Paul Volcker, central banker, chairman of the Federal Reserve Board


Par Jacques Trauman /. La nouvelle est passée presque inaperçue en France, obsédée par les grèves et la réforme des retraites, mais [**Paul Volcker*], économiste et président de la FED ( nommé par [**Jimmy Carter*] et confirmé par [**Ronald Reagan*] ) est mort le 8 décembre dernier à l’âge de 92 ans. Paul Volcker fut un légendaire président de la [**Federal Reserve*] ( la FED ), qui n’hésita pas a faire monter les taux d’interêt américains à 20% en juin 1981, niveau absolument invraisemblable, mais qui eut le mérite de terrasser définitivement l’inflation qui rongeait l’économie américaine ( et mondiale ). Il n’est pas question ici de retracer la longue et exemplaire carrière de ce grand économiste et immense serviteur de l’Etat, mais simplement de lui rendre hommage en mettant en lumière un épisode assez cocasse de sa carrière. Il s’agit de la spéculation des [**frères Hunt*] sur le métal argent, décrite par [**Olivier Marbot*] et [**Jacques Trauman*] dans un livre sur les crises financières, « [**Tout vu, rien retenu *] », publié chez Descartes et Cie en 2018. On verra dans ce petit texte que Paul Volcker réussit à convaincre le gratin des banques américaines, réuni à Boca Raton en Floride, de sauver les frères Hunt en leur consentant un prêt de 1,1 milliards de dollars, remettant ainsi à flot le système bancaire international d’une banqueroute assurée. Un service de plus que Paul Volcker rendit à la communauté internationale, grâce à sa clairvoyance, à son inflexibilité, et à son courage. |right>


[**Boca Raton, 1980
La fièvre de l’argent

ou
Le plus grand « corner » de l’histoire*]

Historiens, économistes et journalistes, il faut le reconnaître manquent parfois singulièrement d’imagination lorsqu’il s’agit de désigner une date ou un événement marquant. Ils abusent généralement du noir, auxquels ils adjoignent paresseusement le jour de la semaine pour inventer ou réinventer des lundis, mardis, mercredis noirs dont on ne sait plus, à force, quelle date ni quelle crise ils désignent exactement. À tous ceux que peine cet appauvrissement lexical et ce manque de créativité, annonçons une bonne nouvelle : il y a des exceptions. Ainsi, si le [**27 mars 1980*] a vu éclore une crise financière – une de plus –, il y a gagné une autre coloration, plus argentée. Et reste dans les mémoires comme le « Silver Thursday ».

Tout avait débuté la veille, le mercredi 26 mars donc, lorsque des rumeurs avaient commencé à annoncer que la banque d’investissements américaine Bache était à deux doigts de déposer le bilan. [**Bache*] était en fait fragilisée par l’incapacité de l’un de ses principaux clients, la famille Hunt, à honorer une dette de 233 millions de dollars liée à des prises de position spéculatives sur l’argent. Nous parlons ici du métal argent, non de la monnaie. La panique gagna très vite les investisseurs actifs sur ce marché. Qu’allait-il se passer ? Si certains commençaient à vendre les stocks de métal accumulés, le mouvement allait s’amplifier, le cours s’effondrer et Bache faire faillite. Or Bache était liée à nombre de ses concurrentes en Amérique et en Suisse, de [**Merrill Lynch*] à [**Paine Weber.*] Si elle tombait, elle ne tomberait pas seule.

Le 27 mars, tous les commissionnaires concernés par le cours de l’argent se réunirent donc pour coordonner leur stratégie. Discussion difficile et confuse : personne ne disposait des mêmes informations. Et pendant qu’on parlait, les prix plongeaient. La veille, l’once se négociait à 15,80 dollars. Le jeudi à midi, elle n’en valait déjà plus que 10,80. [**Paul Volcker*], le président de la Réserve fédérale, participait lui aussi à la réunion et commençait sérieusement à envisager de fermer le marché de l’argent pour contenir l’incendie.

Mais comment, au juste, en était-on arrivé là ?

