Accueil Archives 2011-2020 Blanche-Neige, un grand classique de Preljocaj

Blanche-Neige, un grand classique de Preljocaj

par Pétra Wauters

A contemporary ballet with music by Mahler


[**Par Pétra Wauters*] /. Des symphonies sublimes de [**Gustav Mahler*], des costumes étonnants de [**Jean Paul Gaultier*], des décors ingénieux de [**Thierry Leproust*] qui avait déjà réalisé la scénographie de plusieurs créations d’Angelin Preljocaj, une chorégraphie envoûtante du Maître de ballet aixois, le ballet narratif contemporain présenté ce mardi soir au[** GTP*] avait tout pour plaire.


Cela fait du reste 10 ans que le public suit ce ballet, créé en 2008 pour 26 danseurs. Cela fait du monde sur scène et dans les coulisses. Inspirés, les danseurs évoluent divinement sur la musique du grand compositeur autrichien, une musique qui contraste joliment avec les créations sonores du collectif 79 D. Le choix de Mahler est lumineux. La musique n’est pas qu’une simple ornementation à la chorégraphie, elle lui emboîte le pas, force le trait, dessine les caractères, elle devient épicentre de l’action, choisie en fonction des tableaux qu’elle met en lumière.

Cette pièce de [**Preljocaj*] impressionne. Tant de maîtrise et de virtuosité déployées sur scène, à plusieurs ou dans les pas de deux. Des mouvements énergiques ou encore mystérieux, à l’image de la symphonie n°1, ou encore de la n° 5 et son émouvant Adagietto, chant d’amour du Prince à sa belle, [**Antoine Dubois*] et [**Mirea Delogu*] ce soir-là. Grâce à ces musiques, on pénètre plus profondément encore dans le monde captivant et ensorcelant offert par le chorégraphe.

On ne s’ennuie pas, même si ici ou là, quelques longueurs comme la scène de la marâtre devant le miroir, une séquence bien imaginée au demeurant avec un monumental miroir magique. Aurait-il fallu qu’elle soit plus courte encore la rencontre du cerf dans le bois? Raccourcir encore le retour de la mère, « décédée en couches » en pleine forêt et qui, quelques séquences plus tard, descendra du ciel chercher son enfant morte ?
L’accouchement aussi est long, fatalement, la reine enfante dans la souffrance et dans la nuit, un brouillard épais l’enveloppe, la submerge, l’engloutit.
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Ainsi débute l’histoire et dès premiers instants, dès les premières notes de musique, l’intensité dramatique s’installe. On s’émerveille. Quelle éloquence pour nous offrir ces moments de tragédie ! Il y a toujours chez le chorégraphe cette sureté, cette évidence à exprimer aussi bien la puissance que la douceur. Une heure cinquante de ballet, les plus jeunes pourraient se lasser. Il n’en est rien, pas de bruit dans la salle. Quelques murmures étouffés et parfois le silence s’installe, la musique se tait, la danse s’écoute. Tout glisse, coule, s’enchaine aisément. Certes, on peut trouver cela un peu attendu, tout est tellement (trop ?) conforme à l’histoire. Forcément, les tableaux décrivent ce conte que nous connaissons depuis notre enfance. Nous sommes heureux du reste de retrouver tous les protagonistes de cette histoire. Une histoire théâtralisée, chorégraphiée, adaptée mais pas réinventée comme il l’a si souvent fait. On songe à Roméo et Juliette. Tout y est : Blanche Neige, les nains, la marâtre, le miroir, le renne, les chats-gargouilles, les chasseurs, la pomme, la forêt, le cercueil, le prince… le baiser.
Les épisodes s’emboîtent. On suit les étapes les plus importantes de la vie de la princesse. Pas de grosses surprises, on le disait, le chorégraphe respecte tous les épisodes, de la scène de bal, au pas de deux des amoureux, en passant par le piège en forêt, la joyeuse rencontre avec les nains et la confrontation effroyable du bien et du mal, dans une séquence funeste de la pomme empoisonnée. La diabolique marâtre, impatiente d’en finir, imposera le fruit, dans une danse où pomme, sorcière et Blanche Neige ne feront plus qu’un, une fusion chorégraphiée qui conduira à la mort. Ce fut probablement un des temps forts de ce ballet. Les ébats amoureux du prince, brûlant d’énergie désespérée pour réanimer le corps inerte de sa belle n’est pas sans rappeler encore une scène de Roméo et Juliette. Les lieux symboliques pour accueillir ces drames ou ces moments de poésies sont reconstitués par d’étonnants décors évolutifs qui soutiennent l’intrigue. Il y en a un qui nous séduit tout particulièrement. Une paroi rocheuse, une falaise impressionnante qui se dresse devant nous. Les nains vont l’investir avec brio. Leurs performances chorégraphiées à la verticale, entre danses et acrobaties circassiennes apporteront un peu de légèreté à cette atmosphère le plus souvent empreinte de noirceur.


On peut être surpris par certains tableaux, comme celui de la marâtre à la recherche de la beauté éternelle. Vêtue de « simili-cuir » ?, tenue moulante, cette Catwoman en guêpière et jupe noire et rouge, est interprétée ce soir là par [**Nuriya Nagimova*], une séductrice maléfique qui finira quasiment nue et abandonnée de tous. Blanche-Neige, comment dire, oserons-nous parler de sa tenue ? Il s’agit de [**Jean-Paul Gaultier*] tout de même ! Oui, certes, mais quelle drôle de robe, un voile blanc serré à la taille, et dans ce bout de tissu drôlement échancré, la belle manque sans doute un peu de romantisme. Un parti pris, évidemment, on est entre BD et science-fiction et fort heureusement, la robe de bal est magnifique. Il s’agit d’une crinoline blanche, uniquement composée d’arcs qui dansent et suivent gracieusement les mouvements du corps. Mais voilà un avis qui reste le nôtre. D’aucuns auront apprécié Blanche-Neige toute de court vêtue ! Saluons cependant les costumes du couturier. Ils sont étonnants, à la fois historiques, avec des rappels du passé, et terriblement modernes. Lui même n’est-il pas un fervent amateur d’histoires de princes et de princesses qu’il mettra en scène à travers ses collections de haute couture

Tout est bien qui finit bien, vous connaissez l’issu du conte de fée. Ce que vous ne savez pas, mais vous vous en doutez, la salle offre au [**ballet Preljocaj*] une véritable ovation, des rappels à n’en plus finir. Soudain, [**Angelin Preljocaj*] surgit au beau milieu de ses danseurs. Courte apparition, il s’éclipse, mais on a eu le temps de le voir, l’homme est heureux !

[**Pétra Wauters*]|right>


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Chorégraphie Angelin Preljocaj
Musique Gustav Mahler
Musique additionnelle 79 D
Costumes Jean Paul Gaultier
Décors Thierry Leproust
Lumières Patrick Riou assisté de Cécile Giovansili-Vissière et Sébastien Dué
Assistant, adjoint à la direction artistique Youri Aharon Van den Bosch
Assistante répétitrice Natalia Naidich
Choréologue Dany Lévêque
Conseiller acrobaties verticales Alexandre del Perugia
Réalisation décors Atelier Atento
Réalisation costumes Les Ateliers du Costume)]


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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 29/01/2020

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