Nicolaes Maes: Rembrandt’s Versatile Pupil


Par Pierre-Alain Lévy /. Il fut parfois confondu avec son maître, et en cette année de commémoration nationale de[** Rembrandt*], le Mauritshuis présente une rétrospective de l’un de ses élèves les plus féconds : [**Nicolaes Maes*] (1634-1693). Près de trente peintures rendent compte du très grand talent de cet artiste prolifique.

Trois grandes expositions d’ailleurs à voir actuellement aux Pays-Bas : à Amsterdam, Delft et La Haye. [**Rembrandt*] au Rijksmuseum, [**Pieter de Hooch*] au Prinsenhof museum de Delft ( voir nos articles publiés dans Wukali* ) et bien sûr [**Nicolaes Maes*] au Mauritshuis

Au cours de sa longue carrière Nicolaes Maes a excellé dans les œuvres d’histoire, les peintures de genre et les portraits élégants. Ses pièces de genre originales et novatrices, représentant souvent des femmes engagées dans des tâches ménagères et font de lui l’un des maîtres néerlandais les plus novateurs et les plus attrayants du dix-septième siècle.

La vie de Nicolas Maes est relativement peu documentée. Une excellente biographie écrite par [**Piet Bakker*], «Nicolaes Maes» In The Leiden Collection Catalogue, édition Arthur K. Wheelock Jr. 2017 apporte des informations précieuses. Nous en extrayons les lignes suivantes :

Nicolaes Maes est né à [**Dordrecht*] en 1634, deuxième fils de [**Gerrit Maes de Ravestein*] et [**Ida Herman Claesdr*]. Son père était un marchand de vêtements puis blanchisseur à la fin de sa vie. Il semblerait que son premier maître fut [**Samuel van Hoogstraten*] (1627–1678), un ancien élève de Rembrandt qui vivait à Dordrecht entre 1648 et 1651. Quand exactement Maes a-t-il étudié avec Rembrandt, c’ est difficile à dire, mais c’était probablement entre 1649 et 1653. Quoi qu’il en soit, l’on sait que Maes est retourné vivre à Dordrecht le 28 décembre 1653, car ce jour-là il avait fait afficher les bans de son mariage avec [**Adriana Brouwers*], veuve du prédicateur Arnoldus de Gelder.

En 1658, Maes acheta une maison sur le Steegoversloot à Dordrecht – probablement la même maison dans laquelle il emménagea peu de temps après son mariage. Le propriétaire précédent, le capitaine **Job Jansse Cuijter*], lui demanda comme paiement partiel un tableau «représentant le vendeur et sa famille ensemble en une seule pièce», pour lequel Cuyter «paierait la toile ou le panneau avec le cadre» . ( appartenant aujourd’hui à la [collection du North Carolina museum of Art).

Sa situation économique à Dordrecht s’était dégradée. Les conditions pour un peintre à partir des années 1660 n’étaient pas particulièrement favorables. En 1667 et 1672, il dut payer des impôts municipaux sur le capital de 3 000 et 4 000 florins, respectivement. Sa position privilégiée dans la société alors ressort clairement de son appartenance à la garde civile locale, où il a atteint le grade de lieutenant. Maes était dans la même compagnie que [**Jacobus Leveck*] (1634–1675), son voisin et camarade de classe de Rembrandt, et qui était enseigne pendant la même période.

Le 14 décembre 1673, un document est signé à Dordrecht indiquant que Maes et sa famille sont partis pour Amsterdam. Sa décision a probablement été motivée par la crise qui sévissait à l’époque sur le marché de l’art. Comme dans tant de villes de la République néerlandaise, les contraintes du marché étaient devenues de plus en plus dures à partir des années 1650, atteignant un creux absolu au cours de «l’année du désastre» ( [**rampjaar*] ) en 1672. Son style de peinture plaisait et était à la mode, Maes devait espérer trouver la faveur de la population relativement importante d'[**Amsterdam*]. plus riche et appartenant à l’élite du pays. Cependant, il garda sa maison dans le Steegoversloot, suggérant ainsi qu’il n’était pas entièrement convaincu d’un succès durable.

Mais il s’avère que Maes n’avait nul besoin de s’inquiéter pour son accueil dans la ville d’Amsterdam. Il «a reçu tellement de travail qu’il était considéré comme une faveur si une personne se voyait accorder la possibilité de poser pour son portrait avant une autre, et c’est ainsi qu’il est resté à Amsterdam pour le reste de sa vie et c’est la raison pour laquelle un grand nombre de portraits sont restés inachevés. » Les quelques centaines de portraits qui ont survécu témoignent du fait que les bourgeois aisés d’Amsterdam ont facilement trouvé leur chemin vers l’atelier de Maes dans le Barndestreef. On sait qu’ il s’est rendu à [**Anvers*] pour étudier les travaux de[** Peter Paul Rubens*] (1577-1650) et [**Antoine van Dyck*] ( prononcer [vɑn ˈdɛˑɪ̯k] (1599-1641). Pendant son séjour, il a visité l’atelier de [**Jacob Jordaens*] (1593-1678), avec qui il a longuement discuté de la peinture.