– [**La saga des Hunt*]

L’histoire de la famille qui provoqua le Silver Thursday, les Hunt, mérite d’être rapidement racontée. Elle débute en 1607, lorsque le premier représentant de la lignée mit le pied sur le sol américain, treize ans avant les fameux pionniers du Mayflower. Ce Hunt-là s’établit dans le Sud, en Géorgie puis en Arkansas, et sa descendance prospéra. Mais il fallu attendre presque trois siècles et la naissance, en 1889, de [**Haroldson Lafayette Hunt Jr.*], dit [**H.L*]., pour que la dynastie devienne réellement légendaire. Grand joueur de poker, H.L. misa tout son héritage – 6 000 dollars de l’époque reçus à la mort de son père, en 1911, soit 150 000 dollars d’aujourd’hui – dans la culture du coton… et perdit tout. Nullement découragé, il quitta l’Arkansas pour le Texas et, en 1922, se lança dans une nouvelle activité : le pétrole.


Le succès, cette fois, fut total et au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, H.L. était, avec une fortune estimée à deux milliards de dollars, l’un des hommes les plus riches du pays. Jugeant, comme bien d’autres avant et après lui, qu’il était de son devoir de faire profiter les États-Unis tout entiers de son immense talent de businessman, il décida alors de se lancer en politique. Ses opinions, dans ce domaine, étaient rien moins qu’ultraconservatrices. Considérant [**Roosevelt*] comme un fasciste, il redoutait de voir les communistes subvertir son pays et tenta de remporter l’investiture pour l’élection présidentielle de 1952. Ce fut un échec. Faute de mieux, il apporta alors son soutien au clan Kennedy et contribua à l’élection de [**J.F.K.*] en 1960, non sans avoir lourdement insisté pour que son favori [**Lyndon Johnson*], Texan comme lui, soit nommé à la vice-présidence.

C’est alors qu’entra en scène Bunker, l’un des fils de H.L. Né en 1926, [**Bunker Hunt*] aurait pu profiter tranquillement de la fortune familiale mais il avait l’ambition – admirable, mais difficile à atteindre – de faire aussi bien, voire mieux que son géniteur. Il commença donc, dans les années 1940, par chercher de nouveaux gisements pétroliers au Texas. Mais le sous-sol de l’État avait déjà été exploré avec soin par les « Sept Sœurs », les grandes majors du secteur [**(Exxon, Shell, BP, Texaco, Mobil, Gulf, et Standard Oil of California)*] et le projet n’aboutit à rien. Aussi tenace que son père, Bunker s’envola alors pour le Pakistan où, en 1953, il consacra 30 millions de dollars à la recherche de champs pétroliers. En vain, là encore. Loin de renoncer, Hunt Jr. gagna alors la[** Libye*], pays a priori si peu prometteur pour l’exploration pétrolière que les Sept Sœurs n’avaient même pas jugé bon d’y mener le moindre forage exploratoire. Convaincu que le sous-sol regorgeait d’or noir, Bunker Hunt investit tout ce qui lui restait de fortune dans les travaux de recherche puis, quand il eut mangé jusqu’au dernier dollar, sollicita l’aide financière de ses frères [**William Herbert*] et [**Lamar.*]|right>

En 1961, les forages n’avaient toujours rien donné et Hunt était quasiment ruiné quand, enfin, le pétrole daigna jaillir. L’entêtement avait payé : Bunker Hunt venait de découvrir l’un des plus importants gisements d’Afrique. En quelques années, le fils de H.L. amassa la somme colossale de quatre milliards de dollars, devenant à son tour l’homme le plus riche du monde.

Mais dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1969, tout s’effondra. Une groupe de jeunes officiers, menés par un lieutenant du nom de [**Mouammar Kadhafi*] et soutenus par les services secrets égyptiens, profita d’un voyage à l’étranger du roi de Libye, [**Mohammed Idris El-Mahdi El-Senussi*], pour s’emparer des principaux sites stratégiques des deux grandes villes du pays, Tripoli et Benghazi. Ministres et généraux furent arrêtés et un communiqué fut publié, annonçant que le régime monarchique réactionnaire et corrompu cédait la place à une nouvelle République arabe libyenne. Kadhafi, instantanément promu colonel, devint le chef du nouveau régime et, beaucoup plus contrariant pour Hunt, l’une des ses premières décisions consista à nationaliser les champs pétroliers.|right>

Fou de rage, le milliardaire interpela les autorités américaines, exigeant que le Département d’État envoie sans tarder ses Marines afin de protéger sa propriété. Le secrétaire d’État,[** Henry Kissinger*], refusa tout net et pour Bunker Hunt, soudain, tout fut clair : il était victime d’une cabale, d’un complot monté conjointement par les rebelles libyens, les Sept Sœurs et… les Juifs, naturellement.

