Interview with Manon de Andreis, opera singer


Ce récent jeudi 10 octobre, au [**Musée des tapisseries*] d’Aix-en-Provence, il y a ce je-ne-sais-quoi de pétillant dans l’air, un esprit festif pour un concert un peu spécial, organisé par l’association « Dante Alighieri » d’Aix-en-Provence. Cette association fait rayonner la langue et la culture italienne dans toute la France et la musique en est, assurément, un formidable vecteur.

Le programme proposait une sélection d’arie antiche, un petit catalogue d’airs italiens, des extraits d’opéras baroque, classique et romantique. La chanteuse [**Manon de Andreis*] était accompagnée au piano par son professeur et amie, [**Anne Marchessaux*].

De magnifiques tapisseries anciennes, des lustres somptueux, des tomettes d’un joli rouge provençal chaud et brillant, un décor théâtral qui facilite ce petit saut dans les siècles passés. Un cadre inspirant pour chanter. Nous sommes dans l’une des ailes de l’ancien Palais de l’Archevêché et en 1949, dans sa cour, naissait un prestigieux Festival d’Art Lyrique dédié à [**Mozart*] !

Le voyage de jeudi soir a réservé quelques pétillantes surprises. Aussi pétillante que notre hôtesse : «[** La Manon *] ! »

Pourtant, le grand départ est pour le lendemain du récital, et dans cet agenda serré comme son coeur, Manon de Andreis, soprano lyrique léger, nous dira : « Ce sera mon dernier concert de l’année en France » Le responsable ? l’Amour ! Sa rencontre avec [**Joseph Calleja*], le charismatique ténor maltais fut une évidence. Le chanteur nous l’enlève pour de nouvelles aventures. S’il y a du « bonheur » dans la voix de Manon de Andreis, la jeune femme chante aussi avec émotion. On se laisse embarquer par ce programme de « Canti Amorosi », des chants d’amour pour certains connus, d’autres moins attendus, mais qui ont tous joliment forgé l’histoire du genre.

L’exercice est audacieux. De [**Pergolesi*] à [**Rossini*], en passant par [**Haendel*], [**Mozart*] ou [**Puccini*], les airs, qui n’ont pas grand chose en commun si ce n’est l’Amour, s’enchaînent presque sans interruption. Les transitions sont fluides. Pourtant, il faut changer de registre, changer d’atmosphère, changer de personnage. La chanteuse nous offre pour commencer de belles nuances dans cette Arietta de Pergolesi « Se tu m’ami, se tu sospiri, sol per me, gentil pastor, ho dolor de tuoi martiri, ho diletto del tuo amor » dont on comprend aisément les paroles, tant Manon De Andreis soigne sa diction. Une bergère se moque de son berger, qui « n’est pas le seul homme sur terre ! ». On aime encore l’air de Haendel, extrait d’[**Alcina*], Tornami a vaggheggiar, la soprano imposant son personnage avec bonheur dans cette partition un rien acrobatique et particulièrement ornée ! Tout paraît facile, mais ne nous y trompons pas. Comme cet air chanté par une fille à son père, extrait de l’opéra de Puccini, [**Gianni Zchicci*], O moi babbino caro, mi piace, è bello… Elle supplie son papa de sauver l’amour qu’elle porte à son bien-aimé. Comment lui refuser ? Manon a tous les arguments, jusque dans ce Rossini [** Il Barbiere di siviglia*], « una voce poco fa qui nel cor mi risuono », encore un extrait périlleux s’il en est. Le rôle de Rosine a marqué l’histoire de l’opéra. Mezzo-soprano, sopranos coloratures, se sont glissées dans ce rôle prévu à l’origine pour une contralto. Il nécessite une agilité incroyable, une étendue vocale impressionnante. Un plaisir pour Manon de Andreis, car la belle a de l’appétit pour les coloratures et son joli timbre aux sonorités charnues invite des adjectifs gourmands. Une voix fruitée, sucrée, acidulée, une voix qui reflète sa personnalité, à la fois romantique et passionnée.

La vie réserve bien des surprises. La jeune femme en est la première émerveillée. Sa belle voix de soprano lyrique léger de Manon, ses talents de comédienne et sa personnalité solaire et joyeuse ont séduit les professionnels et le public, et voilà qu’elle enchante l’un des plus grands ténors sur la scène mondiale.


