petite société rurale. De même, elle se mortifie régulièrement car elle est attirée sexuellement par un « musicien bohème ». Elle se demande si son mari n ‘est pas un assassin, si les Frères de la Croix ne sont pas une secte.

Elle découvre un autre univers où la liberté existe et où la prédestination divine ne règle pas tous les actes de la vie. Mais sa famille finit par la retrouver, c’est alors que, sans le vouloir, le grand secret de sa mère lui est dévoilé.

Maylis Adhémar

Maylis Adhémar décrit parfaitement les ravages de l’idéologie en général et du catholicisme traditionaliste en particulier. Avec une grande humanité, elle montre l’évolution de Sixtine, déchirée par sa culture de soumission et l’univers de liberté qui s’offre à elle et qui lui fait peur. Elle montre aussi que les convertis, pour montrer leur sincérité, sont parfois pires, plus radicaux que les croyants. 

Bénie soit Sixtine dénonce aussi les idéologies radicales, qui enferment leurs adeptes dans leurs certitudes, qui n’ont que la violence pour s’exprimer tant ils sont certains de détenir la Vérité. Et la violence est mortifère.

Bénie soit Sixtine fait partie des livres de la rentrée littéraire qu’il faut absolument lire, promouvoir, défendre tant son approche de ce fléau qu’est l’intégrisme est originale.

Précisons qu’il s’agit du premier roman de Maylis Adhémar, « Messieurs, chapeau bas ! ».

Bénie soit Sixtine
Maylis Adhémar
éditions Julliard. 19€

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