Guilt or Responsibility ?


Partout dans le monde, nous assistons à des mouvements de foules de plus en plus nombreuses qui réclament des mesures en faveur de l’environnement. Ces actions sont très souvent le fait de jeunes qui ont la vie devant eux et se demandent avec angoisse ce qu’elle sera sur une planète dévastée. Ils sentent donc qu’ils sont les premiers concernés, et c’est à juste titre qu’ils ont entrepris de secouer le cocotier.

Cette nouvelle contestation de la jeunesse comporte quelque chose d’inédit et de paradoxal. De temps immémoriaux, en effet, les anciens étaient censés enseigner aux jeunes ce qu’ils avaient à faire. Forts de leur expérience, ils leur prodiguaient des conseils et, s’ils constataient que les enfants n’en prenaient pas de la graine, ils estimaient de leur devoir de leur sonner les cloches.

Aujourd’hui, renversement de la situation. Ce sont désormais les jeunes qui expliquent à cor et à cri aux anciens la conduite qu’ils devraient adopter de toute urgence pour sauver ce qui peut encore l’être. « Agissez, agissez, il n’y a plus de temps à perdre ! » Voilà ce qu’ils crient à la tête de leurs parents.

Quelle différence avec les précédents soulèvements de la jeunesse ! En 1968, par exemple, les jeunes remettaient en question la société bourgeoise, mais ils ne s’embarrassaient nullement de la génération des adultes. Il ne leur serait jamais venu à l’esprit de réclamer des mesures aux « croulants » comme on disait, et encore moins de les accabler de reproches. Désormais, les réprimandes fusent de la bouche des porte-parole de la jeunesse en révolte. « Vous devriez avoir honte ! Vous avez gâché ma vie ! » s’écrie à l’ONU une adolescente en colère.

Les justes revendications des jeunes s’inscrivent ainsi dans une atmosphère de culpabilisation qui s’insinue déjà dans le public. « Vous sentez-vous coupable ? » demande l’autre jour à la télé un reporter à une personnalité politique. « Oui », répond l’honorable personne, après une certaine hésitation, au cours de laquelle elle a réfléchi qu’elle avait peut-être intérêt à afficher ses remords d’utilisateur de sachets en plastique et d’amateur de beefsteak.

Décidément, on peut se demander si la pensée des hommes ne tourne pas en rond. Après avoir banni avec le reste de la religion le mythe biblique du péché originel, on est occupé à le ressusciter. La nouvelle génération accable Adam et Ève de reproches parce qu’ils ont consommé les pommes du paradis terrestre. De ce fait s’insinue dans les esprits l’idée que l’humanité est maudite, que, par faute de nos prédécesseurs, elle court inéluctablement à une perte qu’elle n’aura pas volée.

S’il est bien un écrivain qui s’est préoccupé de la culpabilité, c’est [**Dostoïevski*]. Ses romans sont remplis de personnages qui se sont rendus coupables de méfaits atroces. Néanmoins, il ne les accable jamais, car il n’y a rien de pire à craindre que les gens aux gants blancs qui s’estiment en droit de condamner les autres sous prétexte qu’eux-mêmes seraient à l’abri de tout reproche. Dostoïevski affirme que personne ne peut s’ériger en juge. « Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous. » (Les Frères Karamazov.) Rien ne sert, selon lui, d’enterrer une personne dans la culpabilité. Chacun d’entre nous participe à la même espèce capable du bien et du mal, et la grandeur de l’être humain, à chaque époque, est d’assumer pleinement cette humanité ambiguë dont il est l’héritier.

[**Armel Job*]


[**Précédentes chroniques d’Armel Job parues dans Wukali*]

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Fiction et réalité
Où sont passés les héros ?
Revenir à soi
Nostalgie de l’idéal
L’âme des foules
Cléon contre Cléon
De tous les peuples de la Gaule
Kafka, la petite fille et la poupée de chiffon

**Armel Job*] (Dernière parution : Une drôle de fille, Robert Laffont, Paris, 2019) lire la [critique dans Wukali ( cliquer )


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WUKALI Article mis en ligne le 16/11/2019

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