Nous avons rencontré [**Manon*], quelques heures avant son départ alors qu’elle revenait tout juste de Chicago.

Comment avez-vous préparé ce dernier concert au musée des Tapisserie d’Aix-en-Provence entre deux avions ?

Dans le calme ! En fait, ce récital est prévu depuis plusieurs mois. J’ai pu préparer tranquillement le programme en France, commencer à le mettre en place et le répéter auprès de mon maestro, [**Carlos Belbey*], en août. Cela n’a pas été évident avec les nombreux voyages effectués au cours de l’été sur Malte, ma nouvelle résidence, mais quand on est passionnée on finit toujours par trouver le temps nécessaire. Puis à Chicago, j’ai pu travailler en détail sur le sens du texte, la diction, les nuances et toutes les subtilités.

Le ténor [**Joseph Calleja*] est un habitué des scènes aixoises. Comment l’avez vous rencontré et qu’est-ce qui vous a séduit chez le ténor ?

Il était au festival d’art lyrique en juillet. J’ai assisté à chacune des répétitions et représentations à l’Archevêché et sur le Cours Mirabeau. Depuis que je suis dans le milieu lyrique, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour cet artiste. Selon moi, il s’inscrit dans la continuité des chanteurs lyriques tels que [**Pavarotti*]. J’ai toujours ressenti dans ses interprétations la sincérité de ses mots, de sa musicalité, de sa générosité et la pureté de son âme. J’étais impatiente de l’écouter à Aix dans un de mes opéras préférés [** »Tosca« *] de Puccini.
Puis un seul message de bienvenue a poussé à nous rencontrer, et la magie a opéré. Mais avant de tomber sous le charme de l’artiste, je suis d’abord tombée amoureuse de l’homme qu’il est.

La musique va t-elle se conjuguer à deux à Malte ?

En effet, Nous nous soutenons mutuellement. Je conseille Joseph Calleja dans tout ce qu’il entreprend musicalement et lui m’ouvre à ce grand milieu lyrique en me faisant partager sa grande expérience (22 ans de carrière cette année !) Pour moi c’est une chance extraordinaire d’être à ses côtés. Je continue à vocaliser, à apprendre seule de nouveaux morceaux. Parfois, je travaille avec des professionnels selon l’endroit où je suis avec lui. Par ailleurs, je reste en contact avec mes professeurs, [**Carlos Belbey, Sherman Lowe*] et [**Patricia Fernández*]. Lorsque je rentre en France, je reprends des cours avec eux. C’est précieux pour moi. Je garde toujours à l’esprit d’organiser mes propres concerts dans la région aixoise dès que j’ai la possibilité de rentrer en France. On n’a pas assez d’une vie malheureusement pour pouvoir tout apprendre et tout chanter, c’est impossible! On apprend tous les jours quelque chose de nouveau musicalement et quelque chose sur soi. Le chemin de l’apprentissage est encore long…

A l’opéra de Chicago se prépare une œuvre de Verdi [**« Luisa Miller »*] avec dans le rôle titre [**Joseph Calleja*], interprétant Rodolfo. A la direction, le chef récemment promu, [**Enrique Mazzola*], qui a dirigé pendant des années l’orchestre National d’Ile de France. Serez-vous à la première, samedi 12 octobre ?

Oui ! je repars donc pour Chicago le lendemain de mon récital pour la première de ce bel opéra ! J’ai eu la chance d’assister à toutes les répétitions, scéniques, vocales avec piano et orchestre, essayage de costumes, maquillage… Ce sera une grand rendez vous avec des artistes talentueux de renommée internationale. La mise en scène type « classique » de[** Francesca Zambello*] offre des tableaux scéniques simples mais incroyables et profonds. Et bien sûr, à la direction le chef d’orchestre [**Enrique Mazzola*] sublime la partition et met en avant le talent de chacun.

Vous devez ressentir un petit pincement au cœur à l’idée de partir.

C’est assez difficile pour moi de couper le cordon, mais il faut un jour savoir prendre son envol !
Joseph Calleja est là pour moi, il m’entoure, me soutient. Car oui, je quitte avec un petit pincement au coeur mon pays, ma famille, mes amis, mon travail et mes professeurs mais je réalise à quel point je pars pour quelque chose d’encore plus grand sur le plan humain et artistique… et avant tout, je m’en vais vivre un bel amour.

[**Pétra Wauters*]


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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 19/10/2019

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