Treasures of Romanesque period in the center of France



À l’occasion de l‘exposition « [**Dans les collections de la BnF : Chefs-d’oeuvre romans de Saint-Martial de Limoges*] », la [**Ville de Limoges*] est heureuse de s’associer à la [**Bibliothèque nationale de France (BnF)*] pour présenter, du 23 novembre 2019 au 24 février 2020, au musée des Beaux-Arts de Limoges quatorze manuscrits enluminés provenant de la bibliothèque médiévale de l’abbaye. Ces pièces inestimables sont exposées aux côtés de sculptures dont d’imposants vestiges lapidaires. Collectés dès le milieu du XIXe siècle par la Société archéologique et historique du Limousin (à l’origine du musée des Beaux-Arts de Limoges) ou acquis plus récemment, ces éléments qui sont habituellement conservés en réserve sont également accompagnés par divers objets d’art (châsses et reliures émaillées) et quelques documents historiques généreusement
prêtés par d’autres institutions.

Grâce aux fructueux échanges qui ont pu être menés entre ce grand établissement national et le musée des Beaux-Arts de Limoges, s’est donc bâti un parcours d’exposition ambitieux visant à mettre en valeur le riche patrimoine de l’ancienne abbaye démantelée sous la Révolution. Cette présentation temporaire permet d’évoquer l’âge d’or de [**Saint-Martial*], foyer religieux, intellectuel et artistique important de l’époque romane (Xe – XIIe siècles), mais aussi les fouilles entreprises à la demande de la Ville, entre 2014 et 2016, place de la République. Celles-ci ont révélé aux Limougeauds un passé enfoui et pour beaucoup insoupçonné.

La Ville de Limoges espère que les splendeurs de pierre, de parchemin et d’émail exposées cet hiver au musée des Beaux-Arts vont contribuer à replacer l’abbaye Saint-Martial de Limoges à sa juste place, celle d’un centre de création artistique majeur du Moyen Âge européen.


– [**L’abbaye Saint-Martial. Un important centre de création de l’Europe médiévale*]

L’exposition « [**Dans les collections de la BnF : Chefs-d’oeuvre romans de Saint-Martial de Limoges *] » présente, à la lumière des recherches les plus récentes sur le sujet, l’une des périodes les plus florissantes de l’abbaye Saint-Martial qui a été, du Xe au XIIe siècle, l’un des foyers religieux, intellectuels et artistiques majeurs de l’Europe. En effet, la position stratégique de l’abbaye au centre de la France, sur l’une des voies menant à Saint-Jacques-de-Compostelle, et la réputation de son premier évêque, [**saint Martial*], dont elle conservait les reliques et qui venait d’être promu au rang d’apôtre, ont contribué à un développement que renforcèrent ensuite son rattachement à l’ordre clunisien en 1062 et la présence de figures marquantes comme le célèbre [**Adémar de Chabannes*] (988/989-1034) ou l’abbé [**Adémar de Laurière*] (1063-1114).

La destruction totale de la basilique du Sauveur et de ses bâtiments conventuels*p.15 entre la Révolution et l’Empire rend délicate toute tentative d’évaluation précise de la puissance et du rayonnement de Saint-Martial durant une grande partie du Moyen Âge. Toutefois, la quarantaine de chapiteaux mis au jour lors de divers chantiers de fouilles, entre le milieu du XIXe siècle et la fin des années 1990, et les quelque 200 manuscrits subsistants offrent de tangibles et éclatants vestiges de la vitalité créatrice de l’abbaye, qu’il s’agisse de l’architecture, de la sculpture, de la production intellectuelle, de la peinture ou de la musique.

– [**Une intense recherche scientifique depuis les années 1950*]

