Comparison between two famous Dutch painters, Pieter de Hooch and Johannes Vermeer


Par Jean-René Le Meur /. Sortir de l’ombre de [**Vermeer*], voici ce que nous propose cette exposition au musée Prinsenhof de [**Delft *]. On ne comprend pas bien le titre et la véritable intention des organisateurs. La marketing a ses raisons que nous connaissons. En tout cas, difficile de parler de l’autre sans l’un car le premier n’a pas besoin du second ! Bref c’est pari… perdu !


Pour ceux qui ont le souvenir de l’exposition au Louvre « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » en 2017 la chose était déjà entendue. Paris était déjà gagné.
Et cela même si la Jeune fille à la perle a été reproduite en Hello Kitty et a succombé aux charmes d’une banque et de Cillian Murphy avant qu’il n’arrive à cheval à Birmingham, et même si La laitière s’est vouée aux produits lactés (la moindre des choses), et même si on ne compte plus les reproductions de La Jeune fille ouvrant une lettre ou l’Allégorie de l’histoire sur des chaussons, caleçons, boisson ou téflon.

Donc, on oublie, la « compet ». Pas de comparaison possible. A part bien sûr pour mon fils Roman qui trouve un intérêt inattendu à l’exposition grâce à cette « rivalité artistique en quinconce ». La formule est belle. On la garde.

– [**Première rétrospective aux Pas-Bas*]

C’est une première aux Pays-Bas, le [** musée Prinsenhof*] de Delft présente 29 œuvres de [**Pieter de Hooch*].

Après des Kroketten et une Pils, on est d’attaque !

Quel bel endroit ce musée ! Après l’exposition, on peut découvrir au premier étage de belles salles avec des pièces traditionnelles, une camera oscura (j’adore), des faïences évidemment (on est à Delft que diable) et puis au rez de chaussée quelques portraits de [**Guillaume le Taciturne*] (1533-1584) (le père de la nation) et de ses épouses et quelques œuvres sur l’histoire de la ville de Delft.

Mais retour à l’exposition. Au début, on aperçoit des peintures de « corps de garde » vues et revues. On apprend d’ailleurs qu’elles n’étaient plus à la mode et que Pieter de Hooch a dû évoluer pour proposer quelque chose de nouveau, en lien avec les valeurs et vertus de l’époque. Et puis apparaissent des scènes de rue. Ahhh les voilà ! Simplicité, banalité, domesticité pour transfigurer la femme en madone profane. Nous y reviendrons.

– [**Vermeer et de Hooch*]

Comment en effet ne pas associer Vermeer et de Hooch ? Ils ont dû se connaitre évidemment, génération oblige. En fait, on peut même imaginer, on peut rêver qu’ils étaient « cul et chemise » ou chevalet contre chevalet. Regardons « La ruelle » et « Femme à la balance » de Vermeer et « La cour d’une maison à Delft » et puis, la « Peseuse d’or ».

On nous dit qu’ils se sont mutuellement influencés On note tout de suite que de Hooch a atteint sa maturité plus tôt, c’est lui qui fut novateur. Vermeer a appris de de Hooch mais l’a (à nos yeux) vite surpassé. l lui a même fallu inventer de nouveaux motifs et peut être partir à Amsterdam pour s’affranchir (ça ce n’est pas dit).

De Hooch c’est d’abord une atmosphère. Tout est atmosphère à Delft voire cliché. Et de Hooch est le maître pour nous y plonger. Nous y sommes ! Delft XVIIème siècle, des bâtiments, des églises, des cours, des intérieurs à travers les vitres le long des canaux, des briques, du soleil rasant. Jeux de lumières, transparence des verres, pipes longues, des femmes souvent populaires, peut-être servantes, en haut jaune, jupon bleu et tablier rouge ou l’inverse. Quand on marche dans ses rues, on y pense, on pense qu’on va les croiser au marché aux poissons. Avant-bras costauds, port altier, coiffure blanche amidonnée.

