« The Book » about Leonardo da Vinci !


Par Pierre-Alain Lévy /. En cohortes processionnaires autour de la pyramide du[** Louvre*], ou se ruant comme les lemmings vers la mer sur le site internet du musée pour obtenir la manne céleste des réservations, les visiteurs de l’exposition[** Léonard de Vinci*] assurent déjà du succès de cet événement artistique et culturel international.

C’est qu’il en suscite des imaginaires l’artiste à la barbe fleurie qui serait mort, selon sa légende, dans les bras de [**François Ier*]. Bien plus, l’auteur de la [**Joconde*] ( connue sous le nom de [**Mona Lisa*] par d’autres) n’en finit point de titiller la curiosité du peuple métissé ébaubi, qui à longueur d’années mitraille avec force portables ou appareils photos, la désormais sainte icône, vedette incontestée du musée du Louvre !

N’est point génie qui veut, et [**Léonard*] en est un ! Le peintre, le dessinateur, le théoricien de la peinture, l’architecte en hydraulique mais aussi en fortifications ou en génie militaire, inventant des machines de guerre en avance sur leur temps, le fou de dessin se passionnant vers la fin de sa vie dans l’étude de l’anatomie et donnant vie à des esquisses à couper le souffle, celui aussi dont l’écriture inversée stimule les délires fantasmagoriques de thuriféraires pour des scénarios hollywoodiens ! Léonard de Vinci, le maître, la référence absolue, celui vers lequel tous les regards de peintres convergent, de son vivant jusqu’à nos jours ! Mais aussi, et on ne le sait guère, ce curieux de géologie et des sciences de la terre, et qui déjà avait bien en avance sur son temps anticipé et comprit la formation minérale des montagnes, comme l’atteste parfaitement ses représentations peintes en avant-scène et arrière fond de La Vierge aux rochers !

Que ne dit-on point, que d’hypothèses avancées à travers les siècles, des analyses de Freud jusqu’à sa vie privée et sensible qui l’auraient fait fuir de Florence à Milan. Dernier événement en date, la vente du [**Salvator Mundi *] dont le prix de vente stupéfiant ( soit la bagatelle de [**450,7 millions de dollars*] ) a provoqué bien au delà du voyeurisme médiatique bêlant, bien des commentaires…! (Lire au bas ce cet article ce qu’en a dit en son temps [**WUKALI*]).

Mais qui était donc au fait [**Léonard de Vinci*] dont on célèbre urbi et orbi les cinq cent ans de sa mort ?

C’est un fait de nature et plus exactement le fruit de stratégies marketing, en effet à chaque fois que l’on commémore l’anniversaire d’un artiste ( et en France on adore cela), notamment à travers la réalisation d’une exposition, le monde de l’édition s’agite. Lorsque l’enfant parait le cercle de famille applaudit à grands cris , n’est-ce-pas ! La célébration de Léonard autour de la commémoration des cinq cent ans de sa mort étant internationale, ce sont des fouletitudes de livres qui sont parus sur le sujet bien sûr ! Nous n’aurons en aucun cas l’inepte prétention de tous les avoir parcourus ! Pour ce qui concerne l’édition française, et ce n’est déjà pas mal, force est de constater qu’un seul ouvrage mérite notre estime, celui publié par les [**éditions Taschen*] et dont le texte a été rédigé par[** Frank Zöllner*], historien d’art allemand, spécialiste de [**Léonard*], de Botticelli et de [**Michel-Ange*].

Disons-le tout de go, c’est un beau livre avec de magnifiques et de nombreuses illustrations (près de 700 dessins!), c’est un grand livre, c’est un livre érudit, c’est une somme ! Et les livres de Taschen sont traduits et publiés symétriquement en anglais et en allemand !

Dépassons cet hommage et cette critique pour aller plus loin et au fond des choses. Tout d’abord l’honnêteté intellectuelle de l’historien d’art qui ne dissimule pas la poussière sous le tapis et qui dès le préambule de son texte intervient sur le Salvator Mundi, expliquant tout à la fois ce que l’on connait de cette peinture, ses sources documentaires, et aussi son histoire très récente et sa restauration (pour le moins particulière) qui conduisit à sa vente médiatisée pour de bonnes et moins bonnes raisons, entrant dans le détail de son financement et en laissant le lecteur le soin de se faire une opinion !

Plus de détails sur ce sujet sont abordés dans le corpus de l’ouvrage dans le Catalogue critique des peintures (p 250 et 251). Son analyse critique est structurée : picturale, scientifique et technique bien entendu, historique et documentée et explorant les archives aussi, et précise sur les opérations financières successives qui ont conduit à cette vente. En outre les pérégrinations géographiques de l’oeuvre qui ont suivi cet achat sont pour le moins curieuses !

