Machiavel
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Machiavel, la finesse d’une pensée de la Renaissance mais aussi devenue intemporelle

par Félix Delmas

Une nouvelle biographie de Nicolas Machiavel. Encore une, diront certains, qu’ils la lisent, car, avec toutes ses imperfections (y-a-t-il seulement une biographie qui fasse l’unanimité, je n’en connais pas), elle aborde l’œuvre du génial auteur florentin par un biais rarement, pour ne pas dire jamais, autant fouillé : les écrits de Machiavel.

Les écrits, tous les écrits. Bien sûr, les plus connus,ceux qui ont changé de façon radicale les « études politiques » : le Prince, Les dialogues sur la première décade de Tite-Live, L’art de la guerre ou Les histoires florentines, mais pas que. Loin de là. Les auteurs ont procédé à un immense travail d’analyse de tous les écrits de Machiavel : ses poèmes et autres travaux de versifications, ses écrits aux autorités florentines (quand il était secrétaire du Conseil des dix, puis pour les Médicis), ses lettres à ses amis. Et bien sûr les ordres qu’il recevait, les réponses, les questionnements de son entourage. Nous avons la chance d’avoir encore dans les archives une somme très importante de ces écrits, ce qui assez extraordinaire pour cette époque (le début du XVI siècle à Florence).  

Pour chaque livre, pour chaque écrit, pour chaque lettre, Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini les analysent et les replacent dans leur contexte. Quand ils ne sont pas clairement datés, leur analyse du contenu les pousse à les replacer à un moment précis dans l’élaboration de l’œuvre globale de Machiavel.

C’est à la fin de cette biographie que l’on perçoit la pertinence d’avoir mis en sous titre « Une vie en guerres », tant il devient évident que toute la réflexion du Florentin est étroitement liée aux Guerres d’Italie qui ravageaient la péninsule. Les relations, les contacts qu’il eut avec les principaux acteurs de l’époque : Louis XII de France, l’empereur Maximilien, César Borgia, le pape Jules II pour ne faire référence qu’aux plus connus, lui ont permis de dessiner les contours des « vertus » que devraient avoir un chef d’état, un prince. Son travail pour le Conseil des Dix, a fait de lui un « spectateur engagé » qui a réfléchi sur ce qu’il voyait, percevait. 

Le génie de Miachavel est d’avoir su dépasser les spécificités de son époque pour développer une pensée « intemporelle ». Il a eut une réflexion plus proche d’un sociologue que d’un ethnologue pour devenir un des piliers des sciences politiques. Pour preuve, tous les passages où il insiste sur la nécessité pour le « chef » (aussi bien le Prince que le général) d’être aimé, apprécié par le peuple. Il ne croit pas à la pérennité d’un pouvoir basé sur la crainte et la terreur.

Bien sûr, sa pensée a évolué et les auteurs le démontrent parfaitement. Ainsi sa position sur l’utilité des fortifications n’est pas la même au début qu’à la fin de sa carrière. Quoiqu’il en soit, reste une constante dans sa pensée : les vertus de la République. Pas la République telle que nous la connaissons de nos jours, mais une République oligarchique. Parmi les évolutions, il y a sa position vis-à-vis des Médicis.

Soit, il est arrêté à la chute de Piero Sodeniri, mais il fait jouer tous ses réseaux pour entrer au service de cette famille. La République, mais plus encore, il défend une idée neuve pour l’époque de l’État, de l’État florentin, bien sûr. Il y a quand même un côté élitiste et quelque peu condescendant quand il parle de la supériorité (sous entendu parfois même du génie) de Florence.

Machiavel, contrairement à ce qu’ont pu écrire certains, a une vraie légitimité pour parler de la guerre car il a fait la guerre, il a vécu dans une période troublée et il a eu plusieurs missions aux armées. Ce dont il parle, il connait. Et d’ailleurs, sa réflexion et son action le démontrent parfaitement : il est contre les armées de mercenaires et défend l’idée d’une armée composée de citoyens (il créa la milice de Florence) car eux ne sont pas guidés par la solde et le butin, mais par la défense de la terre. Voilà un concept qui nous paraît évident, mais qui est assez nouveau en Europe. Charles VII l’avait compris avant lui, mais Machiavel théorise cette nécessité et en plus la met en application.

Les auteurs insistent sur un aspect peu connu de Machiavel : son humour. Et oui, il faisait rire, certains de ces écrits à ses amis sont évidemment à lire au second degré.

Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini ont travaillé sur la vie publique de Machiavel, au delà des rares allusions à sa vie privée (essentiellement quand il tombe amoureux d’une chanteuse bien plus jeune que lui), si ce n’est dans les toutes dernières pages de la biographie où ils font allusion à sa femme et à ses enfants.

Machiavel est un homme de son temps dans un lieux très précis géographiquement. Nous sommes vraiment à Florence, à la fin de « l’aventure » de Sanovarole et durant les Guerres d’Italie, en ce début de la Renaissance. Et pourtant, il a légué à l’histoire une œuvre totalement intemporelle.

Machiavel
Une vie en guerres
Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini
édition Passés/Composés. 27€

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