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Venise peine à se relever après l’inondation catastrophique de novembre 2019

par Pierre-Alain Lévy

Venice a few month after the big flood

En novembre 2019 Venise succombe sous les inondations, la Place St Marc et la Basilique sont noyées sous les eaux de la lagune. Palais, monuments et églises, des archives subissent d’immenses dégâts, le patrimoine est impacté. Un article paru dans The Art Newspaper fait le point sur la situation et l’étendu des dégâts .


Les pires inondations qui ont frappé Venise en 50 ans ont causé [**360 millions d’euros*] de dégâts comme l’ont révélé à la presse des représentants de Luigi Brugnaro, maire de la ville. |right>

L’estimation est basée sur une enquête initiale concernant les réparations qui seront indispensables pour déjà réparer et restaurer les jetées, les zones pavées, l’éclairage public et les bâtiments appartenant ou gérés par la municipalité, y compris les musées municipaux. Trois jours après que la marée haute ait atteint 187 cm au-dessus du niveau moyen de la mer, le gouvernement italien a déclaré l’état d’urgence pour la ville le 15 novembre, donnant son accord pour 20 millions d’euros de fonds de récupération urgents qui vont à peine entamer ce projet de loi. Les particuliers et les entreprises avaient déposé environ 7 200 demandes d’indemnisation auprès de l’administration de la ville pour un total de [**93 millions d’euros*] fin janvier.

Bien que les images spectaculaires de la place Saint-Marc et de la basilique inondées aient eu pour conséquence de provoquer des engagements politiques et des élans de solidarité de la part de la capitale romaine, les citoyens de Venise craignent que l’exception ne devienne bientôt la règle et ne soit normalisée.


Il y a aussi de la colère chez les habitants parce que les travaux prévus pour mettre en place un système de barrières, dites« Moïse», conçu pour empécher les inondations de la lagune ne sont toujours pas terminés malgré 6 milliards d’euros dépensés à ce jour. Un projet qui devait initialement s’achever en 2011 et qui fut retardé du fait de nombreux scandales de corruption

La richesse du patrimoine culturel de la ville se trouve aussi être une autre victime de la catastrophe. Trois mois plus tard, l’étendue des dégâts n’est toujours pas claire, mais les trésors architecturaux ainsi que des trésors d’archives ont sans aucun doute fait les frais de cette incurie. Nous examinerons ici certains des principaux sites touchés et les engagements de financement pris à ce jour par les autorités et les organisations privées à but non lucratif et dont la plupart ont été créés à la suite de la grande inondation de 1966.

– [**Basilique Saint-Marc*]

Situé dans la partie la plus basse de Venise, [**Saint-Marc*] était le bâtiment le plus touché par les inondations. Le système de vannes récemment installé dans le narthex (foyer) n’ a pas fonctionné car il ne protège que lorsque le niveau d’eau atteint 88 cm au-dessus du niveau moyen de la mer. L’architecte en charge de la basilique, [**Mario Piana*], a annoncé un plan de réparation de 3 M € en décembre, comprenant des travaux sur le revêtement et les sols en marbre du narthex et de la chapelle Zen ainsi que les mosaïques de sol représentant deux paons dans la nef droite. De nouvelles pompes à eau seront installées à l’arrière de l’église d’ici la fin de 2020 pour protéger la crypte, les cours adjacentes et une partie de la sacristie.

L’organe directeur de la basilique, la Procurature, consacre déjà environ la moitié de ses 10 millions de revenus annuels de billetterie à la restauration. Mais son président, [**Carlo Alberto Tesserin*], a déclaré: «Si le bâtiment avait reçu le même niveau d’attention dans le passé que maintenant, nous ne serions pas dans cette situation. C’était une tragédie qui devait arriver. »|right>

Le gouvernement régional a promis un million d’euros de financement d’urgence, tandis que le ministre italien de la Culture, [**Dario Franceschini*], a donné une « double assurance« , comme le souligne Carlo Alberto Tesserin, en accordant 2 millions d’euros de dépenses obtenues après la crue moins grave d’octobre 2018 et en prolongeant la «Art Bonus», une déduction fiscale de 65% aux donateurs qui soutiennent les églises (en plus des musées, bibliothèques, monuments, théâtres et opéras).

– [**Eglises de Venise*]

[**Don Gianmatteo Caputo*], directeur du bureau de Venise pour le patrimoine culturel ecclésiastique, a approuvé 85 demandes de restauration d’activités liturgiques dans les églises de la ville. Les dégâts causés par les inondations ont été «importants et étendus», dit Caputo. «Toutes les églises au bord du canal ont été inondées jusqu’à des hauteurs de près de deux mètres

Certaines ont été inondées pendant «plus de 72 heures consécutives», ajoute-t-il, provoquant l’érosion du sous-sol sous-jacent dans des églises telles que [**San Geremia, San Fantin, San Moisè et Sant’Agnese*], et l[**’ancienne basilique de l’île de Torcello*] – la plus ancienne structure de la lagune vénitienne, datant du VIIe siècle.
 » Pour rouvrir simplement les églises pour le culte, nous avons estimé les coûts à près de 1,5 million d’euros qui seront couverts en partie par une contribution promise par le ministère de la Culture« , a-t-il déclaré. « Cependant, ce chiffre devrait au moins être triplé afin de résoudre certains des problèmes qui sont apparus. »
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Heureusement, il n’y a pas eu de dommages sérieux aux œuvres d’art à l’intérieur des églises, à l’exception du [**crucifix de San Moisè*], qui a été renversé par la force de l’eau malgré sa lourde base en bois.