Nombre de ses oeuvres, tel par exemple Le Christ bénissant des enfants, ont été confondus pendant longtemps comme étant de la main de Rembrandt van Rijn, son maître. Pour cet tableau par exemple ( appartenant à la collection de la National Gallery de Londres), si la chaleur des couleurs, l’éclairage des personnages sont directement reçues du maître, quelques fragilités de détails apparaissent dans la construction et le positionnement des personnages, la plus fragile et non achevée finition des expressions et notamment des visages, ou plus gênant encore, de profondes maladresses tel ce pied du Christ carrément raté. Certaines de ses peintures puisent d’ailleurs directement dans des répertoires de formes ou sont copiées de l’oeuvre de Rembrandt quand il travaillait au sein même de son atelier.

Avec cette exposition au Mauritshuis, il s’agit de la première rétrospective internationale de l’œuvre riche et variée de Nicolaes Maes, avec des prêts de peintures venues d’Europe et des États-Unis. Jamais auparavant l’œuvre de l’ancien maître n’avait été présentée aussi largement et sous toutes ses facettes.

Des femmes jeunes et vieilles, absorbées par des tâches ménagères, confectionnant de la dentelle aux fuseaux, cousant ; jeunes mères, domestiques, bonnes revenant du marché : Maes était un maître des scènes domestiques intimes du XVIIe siècle. En se concentrant souvent sur une seule figure centrale, ses peintures sont tranquilles, presque monumentales. La vieille dentellière (vers 1656), acquise par le Mauritshuis en 1994, est une peinture de genre essentielle.

Les « oreilles indiscrètes » sont une catégorie distincte dans son œuvre (Illustration de l’entête). Une maîtresse de maison souriante observe la femme de chambre et son amant. Le doigt sur les lèvres, elle attire l’attention du spectateur et appelle au silence. Une véritable scène de théâtre mise en scène. Maes était un maître dans la peinture des intérieurs complexes, avec des portes et des escaliers et des vues traversant différentes pièces, de véritables constructions kaléidoscopiques et optiques. Ainsi des magnifiques «oreilles indiscrètes» du Dordrecht Museum, de la Guildhall Art Gallery et du Wellington Museum (tous deux à Londres).

[**Ariane van Suchtelen*], conservatrice du Mauritshuis, est responsable du concept et de l’organisation de l’exposition : Ses merveilleuses pièces de genre sont assez bien connues, mais l’exposition comporte aussi des peintures bibliques anciennes et des portraits élégants. «Ces peintures sont si différentes les unes des autres qu’on a longtemps pensé qu’il y avait deux peintres appelés Maes. Cette exposition montre un Nicolaes Maes que peu de gens connaissent : innovateur et influent, avec une œuvre incroyablement polyvalente et variée

Dans la plus pure tradition de son professeur, Rembrandt, Maes a commencé comme peintre d’histoire en dépeignant des scènes de la Bible. L’influence de Rembrandt est évidente dans son style de peinture puissant, les couleurs chaudes et les contrastes prononcés entre la lumière et l’ombre. Rembrandt était un enseignant dévoué qui mettait ses élèves au défi de faire preuve d’innovation.

Maes se laissa inspirer par son professeur, tout en cherchant toujours ses propres solutions novatrices. Un bon exemple est Le sacrifice d’Abraham (vers 1653), auquel Maes a donné une charge explosive.Le Christ bénissant les enfants (1652-53) démontre son talent à peindre des enfants.

Maes fut un pionnier dans la représentation des espaces intérieurs et ses représentations de la vie quotidienne font partie des plus originales créées dans la Hollande du XVIIe siècle. Les scènes domestiques qu’il peint à Dordrecht à partir de 1653 furent une source d’inspiration pour des artistes tels que [**Pieter de Hooch*] et [**Johannes Vermeer.*] Ses intérieurs magnifiquement exécutés, avec des vues inventives en perspective permettant de voir à travers d’autres espaces, sont aussi présents dans leurs œuvres.

L’influence de son professeur, de son maître, fut la plus forte au début de sa carrière : les peintures de scènes bibliques de[** Maes*] furent un temps attribuées à [**Rembrandt*]. Maes était vraiment un élève à part entière de Rembrandt, qui savait transmettre les émotions de manière convaincante au moyen d’expressions et de gestes observés de près. Il luit manquait seulement le génie et l’intensité du sentiment. Sa peinture parfaitement exécutée pour plaire n’absorbait point cette touche profonde et unique de chaleur humaine, de rayonnement, d’émotion, d’unicité et d’humanité que seul son maître Rembrandt possédait. N’est pas dieu qui veut, car Rembrandt est ! Il est donc unique et imprononçable et Nicolaes Maes demeure son disciple!

[**Pierre-Alain Lévy*]


[**Nicolaes Maes: Elève polyvalent de Rembrandt.*]
Mauritshuis, La Haye (NL), jusqu’au19 Janvier 2020


[**Articles connexes publiés dans WUKALI*]

– Pieter de Hooch:
[Pieter de Hooch à Delft, sortir de l’ombre de Vermeer ?
->http://www.wukali.com/Pieter-de-Hooch-a-Delft-sortir-de-l-ombre-de-Vermeer-3848#.XfBYsS0lBsM]

Delft dans l’oeuvre de Pieter de Hooch


Illustration de l’entête: Les oreilles indiscrètes. Nicolaes Maes.(detail) c. 1656, . The Wellington Collection, Apsley House (English Heritage), Londres


[(

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WUKALI Article mis en ligne le 11/12/2019

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