New creation by Angelin Preljocaj on Schubert’s music


Par Pierre-Alain Lévy /. Après la présentation de ce ballet d’[**Angelin Prejlocaj*] tout récemment à [**Aix-en-Provence,*] c’est au tour de[** L’Arsenal*] de [**Metz*] de l’accueillir. 1200 spectateurs ivres de bonheur le premier soir dans la salle sous le charme indicible de cette chorégraphie, et l’on est venu de très loin pour participer à cet événement, et d’Allemagne, et de Belgique et du Luxembourg voisins, on est ici en Lorraine au coeur même de l’Europe. Deux soirées Jeudi 17 et vendredi 18 octobre, et toutes les places ont été vendues ! Un public émerveillé, un vrai public dans la richesse de ses différences.

Que dire, comment célébrer tant d’émotions, «Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde» disait Camus, comment exprimer maladroitment avec des mots cet incroyable abécédaire chorégraphique, cet «univers des formes». Muß selbst den Weg mir weisen «je dois trouver mon chemin» nous est-il chanté dans cette suite de Lied de Schubert. Qui pouvait imaginer si ce n’est un artiste tel un chorégraphe, et quel chorégraphe, que ces lieder pussent hors du temps magnifier par la danse tant de beauté. Duos, trios, quadrilles de porcelaines de Saxe inversées où le noir faisait couleur, Soulages célébré en quelque sorte. Si la statuaire est l’art d’immobiliser le mouvement et de créer cette vie qui pulse, dans cette incroyable chorégraphie d’Angevin Preljocaj, ici comme en miroir les danseuses et danseurs comme des Degas vivants ou des Bourdelle éclairés de façon zénithale donnaient vie et chair à ce voyage fatal. Une mise en scène sobre et dépouillée où les danseurs évoluaient sur le plateau comme sur des tapis de cendres;

Chaque lied magnifié, une succession d’inventions, de gestuelles et de mouvements de danses, un éclairage qui découpait au scalpel l’espace en diverses figures géométriques ou le noir répondait au blanc, où les ténèbres le disputaient à la lumière. Plus qu’une chorégraphie, une célébration. Hors des mots, par le corps et la vie magnifiée et avec la musique de Schubert admirablement chantée et jouée.

[**PAL*]


Par Pétra Wauters / Il s’agit d’une création réalisée en janvier 2019 pour le [**Teatro alla Scala de Milan*] et ses danseurs, « un bel écrin pour accueillir cette œuvre », dira [**Angelin Preljocaj*] qui a accepté avec joie ce beau projet.« Il y a longtemps que je voulais travailler sur cette musique de Schubert, un pur chef-d’œuvre, un joyau musical du romantisme allemand» . L’histoire que le chorégraphe a tissée avec la Scala est riche, faite de complicités. En 2002, la Scala de Milan reprend son « Annonciation », puis en 2005, la chorégraphie «La Stravaganza».


[** « Le voyage d’hiver »*] a poursuivi son ascension hivernale au[** Grand Théâtre de Provence*], cette fois-ci, avec les danseurs du ballet Preljocaj.

Ce cycle de 24 lieder de [**Franz Schubert*], composé à partir de poèmes de [**Wilhelm Müller*] en 1824 est chanté par le baryton basse [**Thomas Tatzl*] accompagné au piano-forte par [**James Vaughan*]. Une belle complicité affichée, une écoute mutuelle. La voix nous séduit autant par son mordant que par sa tessiture. La couleur sombre va bien au chanteur, un grave sonore, puissant, qui colle parfaitement au climat dramatique.

« Le voyageur du Winterreise est un personnage qui se laisse aller à sa mélancolie, qui se laisse mourir d’une certaine façon.» commente Angelin Preljocaj. Pourtant, en filigrane, la danse délivre un message de vie. Comme dans cette séquence où le décor noir et les lumières diffuses laissent soudain place à la couleur… un faisceau de lumière et l’espoir renait. Pourtant ce que l’on retient surtout, c’est le côté profondément dramatique de la situation, de ces émotions suscitées par la musique qui font écho en nous.

