Accueil Livres, Arts, ScènesHistoire Saint-Just, l’archange de la Révolution

Saint-Just, l’archange de la Révolution

par Félix Delmas

Saint-Just est devenu un mythe, une sorte de personnage plus ou moins mythique (tous les mythes ne sont pas que positifs), un personnage de notre histoire qui déchaîne souvent les passions. En un temps où certains voudraient juger notre histoire avec les croyances, la morale, l’idéologie de notre époque (les bons esprits…) sans surtout replacer les personnes dans leur contexte culturel et idéologique, il ne fait aucun doute que Saint-Just devrait être rayé de la mémoire collective. Pas que pour la théorisation de la Terreur, mais par son côté hautement misogyne. 

Reprenons donc. Soit, il y a une partie noire en lui, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’il était très « contrasté »et que même sa pensée a évolué. Comme tous ses contemporains, au début de la Révolution il est un royaliste sincère, tout comme Robespierre. Il se prononce contre la peine de mort, il défend les petits propriétaires, la propriété privée. Il se fait aussi bien des adversaires au sein des rang de la Montagne, il est l’auteur des décrets de ventôse qui la mettent à mal. Nous pourrions multiplier les exemples.

L’archange de la Révolution

Sauf exception (mais les goûts et les couleurs) suivant ses contemporains, il avait une certaine beauté, faisait très attention à son paraître, appréciait un certain confort de vie. Il était bien moins austère que Robespierre.

Portrait de Saint-Just attribué à David.
Musée franco-américain du château de Blérancourt.



Ambitieux, c’est certain. Il a su, grâce à son charisme et à ses talents d’orateur, s’imposer dans le département de l’Aisne qui a violé la loi dont il se disait le plus grand défenseur. Et grâce à son acharnement, la haute idée qu’il avait de lui-même, il est élu le plus jeune député à la Convention.

Orgueilleux, froid, sûr de lui, du bien fondé de ses idées, il sait se montrer un ami fidèle. Pour lui l’amitié est une vertu qui doit être un des piliers de la société nouvelle qu’il espère pouvoir instaurer. Cependant l’amitié le pousse à un certain népotisme, les personnes qui l’ont aidé au début de sa carrière trouvent des responsabilités importantes dans le nouvelles institutions. Saint-Just fait preuve d’indulgence quand d’autres ne font pas preuve d’une vertu à toute épreuve.

A l’inverse, il se montre rancunier et poursuit de sa haine ceux qui ne furent pas d’accord avec lui. A l’armée (celle du Rhin et du Nord) il se montre implacable pour rétablir (avec un vrai succès) la discipline, mais il fait tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir les plus capables. Il a une vraie haine, se montre très suspicieux envers les anciens nobles (vrais comme faux), les urbains (c’est un vrai connaisseur et défenseur de la paysannerie et de ce que nous appelons la ruralité) ou les fonctionnaires. Il sait être intransigeant, très directif et, de fait préfère avoir autour de lui des exécutants plutôt que des novateurs : il privilégie Pichegru, et fait mettre Hoche en prison. 

Lui, le chantre de la vertu et de l’honnêteté, n’hésite pas pour arriver à ses fins à mentir, à inventer, à médire : les actes d’accusation contre les Girondins, les Hébertistes ou les Dantonistes sont là pour le démontrer.

Saint-Just a aussi laissé une vraie œuvre littéraire. Surtout au niveau de la philosophie politique. Imprégné d’une culture classique, connaisseur de la Rome antique qu’il mythifie quelque peu, grand lecteur de Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Mably, ou Diderot , ses écrits s’en ressentent. Et de fait, il dessine à grand trait une utopie, où la société prime sur l’individu, sans aller jusqu’aux excès de Baboeuf. Les communistes le reconnaissent comme un des leurs, malgré sa défense de la propriété privée. Des institutions idéales, méconnaissant totalement la nature humaine, empreintes des vertus prêtées aux Romains du début de la République, il dessine une société frugale, sans superflu, avec des citoyens ne pensant qu’au bien commun.

Ceci est un résumé très succinct de la biographie qu’Antoine Boulant vient de consacrer à Saint-Just, 35 ans après la magistrale de Bernard Vinot. Un excellent travail qui insiste sur les missions de Saint-Just aux armées, sujet trop souvent survolé et méconnu.

En peu de mots, Saint-Just c’est vingt-six mois qui ont créé sa légende, qui ont démontré qu’à des moments extraordinaires de l’histoire, des destins extraordinaires d’hommes extraordinaires se produisent.

Saint-Just
L’ Archange de la Révolution
Antoine Boulant
éditions Passés/Composés. 22€

                                                                  

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