The infuriated and witty response of an art professional to an indelicate art transport manager


En relisant mes billets sur les acteurs du marché de l’art (cf. infra), je me disais bien qu’il en manquait un. Je l’avais sur le bout de la langue. Ou de la plume…

Et soudain: la lumière fut. Il apparut, nimbé de cette aura particulière, qui enrobe les illuminés plus ou moins sanctifiés: [**Le Transporteur*]!

C’était hier soir. Au cours d’un vif échange de courriels, avec un éminent représentant de cette caste disons… bigarrée.

Ne pouvant reproduire ici la prose du cuistre -non par crainte de faire diffamation, mais pour épargner au lecteur une indigestion littéreuse de bon aloi- je résumerai la situation comme suit:

J’envoyais au Plat Pays un bronze animalier. Un emballage digne du vase de Soissons parait la bestiole. Lardée comme une dinde, placée sur palette, assurée jusqu’au trognon, on pouvait présager que l’arrivée de l’animal se passerait sans encombre, ni dégâts.
Ce qui fut le cas, d’abord. Un message de son acquéreur m’indiquait que la pièce lui avait été remise, belle comme au premier jour. Et puis plus.

Soudain, une salve de photographies, rapports de condition, tendaient à me faire croire que la pièce avait subi bien des malheurs: traces de griffures, marques de papier-bulle, écaillages du vernis, frotti-frottas un peu partout… Bref: une ruine.

« Mais alors ? », me direz vous. Quand-donc-est-ce-que-bon-sang-de-bonsoir seraient survenues ces épouvantables déprédations?

Pas à l’emballage, en tout cas. Surveillé par mézigues comme une opération à coeur ouvert. Pas pendant le transport, aucun félin n’ayant été enfermé dans le colis, par mégarde.

Mais…. Peut-être au déballage? Un ou deux coups de cutter malheureux… Le soir, dans les Ardennes, la main qui tenanit la gueuze (Lambic) s’égare… elle tremble un peu…La main, pas la gueuse. Le geste est fatal… C’est con, c’est humain. « Trop humain », comme disait Fredo.

Humain ou pas, le dégât passait sous la responsabilité du fameux transporteur. Ce qui était fâcheux, pour lui. Impossibilité de se décharger sur un autre: c’est agaçant, quoi!

On est obligé de faire passer le commutateur sur l’encoche « mauvaise foi », toute proche de « arrogance » et « imbécilité crapuleuse ».

La réponse donnée ci-dessous, à ce premier prix pour les trois catégories citée plus haut, vous donnera la chute de cette histoire.

Lettre ouverte, donc, à un con, qui signait d’un imparable « À bon entendeur »…

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Mon bon Monsieur,

J’accuse volontiers réception de votre courriel, d’une rare qualité épistolaire et auquel ne manquait pas même cette pointe d’arrogance, ce saupoudré de fatuité, ce fumet de mauvaise foi, qui sont, comme on le sait, la signature des grands professionnels.

Ayant d’abord cru à une facétie de votre compatriote [**François Damiens*], je ne voyais quelle réponse y donner.

[**Audiard*] disait d’une certaine catégorie d’individus qu’ils « osent tout…et c’est même à ça qu’on les reconnait ».

Force est de reconnaitre que devant tant un tel étalage de professionalisme, on ne peut que s’incliner.

Mais pas trop: votre prosélytisme tendant à masquer une farce dont vous êtes peut-être aussi l’un des dindons, nos arrière-trains respectifs risqueraient gros, à l’issue de cette courbette.

Au passage, je me dois de vous remercier pour vos éminents conseils et vos avis encyclopédiques sur:

– la qualité de vos confrères transporteurs (votre portrait est déjà au mur, au mess de DHL, pour la soirée fléchettes)
– l’emballage et ses secrets
– la science des matériaux (mériterait une chaire à l’EPFL)*
– le droit belge et français (ou ce qu’il en reste au sein de l’Europe)

J’attendais aussi votre verve sur des matières telles que la Querelle du Filioque ou la reproduction du fucus sur les côtes bretonnes, mais ce sera sans doute pour une autre conférence.

Quoi qu’il en soit, je ne manquerai pas de recommander vos infaillibles compétences, auprès de mes confrères -et souvent amis- des « plus grandes salles de ventes du monde ». J’en ai moi-même une petite (je parle de la salle) mais vigoureuse.

Ne faisant pas non plus concours de taille en matière de texte, je me dois d’abréger, hélas, cet échange passionant, en vous adressant mes message de courage et d’abnégation. On s’en sort, vous savez, avec une bonne médication et beaucoup d’écoute.

À bon écouteur donc,

[**Marc Gaudet-Blavignac*]|right>


Note: * Ecole polytechnique fédérale de Lausanne

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[**Retrouvez les précédents (et jubilatoires) billets de Marc Gaudet-Blavignac*]

(Cliquer sur le titre)

Le cri du crieur, le soir au-dessus des jonques

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[
Les courtiers en art : de l’ascaris à «La Chaîne des Rôtisseurs»->http://www.wukali.com/Les-courtiers-en-art-de-l-ascaris-a-la-La-Chaine-des-Rotisseurs-3441?var_mode=calcul#.XCVw-C17RsM]

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WUKALI 29/06/2019, première mise en ligne le 28/12/2018)]

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