Ruminant sa rancœur, il jura de reconquérir promptement son rang d’homme le plus riche du monde. Mais comment y parvenir ?

– [**On peut faire beaucoup mieux*]

En 1973, l’occasion se présenta lorsque Bunker Hunt et son frère Herbert lurent un livre publié, l’année précédente, par un ancien cadre de General Motors appelé [**Jerome A. Smith.*] Le dénommé Smith avait accédé à une certaine renommée en prédisant, en juillet 1971, que le dollar allait être dévalué dans les deux mois qui suivaient. Personne ne l’avait pris au sérieux jusqu’à ce que, le 15 août, le président [**Richard Nixon*] annonce effectivement une dévaluation. Fort de sa crédibilité tout neuve, Jerome A. Smith publia donc en 1972 un livre intitulé Silver Profits in the Seventies, dans lequel il écrivait que le seul étalon-or ayant été imposé en 1873 et les Américains n’ayant, depuis Franklin Roosevelt, plus le droit de posséder de l’or à titre individuel, il restait une matière première susceptible de constituer un investissement des plus rentables : l’argent-métal.
L’analyse plut beaucoup à Bunker Hunt, qui estimait de son côté que depuis l’abandon de la parité or-dollar en 1971, le gouvernement américain faisait n’importe quoi et imprimait des billets à tort et à travers, menant le pays à la ruine. Et puisque l’once d’argent stagnait au niveau ridicule de 2,90 dollars, il décida qu’il n’avait pas grand chose à perdre à tenter l’aventure.

Les premières prises de position des frères Hunt furent surtout défensives. Il s’agissait de se constituer un stock de métal précieux pour se prémunir contre l’inflation que ne manquerait pas, tôt ou tard, de provoquer la folle politique monétaire des autorités. Mais l’instinct du chasseur reprit vite le dessus. Il y avait moyen de faire mieux, beaucoup mieux… Très vite, les Hunt décidèrent de procéder à un « corner », c’est-à-dire d’accumuler suffisamment d’argent pour, par leurs poids sur le marché, être capables d’en dicter eux-mêmes le prix. Leur objectif : faire remonter le ratio entre les prix de l’or et de l’argent de 1 pour 15 à 1 pour 5. Ambitieux mais tout à fait réalisable tant le cours du métal argent était alors sous-évalué.

2F2F Sun, Dec 16, 1979 – 66 · Messenger-Inquirer (Owensboro, Kentucky) · Newspapers.com

Seul problème, mais de taille : comment réunir suffisamment de capitaux pour acheter l’énorme quantité d’argent nécessaire à la constitution du fameux « corner » ? La solution se présenta le 1er octobre 1978 sur l’hippodrome de Longchamp, à Paris. Grand amateur de courses de chevaux, Bunker Hunt avait traversé l’Atlantique pour assister au célèbre Prix de l’Arc de Triomphe et rencontra, dans les tribunes, un groupe d’hommes d’affaires libanais qui se firent fort de lui présenter les investisseurs qui lui manquaient. Ce qu’ils firent rapidement, en mettant en relation l’Américain et plusieurs membres de la famille royale saoudienne.

Grâce à leurs nouveaux alliés, les Hunt commencèrent à acheter tout l’argent qui passait à leur portée. Non seulement les stocks physiques réellement disponibles mais aussi le métal encore à négocier, ce qu’on appelle les « futures ». Mieux encore : lors de ces achats à terme, Bunker Hunt précisait qu’il exigeait, à échéance, la livraison physique de l’argent lui-même et non, comme il est d’usage, le solde purement financier de l’opération.

Précisons afin que les choses soient parfaitement claires que tout cela était résolument illégal. La loi américaine stipule sans l’ombre d’une ambiguïté que « manipuler ou tenter de manipuler le prix de toute matière première, que ce soit dans le marché au comptant ou dans celui des futures » est constitutif du crime de « félonie ». Hunt n’était pas du genre à s’arrêter à de tels détails, et sa manœuvre ne tarda pas à donner les résultats escomptés. De 10,61 dollars l’once à la fin août 1979, le cours de l’argent grimpa progressivement durant tout l’automne pour culminer à 48,70 dollars le 17 janvier 1980.
Les Hunt et leurs alliés saoudiens contrôlaient à cette date environ 80 % du stock mondial d’argent. Une fortune considérable, du moins potentiellement.

