Emmanuel Macron in Shanghai for the inauguration of the Centre Pompidou West Bund museum


[**Pékin*], [**Shanghaï*], les déplacements à l’étranger d’[**Emmanuel Macron*], président de la République française, sont particulièrement suivis. La diplomatie du verbe et de l’être, où l’art, la culture sont levains d’existence des sociétés humaines, acteurs souverains des relations diplomatiques, facteurs et contreparties essentiels, symboliques, souterrains ou fringants du dialogue à établir entre les états. Dernier voyage en date:[** la Chine*]. Cette année 2019 marque le 55è anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République française et la République populaire de Chine.

Un programme de visites chargé, des discussions avec [**Xi Jinping, 习近平*] président de la république populaire de Chine, et son épouse [**Peng Liyuan, 彭丽媛*] , des entretiens avec les responsables chinois, la participation à la foire de [**Shanghaï*], des rencontres avec les Français de la communauté française de Shanghaï, des signatures de contrat ( [**près de 15 milliards $*] !) et l’inauguration du [**Centre Pompidou West Bund Museum*] * pas moins ! Bluffant !

Pour Emmanuel Macron, et dans ces cérémonies officielles, des discours, bien entendu car c’est un domaine où le président de la république se sent à l’aise. Très rapidement il sort du cadre formel imparti pour s’exprimer en liberté, sans notes, hors des carcans traditionnels dans lesquels notamment s’exprimaient ses prédécesseurs. La force d’un verbe qui porte, une espèce de concentré sémantique de [**de Gaulle*] et de[** Mitterand*] irrigué de références et de sens. Et dès lors qu’il s’agit des choses de l’esprit, des arts, de la philosophie, du théâtre ou de la littérature, et de l’idée de la France, Emmanuel Macron caracole ! L’inauguration de ce Centre Pompidou Shanghaï Bund museum était trop belle, et c ‘est tellement bien en le calligraphiant 上海蓬皮杜文化中心外滩博物馆 !

C’est faut-il le rappeler le deuxième voyage en Chine du président de la République, et ce dans un contexte international de grandes tensions notamment provoquées par les choix «hasardeux» ( respect oblige) de[** Donald Trump*].

Emmanuel Macron a bien entendu évoqué les différents projets à venir : la prochaine tournée de l’orchestre national de France en Chine, celle du Bourgeois Gentilhomme mis en scène par Jérôme Deschamps, la réalisation conjointe de l’exposition la Chine à Versailles qui va s’ouvrir prochainement, du projet du futur musée Rodin dans la ville de Shenzhen, celui de la Fondation Giacometti, d’un concert de Jean-Michel Jarre, de la mise en place de toute une série d’événements qui jalonneront l’année 2021, libellée année France-Chine pour le commerce culturel et touristique, jusqu’à Astérix qui découvrira les routes de la soie !

Car les relations internationales, la façon de voir un pays pour un autre, l’entropie culturelle, c’est aussi convoquer les imaginaires, savoir nommer les choses, avec intelligence, sans provocation et avec respect.

Le discours prononcé pour l’inauguration du [**Centre Pompidou West Bund Museum*], (voir video) est tout à fait intéressant, il s’articule autour des idées de l’universel et de l’esprit de dialogue. Pour ce faire, Emmanuel Macron évoque cursivement la figure d’[**André Malraux*] et son Musée imaginaire, qui consiste à créer «un musée pour rapprocher des oeuvres qui n’auraient jamais du dialoguer, et rassemblées dans un lieu auquel ces oeuvres n’étaient pas destinées, et pour un public auquel initialement ces oeuvres n’étaient pas adressées. Soit une réconciliation des espaces et des temps pour retrouver cette part d universel». Cette part d’universel sur lequel il revient. «L’ Exigence d’un moment particulier de nos histoires qui se redit dans un lieu different à un moment où ces oeuvres prennent un sens différent mais en reconstituant tout à la fois des invariants et des différences profondes. Universel et non pas l’abolition des différences.». La nuance est très intéressante et fine et sans nul doute aura été appréciée des auditeurs chinois.

Plus intéressant encore : «Une capacité à faire dialoguer des identités parfois irréconciliables, des esthétiques profondément différentes, des approches éminemment subjectives.»

Emmanuel Macron évoque la personnalité de [**Huáng Yǒngpíng 黄永砯*], artiste d’origine chinoise et naturalisé français, très récemment disparu, et créateur du mouvement Xiamen Dada 厦门达达, ce qui le conduit à évoquer« les invariants»nationaux», qu’ils soient chinois ou français, il cite l’artiste et évoque « …«l’impossible réalité du réel ainsi que sur le doute extrême de l’incrédulité… car posséder la liberté ou la plus grande licence, signifie aussi que la fausseté existe, mais dans le monde de l’art tout est permis, mais cette liberté et cette permission ne valent rien en eux-mêmes, car posséder la liberté, ou même la plus grande licence, signifie aussi que la fausseté existe» et parler de la transgression si constitutive de l’univers européen.

Il conclut son discours en évoquant les tensions qui naîtront de la confrontation des oeuvres et des expositions sur des artistes ou des thématiques du 20e et du 21e siècle qui feront l’objet de présentations au [**Centre Pompidou West Bund Museum*] :

« Il y a dans ce dialogue entre deux univers qui semblaient profondément disjoints, quelque chose d’éminemment fécond, qui est la tension entre ces derniers. Les choses ne sont pas données, il y aura des années parfois difficiles, des oeuvres difficiles à montrer plus que d’autres, mais il y aura toujours des silences qui diront, des contournements qui aideront à faire, un art de l’esquive qui permettra d’avancer, une capacité dans ces silences, ces contournements à reconnaitre les absolus profonds qu’il y a dans nos artistes… Nos artistes chinois, nos artistes français, européens, tous les artistes exposés qui ont fait le XXe siècle, comme ceux de ce siècle qui s’ouvre, comme tous ceux qui sont ici présents… leur silence et leur pudeur dit aujourd’hui beaucoup de ce qui nous importe. C’est dans la tension entre ces univers, entre ces imaginaires, entre ces irréconciliables -prétendument- que se situe la force de notre dialogue, que se situe notre capacité collective à bâtir un peu d’universel.

Je souhaite qu’à travers ces regards croisés, ces silences, ces contournements, nous puissions continuer de faire, d’inventer, et de bâtir».

[**Pierre-Alain Lévy*]


Présentation du Centre Pompidou West Bund museum. (Cliquer)


Illustration de l’entête: Crédit photo ©Bestimage


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WUKALI Article mis en ligne le 08/11/2019

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