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Seul un homme. Un roman contemporain

par Émile Cougut

Politique fiction ou juvénile utopie ?

Ce roman, Seul un homme, est sous-titré « d’après la légende de Mulan », la vraie, pas celle revue, adaptée et corrigée par les studios Disney, mais le conte chinois relatant l’histoire de Hua Mulan, la jeune femme qui se déguise en homme pour prendre la place de son père trop vieux, appelée par l’empereur pour combattre des envahisseurs. Vieux conte faisant partie du corpus culturel chinois, au même titre que Cendrillon ou Blanche-Neige pour les Européens.

Vanessa Arraven, reprend non l’histoire mais sa symbolique pour l’adapter dans un espace bien franco-français, dans un temps futur, mais pas si lointain. Je m’explique : histoire d’être original, il y a des manifestations à répétition contre le gouvernement (celui au pouvoir au moment de l’histoire, peu importe sa couleur politique, par principe, le pouvoir est plus ou moins corrompu, mais ce qui est certain, c’est qu’il ne connaît pas les souffrances du « peuple » et ne fait rien pour y remédier). Tout rapport avec les gilets jaunesest assumé. Avec une petite nuance cependant, c’est que ce mouvement, les envoltés, reconnaît l’utilité d’avoir des personnes qui le représentent, à condition bien sûr que se ne soient pas des politiques mais des intellectuels, des experts (climatiques, vous l’aviez compris), reconnus par tous (c’est-à-dire par les manifestants). Pour ne pas déranger l’économie, les manifestations ont lieu les samedis soirs.

Avant de continuer mon descriptif, je me dois de préciser que la moyenne d’âge des protagonistes se situe entre 20 et 30 ans, qu’ils sont tous dans cette période post adolescence et pas encore adulte remplie de rêves, certains qu’ils vont changer le monde, qui, par principe, est pourri, inégalitaire, permissif et totalitaire (on est en France, à Nantes plus exactement, et donc on se regarde le nombril, car si on osait comparer, on serait heureux de vivre dans un tel pays même s’il faut le faire évoluer).

Les protagonistes, idéologiquement, seraient à ranger à gauche de la gauche (dans cette tranche d’âge il y en a qui vont plutôt à la droite de la droite). Ils sont persuadés qu’ils représentent le peuple : bien sûr ils sont une minorité, mais ils savent que le reste de la population est avec eux (vieille rhétorique léniniste matinée de rousseauisme, sur la minorité qui sait où se trouve le bien de tous, et si les voies démocratiques (les élections, par principe, « piège à cons ») ne leur donnent pas raison, cela ne veut pas dire qu’ils ont tort, il suffit de trouver un moyen pour montrer au « peuple » où se trouve son intérêt, et on tombe très vite dans la dictature du prolétariat).

Un autre principe de base : la police a des ordres pour massacrer les manifestants, alors que les policiers (qui font partie du peuple) sont de fait avec les manifestants. Cela nous vaut une belle scène en fin de livre dans laquelle un policier blessé pardonne à « Mulan » la blessure qu’elle lui a infligée : une sorte d’autocritique que les maoïstes n’auraient pas boudée, les chrétiens non plus d’ailleurs : j’ai péché, j’ai fait du mal au peuple, il est normal que je reçoive une juste punition.

Le décor social étant posé, un bref résumé de l’histoire : tous les samedis, manifestations des envoltés à Nantes avec bien sûr des violences policières, par principe disproportionnées par rapport aux agressions dont elles font l’objet (les casseurs de biens ou de flics, sont traités en une demi-ligne, car trop minoritaires, les manifestants étant, par principe, pacifistes). So Yun est une jeune femme, issue d’une famille de militaires. Pour elle il faut défendre le peuple contre les violences. Son père est non seulement trop vieux, mais en plus il critique les violences des manifestants et souhaite que l’ordre règne. À l’horizon, pas la moindre jeune femme révoltée de son âge, alors elle prend son « bokken » (en français : son sabre de bois) se masque et va dans la foule défendre les manifestants en les protégeant des méchants policiers et des grenades qu’ils tirent sans raison.

Sirin est une jeune femme totalement désespérée quant à l’avenir de l’humanité (car il est certain que les 7 milliards et plus d’êtres humains pensent tous comme les manifestants) mais qui retrouve une certaine forme d’espoir quand elle est sauvée du tir d’une grenade lacrymogène par ce fantôme noir. Étant de son époque, elle décide d’en parler sur une chaîne « YouTube » ( Il est bien connu que les réseaux sociaux sont plus objectifs et informatifs que la presse traditionnelle comme Le Monde ou Alternatives économiques qui ne comprend rien à la dureté de la vie).

Par hasard les deux jeunes femmes se rencontrent et Sirin va sauver So Yun du démon qui va s’emparer d’elle.

Et tout est bien qui finit bien, sauf que les garçons ne peuvent imaginer que l’ange noir puisse être une femme. Ça finit bien car l’armée grâce à l’ange noir nantais comprend qu’elle n’est pas dans le bon camp et fait instaurer un nouveau régime, la VI iéme République, sorte de soviets mâtinés de saint-simonisme, où tout le monde est invité à discuter pour décider.

Le tout est bercé autour d’une certaine philosophie asiatique (de très beaux moments sur la cérémonie du thé et des liens qui peuvent s’y tisser) et d’une philosophie post « New-Age » pimentée de chamanisme (le seul, le vrai retour au source).

On apprend de nouveaux concepts comme la solastalgie et l’éco-anxiété : forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux actuels ou attendus. En l’occurence, il s’agit des termes savants pour dire la peur du changement, de la perte de nos repères. Certains parleront de conservatisme. Enfin, cette nouvelle maladie très occidentale qui, comme par hasard, ne touche pas les Syriens sous les bombes et autres musulmans de l’Inde ou de Birmanie quelque peu massacrés par les hindouistes et les bouddhistes (pourtant présentés en Occident comme des symboles de paix et de douceur).

Ou encore : vlogeuse (au masculin vlogueur). J’ai cherché dans une multitude de dictionnaires, ça n’apparaît pas. Au début je pensais à une faute d’impression, mais vu le nombre de fois que ce mot est couché sur le papier, ce n’est pas ça. En quelque sorte j’ai cru comprendre qu’une vlogueuse est une sorte de blogueuse, mais militante révoltée (plus exactement envoltée) touchée par la solastalgie. Bref, quant à l’écriture, c’est, comment dire, très très très loin de Balzac, Molière ou Proust. C’est jeune. Heureusement qu’il y a le contexte de la phrase pour comprendre le sens de certaines abréviations : un ordi, ce n’est pas une ordination, mais un ordinateur et je passe sur appart, etc.

Critique, oui, c’est le moins que l’on puisse dire, mais je dois être un vieux misanthrope qui a du lire trop Candide et qui ne croit pas qu’il va changer le monde par sa pensée génialissime. Et pourtant, je ne peux que conseiller de lire Seul un homme : c’est plein d’indignation, de mauvaise foi, de partis pris qu’une certaine innocence, une certaine fraîcheur s’en dégage.

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