Accueil Archives 2011-2020 Le Festival international de théâtre de Nancy renait au salon du livre d’Avignon

Le Festival international de théâtre de Nancy renait au salon du livre d’Avignon

par Pétra Wauters

Nancy International Theatre Festival, a theatrical start up. Its history in a dense and accurate book


[**Par Pierre-Alain Lévy*] /. Le livre écrit par [**Lew Bogdan*] et [**Pétra Wauters*] sur l’histoire du[** Festival international du théâtre de Nancy*] est en quelques mois devenu un monument indépassable sur cette fraction du XXème siècle si riche, ô combien, dans l’écriture théâtrale, la vie des compagnies mais aussi de la société. Oui, peu à peu, oublieux que nous sommes de notre propre culture, tant française qu’européenne mais aussi celles qui façonnent tant d’autres pays par delà les mers et les océans, et nous redécouvrons éblouis ce vingtième siècle qui fut si prodigue en écritures et créations, qu’il s’agisse en l’occurrence ici du théâtre, mais nous en dirions tout autant pour la musique.

Théâtre, parfait marqueur de nos sociétés, de nos tourments, de nos amours ou de nos craintes et de nos espoirs, de nos histoires et de nos vies, microcosme vital de nos fulgurances, de nos rêves, et de notre liberté douloureusement acquise.

[**- Lew Bogdan et Pétra Wauters seront présents au Salon du Livre d’Avignon qui se tiendra du 7 au 9 février 2020. Dans un dialogue dont ils ont les secrets, ils présenteront leur livre Comme neige au soleil, sur la scène du [**Théâtre des Halles*], le vendredi 7 février de 18h30 à 19h30.*]

[**P-A L*]


[**Comme neige au soleil, Le festival mondial du théâtre*], tel est le beau titre du livre écrit par [**Lew Bogdan*] et [**Pétra Wauters*] dont les chroniques sont bien connues des lecteurs de Wukali, et qui est consacré à l’histoire de ce festival qui connut une fabuleuse gloire à [**Nancy*] de 1963 à 1983.

Comment aborder un tel ouvrage, d’abord un volume épais et dense, près de 600 pages !

Le théâtre bien évidemment, et essentiellement dans ses dimensions prométhéennes, mais c ‘est aussi un livre d’histoire, au singulier comme au pluriel du mot d’ailleurs. Et cette ouverture exceptionnelle positionne ce livre comme des mémoires d’un temps intellectuel, culturel et politique passé de la France et de l’Europe, une certaine proximité avec Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen de [**Stefan Zweig*], toutes proportions historiques gardées bien entendu ! Un temps bien proche dont nous sommes tous les héritiers, et dont aujourd’hui on célèbre à travers des anniversaires ou des révisions médiatiques l’épopée sans en connaître bien au fond les enjeux ou les conflits. Un livre aussi de sociologie pourrait-on l’envisager, une façon d’aborder l’histoire des mentalités, des rapports de force et des luttes, mais aussi une évocation spirituelle et culturelle des imaginaires, des aspirations et de l’universel. L’Universel et oui, car on ne parle que du théâtre, personnages en quête d’auteurs en quelque sorte !

Un livre écrit à la première personne, [**Lew Bogdan*] il en fut d’ailleurs un des principaux responsables puis le directeur, et proche de Jack Lang, évoque dans une recension chronologique, année après année, cette aventure unique et magique d’un festival de théâtre qui bouleversa le monde. [**Pétra Wauters*] que nous connaissons bien à[** Wukali*] et dont nous aimons à lire ses chroniques, cite cette belle phrase de [**Stanislavski*] : «Le théâtre est comme la neige, qui fond au soleil, elle ne laisse pratiquement aucune trace visible et pourtant imprègne le sol qu’elle féconde pour le renouveau»|right>

Ce sont les acteurs de ce festival (et dans le véritable sens étymologique, ago agis, agere, egi, actum en latin: faire, construire, inventer, créer, agir, vouloir ) qui sont au coeur de cet ouvrage nullement hagiographique est-il besoin de le préciser. Écrivains, dramaturges, metteurs en scène, chorégraphes, danseurs, mais aussi les passionnés de tout poil, publics et spectateurs, fous de scène, et les représentants des pouvoirs politiques. Tout au bout les critiques, l’ivresse de la gloire et du rêve, l’émotion au bout des lèvres, le regard mouillé ou le rire qui bigorne dans la gorge et emporte les auditoires et publics émerveillés, jours de gloire et de fête, émotion et partage dans le fièvre de la création. Une moisson d’informations telles des archives ouvertes où bat le coeur, une mémoire fabuleuse et dont la recension se lit avec plaisir dans une langue légère et captivante.


Des noms, des compagnies qui font l’histoire du théâtre et Lew Bogdan évoque ces moments, ces rencontres ces personnalités, en un mot l’histoire vivante de ce festival mondial du théâtre de Nancy, théâtre universitaire en ses débuts, de ce théâtre expérimental, qui exista durant vingt ans, de 1963 à 1983, le temps d’une génération, une moisson princière, une jeunesse étoilée, acteurs et spectateurs emportés !