Pour l’auteur, la conclusion est sans appel, ce Salvator Mundi ne peut être considéré comme de la main de Léonard de Vinci quelles qu’en soient certaines touches peut-être du maître. Une oeuvre d’atelier sans aucun doute et quelques noms sont avancés : «Des doutes sur l’autographie exclusive de Léonard ont aussi été formulés par [**Matthew Landrus*] (2018)qui propose [**Bernardino Luini*] comme auteur du Salvator Mundi de New York. [**Jacques Franck*] (Bétard 2018) a attribué la peinture de New York à [**Salaï*], déjà cité plus haut, et [**Carmen Bambach*] (2012) à [**Giovanni Antonio Boltraffio*]. Après une étude des différences de détails entre les variantes du Salvator Mundi aujourd’hui conservées, [** Ludwig Heydenreich*] (1964) et dans son sillage [**Maria Teresa Fiorio*] (2005) avaient déjà conclu que Léonard n’avait pas créé une huile originale de ce sujet, mais seulement un carton sur le modèle duquel ses élèves réalisèrent tous une série de versions peintes. Différentes variantes et copies d’un Salvator Mundi remontant à Léonard qui se sont fait connaître ces dernières années, mais aussi d’autres indices, plaident également en faveur de la thèse de Heydenreich. En l’occurence, la pratique de l’atelier de Léonard ( [**Delieuvin*] 2012) et une lettre de [**Fra Pietro da Novellara*] du 3 avril 1501 ( [**Villata*] 1999. n°150) tendent à faire conclure qu’après 1500, Léonard a peint de moins en moins lui-même, et qu’il faisait réaliser ses projets par des éléves pour les retravailler occasionnellement. Dans sa Vie de Léonard, [**Giorgio Vasari*] renvoie lui aussi à cette pratique.» Peut-on être plus clair ?

A cela il convient de faire remarquer que la peinture a été revisitée de fond en comble par les pinceaux plus ou moins adroits et inspirés de restaurateurs et c’est un euphémisme ! Qui plus est, les images que l’on en connait avant 2010, sont différentes de l’oeuvre rendue publique au monde lors de sa vente en 2017 à New York ! Nous n’aurions certes pas l’impertinence de le comparer à ces vieilles coquettes aux joues porcelainées ou usant du Botox, mais enfin… ! C’est cependant sans connaître les voies imperceptibles du marché de l’art !

Dans ce livre de référence, le travail historique sur l’oeuvre de Léonard est remarquable et fouillé. Chaque peinture est ainsi décortiquée et tout y est dit quant à sa genèse et documentée dans les moindres détails. Les sources biographiques, littéraires ou religieuses, le contexte politique du temps, l’Humanisme de l’époque, sont ainsi et sans emphase mis en avant, et dans un langage facile d’accès pour tous les lecteurs avides de connaissances, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre d’ouvrages.

Plus encore, une introspection critique de l’oeuvre positionne Léonard de Vinci comme un des tous premiers artistes des temps modernes, ses tableaux échappant à un destin de commande pour devenir d’authentiques objets d’art dans le sens contemporain du terme et d’accès (ce qui est nouveau pour l’époque), au marché de l’art et des relations entre artistes et clients ou commanditaires ! Les meilleurs exemples en sont tout à la fois[** La Joconde*] ou [**La Vierge aux rochers*] du Louvre. Pour La Joconde, le commanditaire de l’oeuvre ne reçut jamais le tableau qu’il avait commandé de son épouse et l’on sait que Léonard l’emporta avec lui en France à la cour du Roi François Ier, quant à La Vierge aux Rochers jamais ne devint elle tableau d’autel comme elle était destinée, mais s’inscrivant dans une espèce de catalogues de sujets qu’inventa Léonard.

Il est tout aussi intéressant de rentrer dans la matière même de peindre de Léonard et de découvrir par exemple la spécificité du [**sfumato*], notamment à travers l’analyse technique qui en est faite autour du [**Saint Jean Baptiste*] du Louvre.

L’appareil documentaire dans ce beau livre publié par [**Taschen*] est impressionnant avec un très grand nombre de reproductions de photos couleurs de grands formats, qu’il s’agisse des peintures ou des dessins ! Une bibliographie conséquente et une Concordance de l’oeuvre graphique en fin du livre concluent cette monographie en tous points remarquables ! Indubitablement, et sans barguigner, le meilleur livre d’histoire de l’art pour s’imprégner et tout connaître du génie de [**Léonard de Vinci*] !

Sans ambages, le livre, le beau-livre, à réserver immédiatement chez son libraire pour les cadeaux de fin d’année, et ce n’est pas une formule médiatique !

[**Pierre-Alain Lévy*]


– [**Nota*]: Observons, avec la plus humble modestie, qu’une petite équipe d’historiens d’art de [**Wukali*], anciens élèves de l’École du Louvre, ont sans attendre, dès le lendemain de la vente de ce Salvator Mundi à New-York, pris position sur l’authenticité de ce tableau !

Controverses sur un Léonard de Vinci vendu 450,3 millions de dollars ( Cliquer )

[Le Salvator Mundi attribué à Léonard de Vinci, réalité ou colossale escroquerie financière ?
->http://www.wukali.com/http-www-wukali-com-Le-Salvator-Mundi-attribue-a-Leonard-de-Vinci-realite-ou-colossale-escroquerie-financiere-3485-XJyhGy17TR0#.Xbik9y17TVo] (Cliquer)

– Pour plus d’informations sur les très nombreux articles consacrés dans [**WUKALI*] à l’oeuvre de Léonard de Vinci, aller sur la page d’accueil dans l’espace «Rechercher», en haut de page à droite, et écrire Léonard de Vinci afin d’afficher tous les articles publiés.


[**Léonard de Vinci
Tout l’oeuvre peint et graphique*]
Frank Zöllner
éditions Taschen. 40€


[(

Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 30/10/2019

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