Avant l’exposition « Chefs-d’oeuvre romans de Saint-Martial de Limoges », seule une exposition a été dédiée à l’ensemble de l’activité artistique de Saint-Martial, en 1950 (L’art roman à Saint-Martial de Limoges. Les manuscrits à peintures. Historique de l’abbaye. La basilique, Limoges, musée municipal, 1950). Dans le sillage de cette exposition se développa une intense recherchescientifique qui renouvela l’état des connaissances. En témoignent l’ouvrage de [**Danielle Gaborit-Chopin*] sur La décoration des manuscrits à Saint-Martial de Limoges et en Limousin du IXe au XIIe siècle (Paris, Genève, 1969), l’exposition monographique Splendeurs de Saint-Martial de Limoges au temps d’Adémar de Chabannes (Limoges, musée municipal de l’Évêché, 1995) organisée par [**Véronique Notin*] et les récents colloques Saint-Martial de Limoges. Ambition politique et production culturelle en 2005 (dont les actes ont été publiés en 2006 sous la direction de [**Claude Andrault-Schmitt*]), Saint-Martial de Limoges. Millénaire de l’abbatiale romane 1010-2018 (Limoges, 2018) et Le rayonnement des arts au Moyen Âge. Réflexions sur le manuscrit aquitain Paris, BnF latin 1139 en 2019 (co-organisé par la BnF, l’IRHT – Institut de recherches et d’histoire des textes – et la Fondation Gulbelkian), pour ne citer que ces exemples.

– [**Saint-Martial : un essor exceptionnel (Xe-XIIe siècles)*]

Voici plus de mille ans, en [**1018*], commençait la construction de la principale église située au coeur de Saint-Martial, la basilique romane du Sauveur, l’un des édifices les plus emblématiques du XIe siècle. Le prestige de cette abbaye reposait sur la réputation du premier évêque de Limoges, Martial, personnage ayant vécu au détour des IIIe-IVe siècles, dont elle conservait les reliques. Depuis 855, année au cours de laquelle sa basilique primitive aurait servi de cadre au couronnement et au sacre d’un roi d’Aquitaine, elle s’efforçait de le faire reconnaître comme le grand protecteur des princes Aquitains. En 994, les foules de pèlerins témoignaient du pouvoir de ce saint, puissant intercesseur auprès de Dieu : la présentation (ou ostension) de ses reliques n’avait-elle pas sauvé la population d’une terrible épidémie ? À la suite de ce « miracle des Ardents », la reconstruction de cet important monastère urbain, stratégiquement positionné au centre de la France, sur l’une des voies menant à [**Saint-Jacques-de-Compostelle*], s’est donc imposée.

– [**L’abbatiale en chantier*]

L’ouverture du chantier de la nouvelle abbatiale, vers 1017-1018, est aussi dictée par la
volonté de promouvoir la notoriété de saint Martial. En 1028, la cérémonie de dédicace de la basilique du Sauveur précède en effet de peu son élévation au rang d’apôtre, c’est-à-dire de disciple direct de Jésus-Christ. Ce « statut » fut obtenu grâce à l’ardeur obstinée d’Adémar de Chabannes (988/989-1034), brillant lettré de l’abbaye.

Cette première phase de travaux (1018-1028) a concerné le chevet, caractérisé par un
déambulatoire à chapelles rayonnantes – l’un des plus précoces de l’âge roman – et les parties basses du clocher-porche. Après 1043, un incendie conduit à lancer un voûtement en berceau (transept et trois travées orientales de la nef, haut vaisseau contrebuté par des tribunes). Après 1062, sous l’influence de l’ordre de Cluny, les voûtes des travées occidentales sont décorées de peintures et les bâtiments monastiques sont édifiés jusqu’en 1114. Cette construction, aussi bien d’ordre monumental qu’hagiographique*(voir lexique), s’achève, le 30 décembre 1095, avec la consécration de l’église par le pape [**Urbain II*] et la reconnaissance de l’apostolicité*p.15 de saint Martial, évangélisateur des Aquitains. Pour autant, ce long chantier n’empêche pas les activités intellectuelles de l’abbaye de se développer durant cette période : les précieux manuscrits réalisés par ses copistes, chefs-d’oeuvre d’enluminure, en attestent brillamment.

– [**La spiritualité à Saint-Martial. Liturgie et musique*]

Les reliques du premier évêque de Limoges, exposées sur l’autel principal de la basilique du Sauveur, et son tombeau, qui se trouvait dans l’église Saint-Pierre-du-Sépulcre, attiraient des foules de pèlerins dont il s’agissait de canaliser le parcours au sein du sanctuaire. La promotion du culte et des autres saints dont l’abbaye possédait des reliques s’est accompagnée d’une intense activité liturgique et musicale dont témoignent les nombreux manuscrits copiés, entre le milieu du Xe siècle et le début du XIIe siècle, dans son scriptorium, atelier ayant pu se trouver à proximité du cloître. Les catalogues successifs de la bibliothèque de Saint-Martial, riche de près de 450 volumes au début du XIIIe siècle, montrent que ces manuscrits tiennent une place importante dans la vie spirituelle de l’abbaye, laquelle résonnait de musique.