[**Un milliard n’est plus ce qu’il était*]

Le petit jeu des Hunt, toutefois, n’avait pas échappé à la vigilance des autorités financières et boursières et plusieurs instances de régulation et de contrôle scrutaient à la loupe leurs opérations. La [**Commodity Futures Trading Commission*] (CFTC), sorte de gendarme des transactions sur les matières premières, mais aussi la [**Commodity Exchange Corporation *] de New York (Comex) et le patron de la Fed, [**Paul Volcker,*] surveillaient l’affaire de près et aboutirent tous les trois à la même conclusion : ces achats massifs d’argent étaient aussi spéculatifs qu’illégaux. |right>

Ils décidèrent donc d’intervenir en modifiant la règle du jeu : désormais, le nombre de contrats qu’un même opérateur pouvait détenir sur le marché allait être considérablement réduit et, surtout, les « appels de marge » , c’est-à-dire les sommes que ce même opérateur aurait à payer à la Comex si ses positions devenaient perdantes, allaient devenir beaucoup plus élevés.

L’effet fut immédiat. Le cours de l’argent entama aussitôt une longue dégringolade et les « appels de marge » s’accumulèrent rapidement. Incapables de les rembourser, les Hunt multiplièrent les emprunts, notamment auprès de ces deux institutions importantes qu’étaient la [**First National Bank of Chicago*] et la [**First Pennsylvania Bank of Philadelphia.*]|center>

En 1980, les dettes cumulées de Bunker et Herbert auprès de ces deux banques atteignaient le montant inimaginable – et totalement irremboursable – de [**1,3 milliard de dollars*]. La situation était d’autant plus impossible que Paul Volcker, prêt à tout pour enrayer l’inflation qui s’abattait alors sur l’Amérique, n’avait cessé d’augmenter les taux d’intérêt, lesquels atteignaient alors le niveau astronomique de 20 %. Dans ces conditions, même les frères Hunt ne pouvaient plus faire face et, le 30 mars, Bunker lâcha, désabusé : « Un milliard de dollars n’est plus ce qu’il était »…

Le problème, une fois de plus, tenait au fait que si les Hunt faisaient faillite, ils entraîneraient avec eux la [**First Chicago*] et la[** First Pennsy*], mais aussi la [**Bache*], la [**Swiss Bank Corp.*] et une bonne partie du système bancaire international. Les financiers n’avaient pas le choix : quelle que soit l’aversion que pouvaient leur inspirer les frères Hunt et leurs magouilles, il allait falloir les renflouer.|center>

[**L’accord de Boca Raton*]

Il se trouvait justement que le congrès annuel de l’Association des Banques se tenait quelques jours après le Silver Thursday de 1980 à Boca Raton. Le « corner de l’argent » fut le principal sujet de conversation des responsables réunis dans la station balnéaire de Floride. La première question à traiter fut celle de la dette – [**665 millions de dollars*] – que les Hunt avaient contractée auprès de la firme de trading de matières premières [**Engelhard Corp*]. [**Charlie Engelhard*], le patron de la société, homme inflexible qui inspira à son ami, le romancier [**Ian Fleming*], le personnage de Goldfinger, fut difficile à convaincre et les banquiers, épaulés par [**Paul Volcker*] et le secrétaire au Trésor [**G. William Miller,*] durent se montrer très persuasifs pour le décider à échanger sa créance contre 20 % de parts dans la concession pétrolière de la Mer de Beaufort, au nord des côtes canadiennes.

Ceci étant réglé, il fallut ensuite persuader les grandes banques réunies à Boca Raton d’accorder aux Hunt un prêt suffisamment important pour rembourser leurs dettes. Citibank, Chase Manhattan, Bank of America, Manufacturers Hanover, Continental Illinois, Chemical bank, Bankers Trust, Canadian Imperial Bank of Commerce, Royal Bank of Canada, First national of Chicago, Republic National of Dallas... toutes furent mises à contribution et consentirent aux fils de H.L. un prêt d’un montant sans précédent : 1,1 milliard de dollars ! En échange, les Hunt durent liquider toutes leurs positions, s’engager à ne plus lancer la moindre opération spéculative et hypothéquer tous leurs actifs.

Les frères furent donc sauvés, une fois de plus. Bunker en conçut toutefois une grande amertume, persuadé qu’il était d’avoir été une nouvelle fois victime d’un vaste complot. Cette fois, il n’était plus question des Juifs ni des Libyens mais des « shorts », c’est-à-dire des investisseurs spéculant à la baisse. Le fait que toute son opération ait été, depuis le début, parfaitement illégale n’avait évidemment rien à voir avec ses déboires, du moins dans son esprit.