On ne peut les citer tous: [**Tadeusz Kantor, Shujii Terayama, Arby Ovanessian, l’Iowa Theatre Lab, Peter Zadek, Pina Bausch*] qui éblouit en 1977 le public nancéien et révolutionna la danse, comme plus tard la compagnie de danse buto japonaise [**Sankai Juku 山海塾*] ou [**Nicky Rieti*] et le scénographe [**André Engel*] qui subjuguèrent dans un spectacle magique de nuit en pleine forêt des Vosges, les spectateurs conduits spécialement depuis Nancy par trains spéciaux gracieusement alors affrétés par la SNCF. Il faudrait des lignes et des lignes pour les tous citer..!|left>

Mais d’entre ces passionnés il est un nom qui domine, qui organise, qui inspire, qui invente et qui agit, qui tisse des liens, qui convainc les décideurs, qui a l’oeil à tout, ce passionné, ce fou de théâtre, ce condottiere de la scène a un nom, il s’appelle [**Jack Lang*].

À travers un entretien avec Lew Bogdan, Jack Lang raconte, et la citation de notre héros/ (héraut ?) placé en entrée de chapitre est explicite: [**«Ce qui compte d’abord c’est l’intuition, c’est la volonté, c’est l’enthousiasme»*] tout y est dit !

Étudiant en droit à Nancy, Jack Lang vit sa passion du théâtre, il est pareillement inscrit au Conservatoire. Il décide de créer un festival étudiant, il a pour modèles les festivals d’Erlangen en Allemagne et de Parme en Italie. On est alors dans les années 1960-1963.

[**Nancy *] est une petite ville de Lorraine ronronnante, dirigée alors par un maire conservateur. Pour tout un groupe d’étudiants dont il fait partie, il s’agit de changer la société, de changer la vie, de changer l’Université «trop répressive, oppressive, retardée». Dans la vision globale du monde de l’époque, le temps est aux luttes anti-coloniales, à la répression fasciste dans l’Espagne franquiste, une Amérique du Sud soumise aux dictatures militaires, les pays de l’est de l’Europe subissant la violence du joug communiste, outre-Atlantique, en 1964, le Président Johnson envoie les premiers bataillons de l’armée US au Vietnam.

Les années 1967, 1968, 1969 on a affaire à un théâtre de rébellion, de contestation, c’est le temps de la découverte du[** Bread & Puppet Theater*], et du [**Theatro Campesino*]. Bien entendu dans l’univers feutré et ratatiné de Nancy en ces années là tout ne se passe pas avec sérénité, et ces spectacles provoquent parfois le bruit et la fureur ! Jack Lang use de toutes ses qualités de négociateur et de diplomate …

Dans les années 1970-1971 le festival se professionnalise peu à peu, « je ressens le besoin de de voir le théâtre s’orienter vers les recherches plastiques, vers la recherche des formes, plus que vers la contestation politique»

Jack Lang est tel qu’en lui même l’éternité le change et il a conservé le souffle de sa jeunesse. Il quittera Nancy pour Paris pour diriger le Théâtre de Chaillot mais demeurera constant dans son lien pour le festival de Nancy et cela malgré barrières et obstacles de toutes sortes. Ses mots qui dépassent le cercle même du théâtre sont percutants, et à les relire (l’entretien a été réalisé il y a plusieurs années) on ne peut s’empêcher d’y trouver un parfum d’actualité.

Par exemple quand Lev Bogdan lui demande pourquoi le festival du Théâtre n’a pu durer que vingt ans, alors même qu’il fut ministre de la culture, voila ce qu’il répond:

« Là aussi je vais être prudent. D’abord, on pourrait dire, c’est un échec personnel. Je n’ai pas été capable d’assurer, ministre ou pas, la survie d’un tel événement. C’est possible. Mais en même temps, on doit admettre qu’une institution d’art n’a pas pour vocation d’être éternelle et qu’elle est par nature éphémère, périssable, mortelle, et parfois, on pourrait citer, mais je ne veux pas être cruel, des institutions qu’on a maintenues à coup de« transfusions sanguines» et de traitements multiples, mais pour quel résultat ? La sclérose est là et définitivement là. Parfois il vaut mieux rayer d’un trait de plume et planter d’autres pousses ailleurs plutôt que de vouloir sans cesse faire survivre ce qui est mort, ou ce qui ne correspond plus au temps…»

Intéressant, non ?

Riche est ce livre, foisonnant, carrefour de rencontres, des noms, des mémoires, des entretiens: [**Robert Abirached, Roland Grünberg, Pina Bausch, Kei Shionoya*], d’autres, l’aventure est superbe. Ce livre est grand, il se lit facilement, il est énergie.

[**Pierre-Alain Lévy*]|right>


[**Comme neige au soleil
Le festival mondial du théâtre*]
Nancy 1963-1983
[**Lew Bogdan et Pétra Wauters*]
éditions L’Entretemps. 30€

[(

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WUKALI 25/01/2020, mis en ligne initiale 04/11/2018

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