– [**Conservatoire de musique Benedetto Marcello*]

La bibliothèque et les archives du conservatoire vénitien ont été inondées pendant la marée montante, endommageant les manuscrits de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle contenant de la musique de [**Domenico Cimarosa, Luigi Boccherini*] et [**Antonio Caldara*], et une édition de 1705 des sonates en trio de [**Vivaldi*].

En consultation avec des experts de la Bibliothèque Marciana et l’autorité gouvernementale pour le patrimoine archivistique, les étudiants et les bénévoles ont séché les manuscrits avec du papier buvard. Environ 3000 documents ont été envoyés à la firme spécialisée [**Frati & Livi*] à Bologne, où ils ont été lyophilisés. Un certain nombre d’entre eus seront désormais restaurés à la Bibliothèque centrale nationale de Florence. Le traitement est estimé à 190 000 € au total. Les coûts de réparation des étagères de la véranda et de désinfection des locaux sont encore inconnus.

– [**Galerie Giorgio Franchetti au Ca ’d’Oro*]

Au [**Ca ’d’Oro*], un musée du palais du XVe siècle sur le Grand Canal, le niveau de l’eau a atteint le sommet de la tête de puits dans la cour intérieure, inondant le sol en mosaïque du portique et les magasins. « Nous avons bénéficié d’un petit fonds d’urgence du ministère [de la culture] qui nous a permis de rouvrir la billetterie et de réparer les installations électriques« , explique la directrice de la galerie, [**Claudia Cremonini*].|left>

Le soutien de l’organisation à but non lucratif américaine Save Venice a permis de réaliser les tâches les plus urgentes, telles que le lavage des mosaïques de sol, des panneaux muraux en marbre et des bases de statues avec de l’eau déminéralisée, le remblayage et la protection des fissures et le remplacement de la maçonnerie en pierre. La prochaine phase verra des réparations à la tête de puits et au portique externe.
«Nous finalisons un rapport détaillé sur les dégâts et un programme de restauration», explique Claudia Cremonini. Le problème est le manque de personnel: le Ca ’d’Oro n’a pas de restaurateurs internes pour l’architecture ou la peinture.

– [**Financement public vs privé*]

En termes de financement, «nous devons maintenant tracer une ligne entre la réponse d’urgence et les projets de restauration ultérieurs», explique [**Manuela Carpani,*] chef de l’autorité locale pour l’archéologie, les beaux-arts et le paysage. Le ministère de la Culture a fourni 190 000 € de fonds de crise pour nettoyer les débris, rouvrir les bureaux, remplacer les ordinateurs, les éléments chauffants électriques et les ascenseurs, et réparer les systèmes de protection contre les incendies. Carpani dit qu’environ 80 demandes de financement pour des interventions plus complexes et structurelles attendent l’approbation du ministère, donc « il est encore trop tôt pour établir un budget préliminaire« .

Cependant, il est clair que les organisations à but non lucratif privées dédiées au patrimoine vénitien ont un rôle important à jouer. Une association faîtière regroupant 21 organisations de 11 pays travaille en dialogue avec les autorités de la ville et de l’église pour coordonner les fonds pour les projets de restauration.

Save Venice a levé 500 000 € depuis l’inondation du 12 novembre, explique [**Melissa Conn*], directrice de son bureau vénitien. La moitié de cette somme a déjà été allouée au Ca ’d’Oro, au conservatoire de Venise, à dix églises dont la basilique de Torcello, le cimetière juif du Lido et la scuole de San Giorgio degli Schiavoni et San Giovanni Evangelista.

La campagne de financement d’une autre organisation basée aux États-Unis, Venetian Heritage, a attiré des dons des marques de luxe Bottega Veneta et Pomellato, toutes deux destinées à restaurer la basilique Saint-Marc. Mais l’argent ne bénéficiera pas seulement aux lieux emblématiques, explique le directeur de Venetian Heritage, [**Toto Bergamo Rossi.*] «Par exemple, nous utiliserons 40 000 € de la Fondation Cologni pour restaurer les ventilo-convecteurs et les plâtres de la Fondation Cini.» À terme, il espère «collaborer avec les autres comités pour canaliser le financement vers des projets encore plus importants».

Le président du Comité français pour la protection de Venise, [**Jérôme-François Zieseniss*], admet que la collecte de fonds en vue de la construction des barrières anti-inondations est au point mort et que la collecte de plusieurs milliards d’euros pour la ville «n’a pas été simple». Le comité prévoit un don «symbolique» de 30 000 € à la basilique Saint-Marc. «Les scandales… ont malheureusement envoyé au monde un message de corruption et d’incompétence», explique J-F Zieseniss. Mais avec le leadership du ministre de la Culture et du maire, il estime qu’il existe désormais «une réelle détermination à réagir et à faire de la ville un paradigme positif pour l’avenir».

Paru dans [**The Art Newspaper*], 04/02/2020
Traduction et adaptation par Wukali|right>


Illustration de l’entête: ©Filippo Monteforte. Daily Beast.


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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 08/02/2020

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