Existe t-il une œuvre plus triste que ces Lieders de Schubert? Il n’y a pas d’espoir, il n’y a pas d’issue, l’hiver représente la mort. « Le voyage d’hiver » nous fait traverser un paysage glacé. Même ces confettis de neige qui jonchent le sol semblent distiller le froid. Ils tombent du ciel en copeaux scintillants, s’envolent sous les pas des danseurs, participent à leur chorégraphie, rafraichissant chaque bond, saut ou envolée. Il s’agit là sans doute de l’une des plus belles oeuvres du compositeur viennois et Angelin Preljocaj a tant d’évocations à nous offrir, tant d’images et de tableaux à créer. Ce voyage d’hiver nous le faisons avec 12 solistes exceptionnels. C’est comme si Schubert prolongeait son écriture dans cette chorégraphie. Car bien sûr, si cette œuvre s’écoute, ce voyage dansé nous fait vivre et ressentir un bouquet d’émotions. On peut lui préférer « Gravity », sa précédente et audacieuse création. Non pas que notre chorégraphe ne se renouvelle pas, il nous surprend toujours, mais le langage utilisé dans cette œuvre est davantage classique. Sans tutu ni pointes, il est vrai, mais dans les nombreux pas de deux, les extraordinaires gestuelles des bras, les sauts joliment fluides. On aime les accélérations de cadence et on se laisse surprendre, lorsque, soudain tout s’arrête. Les tempos changent. Et comme toujours, dans les ballets de Preljocaj, on apprécie cette incroyable expressivité émotionnelle.

Ici, elle est décuplée par cette musique des sentiments. On est particulièrement impressionné par cette danse savante et complexe offerte dans cette séquence de jupes noires qui virevoltent, puis les tissus tournoyant se volatilisent. Place à la sobriété avec des justes au corps qui souligneront les mouvements différemment et la gestuelle des danseurs de façonner l’histoire. Le rythme, l’harmonie, tout dans la musique nous donne une impression de mouvement, sous tension parfois, car on baigne dans une atmosphère étrange. Par moment, on se sent déboussolé même si ce voyage nous propose clairement, explicitement, des aller-retour entre le passé et le présent, entre le souvenir et le présent. Un voyage sinueux sur scène et des temps ralentis qu’Angelin Preljocaj maitrise à la perfection. On apprécie ces instants hypnotiques ou les danseurs semblent déambuler au hasard…

C’est aussi l’histoire d’un amour dont le fantôme vagabonde parmi nous. Chanteur à la voix chargée d’émotion pour raconter cet amour perdu, pianiste dont l’instrument se fait généreux et fraternel, danseurs, et même le public, tous sont en parfaite résonnance pour apporter davantage d’intimité à ce « Winterreise ». L’interprétation chargée de souffrance intime livre son message de façon presque confidentielle dans cette pourtant très grande salle du [**GTP.*]

Angelin Preljocaj a créé de belles correspondances entre la danse, la musique et les textes. Si Schubert attachait une grande importance aux textes et veillait à ce que la poésie et la musique s’associent pour mieux se fondre dans la partition, il aurait sans nul doute aimé que la danse s’en mêle pour offrir d’autres émotions encore à son œuvre.

[**Pétra Wauters*]


[(Chorégraphie Angelin Preljocaj
Musique Franz Schubert « Winterreise »
Scénographie Constance Guisset
Lumières Éric Soyer
Baryton basse Thomas Tatzl
Piano-forte James Vaughan
Assistante à la création Claudia De Smet
Choréologue Dany Lévêque
Assistant, adjoint à la direction artistique Youri Aharon Van den Bosch
Assistante répétitrice Cécile Médour
Avec 12 danseurs du Ballet Preljocaj
Ballet Preljocaj
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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 28/09/2019

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