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Iconographie de Salomé. 2 Le Baroque

par Pierre Dambrine

The influence of Caravaggio

Salomé, un personnage, un thème iconographique qui traverse le temps, la 1ère partie traitait du Moyen-Âge et de la Renaissance, en voici la suite consacrée au Baroque. Une approche sélective et riche d’un corpus vaste sur un sujet qui a déclenché les passions et suscité les imaginaires.

Changement complet d’esthétique au tournant des XVIème -XVIIème siècles avec Michelangelo Merisi da Caravaggio dit [**Le Caravage*] (1573-1610): dénuement dans les costumes et décors minimaliste, mais effet théâtral porté au paroxysme, en particulier par la technique du clair-obscur ( Salomé 1607 et 1609). Dans sa Décollation de Jean Baptiste (1608) l’artiste s’est peint en martyr, et c’est de sa carotide que gicle le sang sur la signature du tableau. Pas de codes ni de symboles à déchiffrer, seule l’action compte, et le spectateur la ressent comme s’il y était. Cet art du mouvement et de l’émotion violente fixés comme dans un instantané photographique est contemporain de la naissance de l’opéra, et annonce déjà le giallo du cinéma italien des années 1960.

Reprenant le thème de la vengeance d’Hérodiade, [**Andrea Ansaldo*] donne une vision saisissante de cette femme redoutable empoignant la chevelure du décapité et, le bras droit haut lever, s’apprêtant à lui planter une lame de couteau d’au moins 20cm dans la tête (circa 1620. Un tableau de [**Giovanni Francesco Guerrieri*] montre la même scène, avec une dague encore plus longue, et Salomé affolée (circa 1650). |left>

Redevable du Caravage, mais toujours prête à se venger des hommes, la famosissima pittrice [**Artemisia Gentileschi*] fait son autoportrait en Salomé, comme elle l’avait déjà fait pour Judith décapitant Holopherne (1612 et 1620), et Jaël plantant un pieu dans la tête de Sisera (1620). La représentation de la nudité masculine, en l’occurence celle de l’homme décapitant Jean-Baptiste, est une autre révolution caravagesque. Le clair-obscur souligne le relief de la musculature avec une précision anatomique. Dans un décor de prison, [**Massino Stanzione*] fait se côtoyer un bourreau presque nu et une élégante Salomé BCBG, dont on retrouvera le joli visage dans ses Judith et Sainte Agnès(c 1640); la même opposition est présente dans La Décollation de Saint Jean Baptiste|right> de [**Martin Faber*] (1616), où Salomé rougissante porte une curieuse jupe très longue aux reflets métalliques. La vieille légende de Salomé amoureuse du Baptiste resurgit avec [**Le Guerchin*] (Saint Jean Baptiste en prison visité par Salomé, c1619). Parmi les nombreux tableaux de cette époque où l’expressif supplante le décoratif, il faut connaître ceux de [**Francisco del Cairo*], dont l’extase orgasmique des Hérodiade (1625-1635) préfigure certaines mises en scènes moderne de l’opéra de [**Richard Strauss*]. L’influence de Caravage se fera sentir dans toute l’Europe et se maintiendra pendant près d’un siècle ; le hollandais [**Godfried Schalcken*], un autre maître du clair-obscur, produit en 1700 un des derniers tableaux de l’ère baroque consacrés à Salomé, où le bourreau a d’ailleurs les traits du Caravage ; la petite touche d’érotisme est donnée par le dessin des mamelons pointant sous la robe de la toute jeune-fille. |center>

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Malgré cette révolution insufflée par [**Le Caravage*], certains peintres sont restés dans l’héritage de la Renaissance, par une composition traditionnelle, comme les Hérodiade de [**Simon Vouet*] et de son élève [**Claude Mellan*] ( de 1620 à 1650), des décors inspirés de l’Antiquité, ou la survivance d’un style maniériste. Parée de vêtements de plus en plus riches, de fourrure d’hermine, de panaches, de bijoux et de perles(1), Salomé retrouve la noblesse de son rang, et même l’évidence de son statut de princesse dans la Banquet d’Hérode de [**Bartholomeus Strobel*], manièriste tardif du Nord (1640), où elle figure avec une couronne, une abondance de bijoux et une robe somptueuse, mais le visage impassible et les seins nus (voir illustration dans l’ article précédent). Avec moins de pompe, les peintres su Siècle d’or hollandais ont également illustré Salomé, [**Rubens*] (Salomé avec la tête de Jean Baptiste, 1609); Le Banquet d’Hérode, 1633), [**Carel Fabritius*] ( La Décollation de Jean Baptiste, 1640)…

Spécialistes des scènes de genre, certains ne manquent pas d’ajouter quelques détails savoureux lorsqu’ils abordent ce sujet biblique: [**Govaert Flinck,*] avec son Hérodiade ridée et presbyte inspectant la tête de Jean à travers ses bésicles ( Salomé apportant la tête de saint Jean Baptiste à sa mère), [**Jacob Duck*], avec un étonnant bourreau frère jumeau du beauf’ de Cabu ( Salomé avec la tête de saint Jean Baptiste), et [**Hans Horions*], dont la Salomé lance la jambe en avant comme de nos jours une militaire nord-coréenne ( Salomé dansant devant Hérode-, tous trois au milieu du XVIIème siècle.|left>

Dernière curiosité, mais peut-être plus significative, le français [**Jacques Stella*] peint en 1637 un tableau où Hérodiade et Salomé apparaissent en soeurs jumelles: taille, visage, coiffure, habits, épaule et sein dénudés, blancheur de peau, tout est identique. Cette confusion des deux personnages pourrait être la première étape vers le retour à l’anonymat de la« fille d’Hérodiade», prélude à son effacement au XVIIIème siècle.

À suivre…!

[**Pierre Dambrine*]|right>


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Prochaines mises en ligne des articles consacrés à Salomé

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[**Prochaines mises en ligne des articles consacrés à Salomé* *]

Mardi 28 janvier: 2. Salomé, le Baroque.
Vendredi 31 janvier: 3. Salomé, des Lumières, des romantiques, aux symbolistes et décadents
Mardi 4 février: 4. Salomé statufiée)]

Déjà paru: du Moyen-Âge à la Renaissance-775 (Cliquer)

Illustration de l’entête: La Décollation de saint Jean-Baptiste (1608). Le Caravage. cathédrale St Jean, La Valette, Malte


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Notes
1) Angelo Caroselli (c1640); Carel Fabritius, 1640; Guido Reni, 1640; Elisabetta Sirani; Carlo Dolci (plusieurs Salomé vers 1665-1670; Onorio Marinari (plusieurs Salomé vers 1670-1680); Paolo Domenico Piola ( début XVIIIème siècle)


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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne 28/01/2020 initialement publié le 23/09/2017

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WUKALI 23/09/2017

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