– [**L’abbaye Saint-Martial, un foyer de création*]

Ces manuscrits sont destinés à la célébration du culte, tels les sacramentaires*(voir lexique), les autres servent à la lecture quotidienne au réfectoire, tels les lectionnaires*(voir lexique) ou à l’embellissement de la liturgie par la musique, tels les tropaires* (idem) et prosaires*(ibidem). Conservés en grand nombre, ces derniers montrent, par l’abondance et la diversité des pièces chantées et les neumes*(voir lexique) de type aquitain, signes de notation musicale qui les accompagnent, que Saint-Martial était un foyer de création particulièrement fécond, ainsi qu’un creuset des traditions musicales régionales, comme le suggère la présence à Limoges de manuscrits provenant d’autres centres aquitains.

[**Adémar de Chabannes*], qui avait acquis de solides compétences dans le domaine musical, vraisemblablement auprès de son oncle [**Roger*] (mort en 1025), dignitaire de Saint-Martial dont il était le chantre, est intervenu dans plusieurs manuscrits, qu’il s’agisse de la notation neumatique*(voir lexique) ou de la composition de nouvelles pièces liturgiques en l’honneur de leur saint tutélaire. Sur le plan artistique, plusieurs tropaires*(voir lexique) se distinguent par leur iconographie particulièrement originale qui se rattache à la performance musicale. Tandis que diverses figures animales et humaines mettent l’accent sur la vocalisation de la musique, d’autres évoquent, par leurs contorsions, l’engagement du corps dans le chant et, plus largement, le monde des acrobates et des jongleurs dont se sont, par ailleurs, largement inspirés les sculpteurs de l’Ouest et du Sud-Ouest de la France.

– [**Le monde de la couleur*]

L’apogée de l’activité artistique de Saint-Martial se situe durant les dernières décennies de l’abbatiat d’Adémar de Laurière (1063-1114). Cet abbé clunisien, grand amateur d’art, a commandé de nombreux objets précieux destinés à enrichir le trésor monastique de l’abbatiale. Il fait reconstruire et orner de fresques plusieurs bâtiments de l’abbaye, dont la basilique, et favorise la production enluminée du scriptorium, en y attirant notamment des artistes bourguignons. Les quelques spectaculaires chefs-d’oeuvre qui sont produits pendant cette période, comme la Seconde Bible ou la Vie de saint Martial, reflètent l’influence de l’art pictural qui était pratiqué à [** Cluny*], avec ses teintes saturées, ses aplats de peinture couvrante, ses matériaux luxueux et un traitement monumental des figures.

Ces caractéristiques se combinent avec le style aquitain propre à Saint-Martial qui se manifeste avec éclat chez le maître principal de la Seconde Bible comme chez les artistes qui lui sont apparentés. L’artiste du somptueux Sacramentaire de la cathédrale Saint-Étienne se rattache lui aussi à ce courant, en faisant de la couleur un élément essentiel de ses compositions et en s’inspirant d’autres domaines artistiques, comme la peinture monumentale, le vitrail, l’orfèvrerie ou l’émail.

– [**Une contribution au rayonnement de la ville de Limoges*]

Cet art prend justement son essor à Limoges au moment du déclin des enlumineurs du
scriptorium, dès les années 1120-1140. Au cours de la seconde moitié du XIIe siècle, plusieurs ateliers d’orfèvres émailleurs, sans doute localisés aux portes de Saint-Martial, vont bénéficier du passage des pèlerins mais aussi de commandes religieuses. De multiples objets – châsses reliquaires, éléments destinés à parer les autels, reliures d’évangéliaires, crosses, etc. – pouvaient en effet être appréciés, à la fois en raison de leur aspect chatoyant qui associait le cuivre doré à l’azur, mais aussi du fait de leur prix de revient inférieur à celui des métaux précieux. Le rôle d’[**Isembert Escoblart*] a dû être déterminant dans cet engouement puisque l’on sait qu’il commanda des émaux, d’abord en tant que prieur de Saint-Martial de Ruffec (Indre) puis comme abbé de Saint-Martial de Limoges (1174-1198). L’opulente abbaye aurait ainsi contribué indirectement à la prospérité de l’OEuvre de Limoges et au rayonnement artistique de la ville, en soutenant ce négoce pour son propre compte ou celui de ses nombreux prieurés.