C’est Delft la superbe, la véritable star. Beauté derrière les façades. Un clocher, puis deux, puis trois… parfois décalés, retravaillés, pour que la ville apparaisse en majesté. Rappelons-nous de la vue de Delft de Vermeer ; trois ou quatre petits pâtés blancs pour faire le coiffe, un mur jaune pour faire plaisir à [**Proust*] et voilà. Elle est là !

[(Marcel Proust. A la recherche du temps perdu ( extrait)

Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu’il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu’il ne se rappelait pas) était si bien peint, qu’il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l’exposition. Dès les premières marches qu’il eut à gravir, il fut pris d’étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l’impression de la sécheresse et de l’inutilité d’un art si factice, et qui ne valait pas les courants d’air et de soleil d’un palazzo de Venise, ou d’une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se disait-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. »

Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l’optimisme, se dit : « C’est une simple indigestion que m’ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n’est rien. » Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites, pas plus que les dogmes religieux, n’apportent la preuve que l’âme subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure ; il n’y a aucune raison, dans nos conditions de vie sur cette terre, pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l’artiste cultivé à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer.
)]

– [**Des femmes sans perspective ?*])]

On se pâme devant de Hooch car il a rendu un quotidien, une image de la vie du XVIIème, ses gestes du quotidien. En cela il est le véritable innovateur. Avant lui personne ne l’avait fait. Et puis à y réfléchir un peu, les femmes avec les travaux ménagers, les enfants qui jouent un rôle important c’est assez rare, l’intimité est là, la palette est chaude, une lumière naturelle, chaleur du foyer réhaussée par le soleil rasant toujours ! Mais nous n’y trompons pas trop. Bien sûr c’est charmant, bien sûr cela nous touche. Mais cela dit quoi ?

D’autres époques, ont leur thuriféraires picturaux, le second en pire, on en parle ?
Valeurs bourgeoises et un message « enrichissez-vous ». Point positif, le marché de l’art était à son apogée. Ici, même logique.

L’héroïsme guerrier a laissé la place au commerce. La flotte du roi a laissé sa place à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ([**Verenigde Oost-Indische Compagnie*] ou VOC).

27% de rentabilité annuelle pour les actionnaires ; cela permet en effet chez [**Maslow*] d’envisager un épanouissement personnel et donc… de développer le marché de l’art ! Mais à une condition que celui-ci réponde à la demande.

Pas de thèmes picturaux catholiques et lyriques. On veut de la famille puis de la piété. Pas « des gros seins, des gros culs » comme [**Souchon*], non non non !

Le mieux, c’est la piété familiale et puis les associations, les guildes ; bref, les vertus du collectif. Et puis et puis (et surtout) on veut montrer malgré les façades sévères et austères et une discrétion pourtant affirmée la réussite sociale et économique et donc le cadre professionnel dans lequel on apparait à son avantage voire exemplaire. C’est le protestantisme flamboyant. Bel oxymore ! Pas illogique, la réussite est une grâce de Dieu. Elle s’accompagne de travail, de labeur : le devoir absolu.

Les vertus domestiques sont le parangon. L’homme vend et achète et la femme enfante, veille sur son foyer, éduque les enfants, nourrit la famille, nettoie, range, plie, récure, lustre. Et cela le plus souvent seule, sans domesticité trop nombreuse. Le labeur toujours : une épouse vertueuse n’est pas oisive ; elle ne lit pas, elle n’écrit pas, elle ne sort pas. La Madone profane ; pas de grenade sous son sein. L’intérieur est son monde, l’intériorité sa vertu.

– [**De Hooch c’est le roi de la perspective*]

Les œuvres de sa période de Delft (celles pour lesquelles il a mis son talent, son génie et sans doute plus de temps consacré) nous saisissent. On a en tête des œuvres de [**Cornelius Van Milet*], des intérieurs d’église qui ont cette logique architecturale, cette rectitude verticale, cette tentation de la perspective. Mais rien de pareil à de Hooch.
Nous n’avons pas le souvenir d’avoir vu d’aussi belles perspectives et de profondeur dans un jardin. Alors bien sûr il y a La Vierge du chancelier Rolin. Ici, il y a une espèce de dynamique rare, des espaces accumulés, additionnés les uns derrière les autres, des lignes perdues, des murs, des courbes et des ruptures rares. Des scènes construites.
Construites pour quoi ?

