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Dette publique, souvenirs de la petite école

par Jacques Trauman

Faisant récemment un bilan de mes connaissances, je me demandais ce que j’avais appris à la petite école, et en particulier à quel âge on m’avait initié aux fractions. Je regarde alors sur internet et découvre qu’on les enseignait en CM1/CM2.

Scrupuleux, je vérifie  sur Wikipedia que le dénominateur est le nombre qui se trouve en-dessous de la barre de fraction, et que le nombre au-dessus s’appelle le numérateur. Ainsi, 50 divisé par 100 est égal à 0,5, soit, si je ne me trompe pas, 50%.

Savez-vous qu’après la crise du coronavirus, la dette de la France devrait se situer entre 2500 et 3000 milliards d’euros ? Qui connaît ce chiffre ? A peu près personne. En revanche, tout le monde sait que la dette de la France, qui représentait 100% du PNB avant le coronavirus, pourrait monter jusqu’à 120% (et plus) et que, selon les critères en vigueur, il serait bon qu’elle ne dépasse pas 60% du PNB. Tiens, mais la dette de la France serait donc une fraction ?? Mais alors, quel est le numérateur, le chiffre au-dessus de la barre ? Mais c’est le montant de la dette ! Quel est le chiffre au-dessous de la barre ? Mais c’est le PNB de la France ! Surprise, surprise.

Aucune entreprise, aucun état, n’est censé avoir une dette de zéro. Tout ce que les marchés (et Bruxelles) demandent, c’est de ne pas dépasser un chiffre raisonnable, donc 60% selon la doxa actuelle. D’ailleurs, une entreprise qui aurait zéro de dette serait mal gérée, puisqu’elle pourrait faire mieux en empruntant.

Ce qui compte, c’est ce à quoi sert la dette. Si c’est pour investir dans des équipements qui amélioreront la productivité (réseaux de transport, énergie moins chère, système de santé, etc…), c’est une bonne chose. Si c’est pour financer les dépenses courantes, c’est mal. La finalité de la dette compterait-elle donc autant que son montant ? Nouvelle surprise.

Imaginons seulement que la France soit à l’équilibre budgétaire, donc qu’elle n’emprunte que pour refinancer la dette existante, et donc que le numérateur soit stabilisé et n’augmente plus. Et, soyons fous, imaginons que la France retrouve le chemin de la croissance et qu’il y ait un peu d’inflation : le dénominateur augmentera.

Donc, si la France ne dépense pas plus que ce qu’elle gagne et si, en plus, elle génère un peu de croissance alors – si mon raisonnement est bon- , et même si la France ne rembourse pas sa dette, le quotient diminuera jusqu’au moment où la France pourra rentrer dans les clous et retrouver un niveau de dette de 60% du PNB Donc, grâce à mes souvenirs de CM1/CM2, je crois comprendre que si la France retourne à l’équilibre budgétaire et retrouve un peu de croissance, nos petits-enfants n’auront rien à rembourser ? C’est vrai ça ?

Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsque d’autres surprises se présentèrent à moi. En effet, je m’aperçus que, lorsqu’un état répudie sa dette, ce n’est pas parce qu’il ne peut pas payer, c’est parce qu’il ne le veut pas. Un état peut presque toujours payer ses intérêts et sa dette, s’il le veut.

A titre d’exemple, le dictateur Ceausescu s’était mis en tête que la réputation internationale de son pays (et donc son émancipation de l’emprise de l’Union soviétique) passait par le respect de ses obligations internationales, et donc par le fait d’honorer scrupuleusement sa dette publique. Il aurait pu négocier un étalement de l’échéancier, il ne l’a pas fait. Au lieu de cela, il a affamé son pays pour dégager les dollars nécessaires au remboursement de la dette, ce qui conduisit à la fin de son régime en décembre 1989.

A l’inverse, l’Argentine, en mars 2020, décréta la restructuration de sa dette publique qui ne représente pourtant que 90% du PNB; mais cette dette de 311 milliards de dollars incluait un prêt très impopulaire de 57 milliards de dollars accordé par le FMI, et  l’opinion publique ne voulait plus payer. 

Ce qui compte finalement, c’est la qualité de la signature. Aussi longtemps que la volonté de la France d’honorer ses engagements financiers sera irréprochable, sa signature le sera tout autant, et elle pourra donc emprunter sans limite; mais gare si l’opinion publique se retourne et ne veut plus honorer ses engagements ! Ce serait une funeste erreur…

Tournons nous maintenant vers des notions plus complexes, que l’on enseigne à partir du CP : 100 multiplié par zéro est égal à zéro. Par conséquent quel que soit le montant de la dette, dans l’hypothèse où les taux sont à zéro, je paie 0 € d’intérêt. Intéressant ! Je peux donc augmenter ma dette indéfiniment sans payer d’intérêt, c’est gratuit.

Mais que se passe-t-il si les taux montent à 1% ? Sur une dette de 100, je paye 1. Si les taux montent à 2%, je paye 2. Mais ma dette n’est pas remboursable immédiatement, les obligations que j’ai émises arrivent à échéance dans 1,2,5,10 ans (et ce n’est donc que plus tard, pas tout de suite, que je refinance, au nouveau taux, les obligations antérieures), la dette ayant une échéance moyenne de x années. (J’espère que tout cela n’est pas trop compliqué).

Par conséquent, si les taux montent (ils ont peu de chance de baisser s’ils sont à zéro, quoique des taux négatifs sont envisageables), il convient de noter que ce n’est que petit à petit que je le ressentirai au niveau de mon portefeuille; pourtant, un jour ou l’autre, l’impact total d’une remontée des taux se fera sentir.

Par conséquent, si la dette de la France est de 3000 milliards d’euros et que les taux montent de 1%, nos connaissances de CP, si elles sont correctement assimilées, nous permettent de déterminer que les intérêts supplémentaires seront éventuellement de 30 milliards; s’ils montent de 2%, les intérêts supplémentaires seront de 60 milliards, à 3% ils seront de 90 milliards, et ainsi de suite.

A titre de comparaison, l’impôt sur le revenu rapporte environ 80 milliards (les 10% de foyers les plus aisés payant 70% de cet impôt) ; mais soyons honnêtes, la TVA rapporte plus de 200 milliards. Par ailleurs, du côté de la dépense, le budget de la défense, à titre d’exemple, ne représente qu’une quarantaine de milliards.

Du coup, vous reprendrez bien un peu de dette, non ? 

Bon, on en reste  là. Il faut retourner en classe, les petites sections sont déconfinées !

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