En 1985, la CFTC attaqua les Hunt en justice et, en 1988, ils furent mis en faillite et condamnés à rembourser la somme de 130 millions d’euros. Ce qui, d’ailleurs, ne les empêcha pas de rebondir une dernière fois. En 2013, Herbert vendit les parts qu’il possédait encore dans divers champs pétrolifères et empocha la coquette somme de 4,2 milliards de dollars. L’honneur était sauf : les descendants de Haroldson Lafayette Hunt Jr. comptaient à nouveau parmi les grandes fortunes du pays.|right>

H.L., cela dit, s’en moquait bien puisqu’il s’était éteint en 1974, laissant derrière lui, outre huit enfants légitimes, quatre autres conçus avec l’une de ses maîtresse et encore quatre supplémentaires engendrés avec l’une de ses secrétaires. Ce sont les disputes familiales de ces innombrables rejetons qui inspirèrent aux scénaristes la trame de la plus célèbre série télévisée des années 1980 : Dallas.

Quant à la spéculation sur les matières premières, ou trading des commodities, elle n’a fait que gagner en importance depuis l’épisode du corner de l’argent. La fin du XXe siècle vit d’énormes entreprises de négoces se spécialiser qui dans les métaux, qui dans les céréales, le coton ou les hydrocarbures, au point de contrôler le marché mondial de ces denrées et d’en verrouiller complètement les échanges, transport compris. Des groupes comme [**Louis Dreyfus *] ou [**Archer Daniels Midland*], [**Bunge et Cargill*] s’octroyèrent de quasi-monopoles tandis que quelques traders devenus légendaires – comme [**Anthony Ward*], alias « Chocolate Fingers », ou le célèbre [**Marc Rich*], le « génie maudit » des marchés pétroliers – affolaient les bourses par leurs coups spectaculaires.


Au XXIe siècle, un pas de plus a été franchi avec l’arrivée des fonds de pension et d’investissements, puis des banques, qui comprenaient que la demande croissante en matières premières des grands pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil allaient faire flamber les cours. En 2007, année durant laquelle l’envolée des coûts des céréales provoqua des « émeutes de la faim », on estimait que la quantité de blé vendue, achetée et revendue à la Bourse de Chicago équivalait à quarante-six fois la production annuelle de blé des États-Unis. Les commodities étaient devenues de purs produits financiers.

Peut-on, du moins, espérer que cette marchandisation des matières premières, s’accompagnant d’une diffusion large sur les marchés, empêchera la constitution de nouveaux « corners » ? Même pas. Aujourd’hui, les fameuses « terres rares » – scandium, yttrium et tout un tas d’autres métaux en « ium » indispensables à la fabrication des smartphones, tablettes, batteries et autres systèmes électroniques autonomes ou embarqués dans des véhicules – sont devenues le quasi-monpole des [**Chinois*], qui produisent (et exportent) 85 % des volumes mondiaux. Un joli « corner » qui permet à Pékin de manipuler ce marché stratégique à sa guise, et qui ne s’est même pas constitué parce que le sous-sol chinois était particulièrement riche de ces précieuses matières.

Non, si la Chine règne aujourd’hui sur les terres rares, c’est simplement parce que l’extraction de ces minerais est dévastatrice pour l’environnement et que les autres pays, [**France*] et [**Europe*] en tête, ont préféré laisser la Chine faire le sale boulot et lui acheter ces matériaux plutôt que de saccager leur propre sol et de s’exposer au mécontentement des citoyens, qui sont aussi des électeurs susceptibles d’exprimer leur colère (un inconvénient que ne connaissent pas les autorités chinoises). Un cynisme dont on n’a pas fini de payer le prix.

Et cela d’autant moins que, quand les hommes tentent de se comporter avec mesure et sagesse – c’est-à-dire très rarement… – ce sont parfois les machines qui prennent le relai. Comme un certain lundi du mois d’octobre 1987…

(Extrait)|right>


[**Tout vu, rien retenu *]
De Macron à Berlusconi
[**Olivier Marbot*] et [**Jacques Trauman*]
éditions Descartes et Cie (2018). 18€


[(

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WUKALI Article mis en ligne le 10/12/2019

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