Un sentiment étreint, la perspective rétrécit la vision à hauteur d’homme ou de femme. Elle leur enlève toute liberté. Des labyrinthes ? Une vie définie, une condition dont on ne sort. Pire encore, une ombre au loin, une silhouette noire chapeautée semblent attendre le moment où, elle pourra frapper. Une femme et de l’enfant dans une cour (de blanchiment) en est l’archétype.

Et puis, il y a des espérances, un regard vers le lointain, une porte qui s’ouvre vers l’extérieur, le chat ou le chien qui regarde le « dehors ». Les seuls qui peuvent s’échapper du quotidien sont les enfants pour une partie de Kolf, ou de pêche. Ils refermeront la porte sur le sort de leur maman !

On apprend amusé que l’ami Pieter tombait sinon dans une certaine forme de facilité en tout cas dans l’exploitation du thème à succès. C’est ce qu’on retient des peintures de sa période amsterdamoise. S’adaptant à son environnement et aux commandes (qui l’en blâmerait ?), son œuvre devient moins inventive (portraits de bourgeois statiques), sa recherche de perfection un peu diluée. Et puis la fin de sa vie est liée à la « rampjaar » (l’année « désastreuse » 1672) et la chute de l’économie et l’effondrement du marché de l’art.

Qu’il est élevé le prix de la liberté !

[**Jean-René Le Meur*]


[**Pieter de Hooch à Delft: dans la lumière de Vermeer*]
Musée Prinsenhof. Delft. Pays-Bas

du 11 octobre 2019 au 16 février 2020
https://prinsenhof-delft.nl/pieterdehooch/?lang=fr

[(

[**2019, c’est l’année Rembrandt*]

**Rembrandt van Rijn (1606-1669)*] est mort il y a 350 ans. C’est l’occasion de célébrer l’œuvre et l’artiste, ses contemporains et le XVIIe siècle. Ces festivités sont concomitantes de l’année thématique « Rembrandt et le Siècle d’or », qui donne lieu à de très nombreuses expositions et activités à travers tous les Pays-Bas. En 2019, NBTC Holland Marketing, le musée de Frise, le Mauritshuis, le musée la Maison Rembrandt, le Rijksmuseum, le musée De Lakenhal, le musée Prinsenhof Delft, le musée maritime d’Amsterdam, le musée des Archives municipales d’Amsterdam et le Quartier Culturel Juif orchestrent en partenariat avec les villes de Middelburg, Leyde, Dordrecht, Haarlem, Enkhuizen, Hoorn, Delft et Amsterdam, notamment, toute une série d’événements autour du thème « Rembrandt et le Siècle d’or ». Retrouvez un aperçu complet des activités et partenaires associés sur le site [ rembrandt-2019.nl (Cliquer) et sur le site du Rijksmuseum (Cliquer)
)]


Illustration de l’entête: Cour avec un homme fumant et une femme buvant (détail) Pieter de Hooch. Maritshuis, La Haye


[(

Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 27/12/2019 et auparavant le 01/11/2019

– Cet article vous a intéressé, vous souhaitez le partager ou en discuter avec vos amis, utilisez les icônes Facebook (J’aime) ,Tweeter, + Partager, positionnées soit sur le bord gauche de l’article soit en contrebas de la page.

– Peut-être même souhaiteriez pouvoir publier des articles dans Wukali, nous proposer des sujets, participer à notre équipe rédactionnelle, n’hésitez pas à nous contacter ! (even if you don’t write French but only English, we don’t mind !)

– Pour lire et retrouver les articles récemment parus mais déjà disparus de la page d’accueil, aller tout en bas de la colonne de gauche et cliquer « Articles précédents  » dans les numérotations indiquées.

– Vous pouvez retrouver tous les articles parus dans toutes les rubriques de Wukali en consultant les archives selon les catégories et dans les menus déroulants situés en haut de page ou en utilisant la fenêtre «Rechercher» en y indiquant un mot-clé.)]

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus