Exhibition: In the private and sweet vicinity of Toulouse-Lautrec

Affichiste, caricaturiste, longtemps cantonné dans la culture Montmartroise, on (re)découvre au Grand Palais, [**Toulouse Lautrec*], peintre du réel et de la vérité. Virtuose qui passe de l’homme à l’animal, d’une technique à une autre. Tout l’enchantait, tout nous enchantera dans cet art électrique et électrisant. De l’énergie, du mouvement et puis de la douceur. On ne sort pas indemne de cette exposition. Elle se termine le 27 janvier, vous avez encore le temps pour en prendre plein les yeux. « Rétines et pupilles. »


Je refuse traditionnellement les invitations de prestataires à des matches de rugby, des voyages, des départs de transatlantiques etc. Honnêteté ? Liberté ? Exemplarité ? Congruence entre le dire et le faire ? Oui sans doute. Mais à la cohérence j’ai préféré ce jeudi la co-errance chromatique et la ballade picturale.

Un cabinet conseil en protection sociale m’avait en effet invité à visiter, fêter Toulouse-Lautrec un matin de janvier au grand Palais. Visite presque privée. Outre l’amitié avec François l’invitant que je remercie encore, comment résister ? L’ami Robert aurait rappelé [**Ortega y Gasset*] : « yo soy yo, y mi circonstancias. » Acceptez donc mes circonstances atténuantes. Et puis, pour être en phase avec l’esprit de Toulouse, on doit toujours s’appuyer sur ses principes …. jusqu’à ce qu’ils cèdent.

Petit déjeuner social time sympa, des rencontres, des retrouvailles juridico-amicales à « tire la Rigaud », tout le monde est détendu. Chacun a besoin de souffler. Sur l’escalator : « Alors pronostic ? Eh bien, Toulouse 33 Lautrec 7 ». Belle ambiance de vestiaire. Et puis ; on entre. « Rétines et pupilles », j’oublie tout. Fini le vestiaire. Comme happé. Happy.

[**Souchon*] a toujours raison, « Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent pour un jeu de dupes, voir sous les jupes des filles. » Certains diront que c’est pour cela que j’ai cédé, je fus happé. Et bien même pas. Enfin, pas que.

– [**Une exposition superbement conçue*]

225 œuvres dont beaucoup jamais vues. Des collections étrangères, le Musée d’Albi et la BnF ont bien collaboré. Une exposition formidablement conçue, une scénographie élégante, vastes espaces, riche, belle et douce. Une mention spéciale et filiale pour l’extrait de La Danse serpentine (1898) avec[** Loïe Fuller.*] Une pensée pour Inès l’orientale.

Je disais ? Ah oui, la conception de l’exposition. Arriver à respecter la chronologie et les thématiques. Chapeau.

Bon, soyons objectifs malgré tout. Le titre de l’exposition, il faut que j’en parle. Toulouse-Lautrec, résolument moderne. Cela me fait penser aux mauvais papier sur le Japon. « Entre tradition et modernité, le pays du soleil-levant. » Oh la la ! Qu’il soit vibrionnant, homme de son temps, en avance sur lui, avant-gardiste, précurseur sans aucun doute. Mais enfin, convoquer la modernité comme dans chaque expo autour de Paris 1900 ! Un artiste, la modernité ; une banalité, une évidence, la moindre des choses. C’est comme être humaniste chez l’homme et girafiste chez la girafe.

Revenons à la douceur. D’abord les années d’adolescence, fondatrices. Le destin d’Henri bascule à 14 ans. Il se casse successivement les deux jambes, ajoutez à cela une pincée de consanguinité, il ne grandira plus. Difforme, il en souffrira. Was born Toulouse. Mais de cette infimité il en fera une force. Ce corps cassé, lui permettra de se jeter à corps perdu dans l’art et dans la vie.

Très doué, regardons ses œuvres de jeunesse, tout y est ou presque. Il fait son entrée chez des maitres académiques, il apprend des choses qu’il n’aime pas. Rébellion et ébullition. Ebullition économique, sociale, culturelle. Paris est en fête, Réponse immédiate : [**Puvis de Chavannes*] peint « Le Bois sacré » en 1884, et Lautrec l’exécute lui et son œuvre par sa parodie. On découvre un portrait de « Gustave-Lucien Dennery », il y a du « Mallarmé » de [**Manet*] mais en plus moderne (je m’y mets aussi c’est affreux) le tapis et la décontraction en plus.

Naturalisme de combat nous dit-on. Il mise sur la réalité, la vie réelle, la vie présente. Œil photographique, travaille le temps de pause, évite tant de pose. « Etude de nu, femme assise sur un divan » en dit long. Mise en avant de l’intimité par l’effet de zoom. Des nuques comme chez[** Berthe Morisot*].

Que dire des portraits de Carmen, Jeanne et Suzanne. Des portraits presqu’anthropométriques mais traités avec douceur, charme et amour. Carmen, Carmen, Carmen.

[**Thadée Natanson*] (fondateur de La Revue Blanche) disait : « Lautrec s’est épris de beaucoup de ses modèles. Pour ne pas dire qu’il ne les prenait que parmi les femmes dont il s’était épris. » On le ressent.


L’œil est photographique et doux, la main tout autant. Elles sont rousses et belles, il les étudie sous toutes les coutures et dessous aussi : « Quand a s’balladait sous le ciel bleu, avec ses ch’veux couleur de feu, on croyait voir eun’auréole, A Batignolles » (chanson du Mirliton, 1885).

« Le petit Bas-du-cul, pas mal du tout : bonhomme a du talent », voilà comment [**Théo Van Rysselberghe,*] pointilliste belge, invite [**Lautrec*] à participer à la Société des XX. A cette époque, il termine ses années d’apprentissage, il se frotte aux techniques impressionnistes, s’inspire de [**Van Gogh*] qu’il peint et avec qui il expose avenue de Clichy. Il continue les portraits colorés et puis c’est « le Cirque Fernando : l’écuyère ». L’énergie, la douceur, et le mouvement. Le mouvement !

A la même époque [**Clémenceau*] haranguait les foules dans ce cirque du boulevard de Rochechouart. Clémenceau avec lequel il collabore en illustrant « Au pied du Sinaï » comme d’autres œuvres. Arrêtez-vous devant le renard illustrant « Histoires Naturelles » de [**Jules … Renard*]. Tiens un autre poil de carotte. Décidément !

Section la « Vie présente » : de nombreux portraits d’hommes chapeautés. Rien de plus dur à faire dit-on. Belle galerie intimiste dans ces grands espaces. Puis on vole vers la section « Plaisir Capital ».

Le « Moulin de la Galette », un premier plan sur une table à la couleur indéfinie, les filles, un haut de forme, un « municipal » père la pudeur et derrière la danse, tout y est. Des lignes, points de fuite, des yeux, un arc de cercle, un peu de désespoir, de l’énergie, du mouvement. Photographie et japonisme, talent du décadrage intelligent ! Décadrer pour mieux mettre en avant le sujet. (Dé)cadrage et débordement… d’émotions.

Et puis c’est le Moulin Rouge, les affiches. [**Aristide Bruant, May Milton, May Belfort,*] bien sûr [**Jane Avril*] … Quel talent quand même ! Des affiches, coups de poing. Prenez quelques minutes pour étudier les affiches de [**La Goulue*] pour Le Moulin Rouge qu’on ne voit plus. Composition incroyable ; et les couleurs !
Et les panneaux de la même Goulue pour la foire du trône ? Toiles et feu. De l’énergie et du mouvement. Encore et encore.

[**Yvette Guilbert,*] on la connaissait. On connaissait surtout ses loooongs gants noirs et son loooooong nez en « pied de baignoire ». Quel beau travail autour d’elle. Visiblement elle n’aimait pas ses portraits. Lautrec l’aimait sans doute insuffisamment et aimait encore moins le travail de commande. Il lui a même coupé la tête sur l’Affiche du « Divan japonais »

Et puis, c’est la partie des plaisirs interlopes. On passe du cancan au bordel. Bordel de la rue des Moulins, ELLES sont là. Il les traite avec douceur lui qu’elles appellent la cafetière ou la théière. Je n’aime pas trop le sujet mais objectivement œuvres lumineuses et profondément bienveillantes.

Et la fin

Il a vécu, vite, trop vite, rongé d’aliénations modernes. L’exposition laisse un goût amer. C’est la fin certes, mais c’est aussi la déchéance. Les œuvres sont moins lumineuses. La couleur tente d’y pallier. Un « examen à la faculté de médecine » est tout de même saisissant. Il règle ses derniers comptes lui qui a été interné. Les mains démesurées de ce pouvoir sans contre-pouvoir. C’est un peu forcé. Mais, arrêtons-nous sur le portrait de [**Paul Viaud*] en amiral anglais du 18ème (siècle pas arrondissement, tiens l’ambiance de vestiaire revient). Il préfigure les travaux de [**Derain*], de [**Vlamynck*], des Nabis. Il quitte Paris, passe par Bordeaux et meurt en famille. Sur son lit de mort, il voit son père (très absent de sa vie). « Père quand vient l’hallali, vous êtes toujours là. » Dernière pirouette.

Qu’importe. Lautrec est là. Toujours là, et bien là.
L’étoile filante imprime toujours « rétines et pupilles ».

[**Jean-René Le Meur*]


[**Toulouse-Lautrec, résolument moderne*]
jusqu’au 27 janvier 2020, Galeries nationales du Grand Palais, 8e.


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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 13/01/2020

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