[**La résurgence contemporaine
de Saint-Martial*]
Les fouilles archéologiques

La Révolution passée, les ruines de l’ancienne abbaye qui pouvaient subsister sont
remblayées et nivelées en 1806, afin de transformer cette aire de désolation en place
publique. Là où se trouvait jadis la nef de la basilique du Sauveur, est percée la rue Saint- Martial qui prolonge la rue du Clocher ainsi dénommée, car ayant naguère menée à son clocher-porche. Son souvenir s’estompe pourtant, malgré des trouvailles récurrentes chaque fois que de nouvelles constructions obligent à donner des coups de pioche dans ce périmètre urbain (1837, 1844, 1892, 1914…).

– [**Une exploration archéologique menée par la SAHL en 1959*]

En 1959, à l’initiative de la Société archéologique et historique du Limousin (SAHL) et avec l’accord de la Ville, une exploration archéologique est conduite sur ce site, avant la construction d’un parc de stationnement souterrain. Ces fouilles permettent de retrouver, de 1960 à 1962, des vestiges de « mausolées » antiques (IIIe-IVe siècles) contenant les sarcophages présumés de Martial et de ses deux compagnons. Puis, en 1963-1964, ce sont ceux des églises Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoît ainsi qu’une aile du cloître gothique qui sont redécouverts. En 1968, la crypte archéologique est aménagée et ouverte, une première en France. Des investigations se poursuivent, de 1971 à 1973, apportant des informations sur cette nécropole paléochrétienne.

– [**Reprise des études documentaires et fouilles d’Éveha*]

En 2006, à la demande de la Ville de Limoges, la société privée d’archéologie préventive Éveha reprend les études documentaires et réalise des tranchées, en 2010 et 2012, à l’occasion de travaux. En 2014, à la suite d’un nouveau sondage mettant au jour des éléments remarquables de l’ancienne abbatiale, une fouille programmée, soutenue par la Ville de Limoges, est autorisée par le Service régional d’Archéologie de Nouvelle Aquitaine qui en assure le contrôle scientifique. Au cours des étés 2015 et 2016, devant un large public de curieux, les archéologues d’Éveha font alors resurgir les spectaculaires fondations du chevet (1018-1028) de la basilique (élévation de plus de 3 mètres de haut) mais aussi des vestiges notamment carolingiens.

Si la première phase de réaménagement de la place de la République à Limoges est en voie d’achèvement, de nouvelles fouilles, prévues l’été prochain, devraient encore affiner la connaissance de ce secteur. Histoire à suivre…

[**Communiqué Ville de Limoges/ BnF*]


[**Lexique*]

Apostolicité : caractère de ce qui remonte au temps des apôtres
Apôtre : dans le christianisme, les apôtres sont les premiers disciples de Jésus-Christ
Conventuel : qui est soumis aux règles d’une communauté religieuse ; qui appartient, est propre à un couvent ou à un monastère
Hagiographique : relatif à l’hagiographie (étude de la vie, des extraits des Écritures saintes et des actions des saints ; ouvrage consacré à la vie d’un ou plusieurs saints)
Lectionnaire : livre liturgique qui contient les fragments de l’Écriture lus à l’office
Neumatique : qui concerne les neumes
Neume : chacun des divers signes de la notation musicale du plain-chant, en forme de point, d’accent ou de trait
Sacramentaire : livre, qui contenait les prières liturgiques à l’usage des évêques et des prêtres, pour la messe et les autres sacrements
Scriptorium : atelier du monastère dans lequel étaient réalisés leurs livres sur parchemin, écrits et décorés à la main
Tropaire/Prosaire : strophe ou courte pièce poétique introduite dans un texte liturgique


[**Chefs d’oeuvre romans de St Martial de Limoges
Musée des Beaux-Arts de Limoges*]
du 23 novembre 2019 au24 février 2020

Visites guidées, conférences et concerts accompagnent cette exposition


[(

Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 23/11/2019

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