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La Roque d’Anthéron 2020, Kit Armstrong et Renaud Capuçon

par Pétra Wauters

Quand violon et piano se rencontrent pour célébrer Beethoven

On se souvient de leur concert Beethoven programmé par « les théâtres » en octobre dernier. Une rencontre au sommet au conservatoire Darius Milhaud.

Renaud Capuçon et Kit Amstrong se connaissent parfaitement, s’entendent divinement bien, amis dans la vie, complices sur scène. Et puis il y a Beethoven, qui explore avec bonheur toutes les ressources offertes par ces deux instruments.  

Au programme de cette soirée mardi 4 août 2020
Sonate pour violon et piano n°5 en fa majeur opus 24 “Le Printemps”
Beethoven : Sonate pour violon et piano n°7 en ut mineur opus 30 n°2
Beethoven : Sonate pour violon et piano n°9 en la majeur opus 47 “À Kreutzer” 


Au conservatoire, nous avions redécouvert des opus de Beethoven peu joués, comme les sonates de l’opus 12.  Plus familière à l’oreille sans doute, la Sonate n° 5, « le Printemps» d’une douceur rare, toute empreinte de poésie, jouée ici avec délicatesse, sans affectation. On a particulièrement aimé le sublime mouvement lent, un moment en suspension et le public de se sentir « flotter » dans la chaleur enveloppante de cette soirée d’été.

Il y a du mistral ce soir-là, sa partition s’ajoute à celle des cigales, qui soudain se taisent. Le vent les perturbe. C’est toute la magie du festival de la Roque d’Anthéron. « L’atmosphère », vous avez dit « atmosphère « ! Et c’est également dans ce climat « de flottement » que les artistes ont choisi de terminer le concert. Le public s’est laissé bercer par le mouvement lent de l’opus 10, offert en bis. Un moment d’exception.

Mais avant, il y eut aussi ce moment de grâce : la sonate n°7 opus 30. Là encore, on apprécie toute la finesse, l’intelligence des interprètes, toujours dans le respect de l’autre, à la recherche d’un bel équilibre et de l’harmonie. Kit Armstrong se penche vers Renaud Capuçon, à l’écoute de son partenaire lorsque le violon se fait davantage entendre, les doigts glissent sur le clavier, comme par enchantement, sans jamais prendre l’ascendant, humblement, jusqu’à ce que son instrument doit, à son tour, se montrer pétulant, original, émouvant, et cette fantaisie dont fait preuve Kit Amstrong nous ravit et nous comble.

Et on le sera plus encore, (est-ce possible ?) avec la Sonate « À Kreutzer »,qui constitue, elle aussi, un moment fort de la soirée. Les deux amis se livrent avec générosité, jouant sur les contrastes, chacun s’exprimant souverainement dans leur partie, faisant fi des difficultés pourtant nombreuses notamment dans le Finale d’une énergie à tout rompre.
Un final que l’on garde longtemps en mémoire, tant on est emporté dans la tourmente, sans résistance aucune !

Décidemment, tout leur réussi. Leur duo autour de Mozart a fait l’unanimité il y a quelques mois. Le jeune pianiste d’origine taïwanaise et notre maestro ont magnifiquement servi Mozart, tout comme Beethoven, et la route est ouverte pour d’autres découvertes et d’autres aventures.  Les deux virtuoses se complètent à merveille.

Certes, ce programme, ils l’ont donné à maintes reprises mais qui s’en plaindra ? « Ils prennent peu de risque mais c’est si beau », entendons-nous ici et là. Oui, Nous retiendrons que c’est beau, car ces deux musiciens prennent toujours des risques. C’est le cas quand on cherche l’excellence.  Alors qu’ils nous offrent encore ce même concert avec le même programme, on sera là. Ce ne sera jamais tout à fait pareil, mais on tutoiera toujours les étoiles. 

La Roque d’Anthéron 2020. Renaud Capuçon et Kit Armstrong.
© Christophe Grémiot

Ce que l’on retiendra de Kit Amstrong ?

C’est déjà la beauté du toucher, on suit ses mains très fines. On aime encore la hardiesse de son jeu, d’une fraicheur absolue, l’élégance des inflexions, les accents qu’il distille ici et là, et qui n’exclut en rien une forme d’autorité du jeu, toute naturelle. On peut parler de maturité aussi, malgré son jeune âge. Tout nous plait chez ce jeune prodige de 28 ans… qui en fait 18 !

Ce que l’on retiendra chez Renaud Capuçon ?

Qu’il reste égal à lui-même. Un musicien à la fois brillant, plein d’humilité et rempli de charisme. Avec tous les compagnons de route qui l’ont accompagné, il a su garder intacte « l’envie », le plaisir de jouer. Il est vrai qu’il nous choisit là l’un des sommets absolus de la musique de chambre. Il connait parfaitement. Cela dit, pas de folie dans ce jeu. Le violoniste habille ces morceaux d’un classicisme vivant et élégant.

On parle souvent de l’éloquence et de l’expressivité de son jeu…et son compagnon, le violon qui a appartenu à Isaac Stern, y est sans doute pour beaucoup. L’artiste parle merveilleusement de cette rencontre avec le Guarneri del Gesù de 1737 dans son livre, sorti en mars : « Mouvement perpétuel ». Un moment fort du livre qu’il partage avec beaucoup d’humour. Oui, avec son violon-roi, il peut obtenir de magnifiques sonorités, mais cela ne se fait pas tout seul, d’un coup d’archet ou de baguette magique. Il faut au préalable parfaitement les maitriser. 

Il est vrai qu’un virus plane ici et là, ce qui change un peu la donne. Mais on prend les mesures nécessaires et au final, c’est la musique qui l’emporte notamment grâce à l’engagement sans faille des deux musiciens. On oublie qu’on est arrivé masqué, qu’on ne se bise plus entre amis, qu’on s’est lavé cent fois les mains dans la journée … Grâce à ces instants magiques on a « vaincu » le virus, le temps du concert. 

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