King Louis XIVth in majesty. Can be admired in Paris at Musée Carnavalet in « the Marais »


[**Antoine Coysevox*] (1640-1720) est l’un des plus principaux sculpteurs de la deuxième moitié du règne du Roi-Soleil, dont il exprima clairement les idées artistiques : sens de la mesure, équilibre des formes et art d’imposer la majesté royale à la ville et au monde. Mais une certaine légèreté et une incontestable liberté animent ses statues : ce sont des caractéristiques de temps nouveaux, dont la Régence s’emparera.

Il travailla longtemps aux jardins et au château de Versailles avant de recevoir la commande royale des sculptures du château de Marly : il avait la confiance du monarque. Il créa d’ailleurs une statue équestre de[** Louis XIV*] pour le Parlement de Bretagne, malheureusement détruite à la Révolution. 
Il fut un excellent portraitiste : il réalisa des bustes en portraits sculptés, de belle qualité, en assez grand nombre et quelques portraits en pied, dont celui du Roi en bronze astucieusement préservé derrière une palissade pendant la Terreur. Cette sculpture fut commandée par la ville de Paris à l’occasion d’une grande cérémonie officielle qui scellait la réconciliation de la ville et du roi, qui n’avait pas pardonné la Fronde aux parisiens. Aujourd’hui l’œuvre est conservée au milieu de la cour d’entrée du musée Carnavalet à Paris.

Il fut l’un des rares sculpteurs du temps à pratiquer lui-même la taille du marbre et de la pierre. Ce qui ne l’empêcha pas d’avoir un atelier. Pour lui, expressions du caractère et de la physionomie sont dominantes…Sauf pour ses représentations de Louis XIV qui glorifie l’autocrate. Son intelligence aiguë lui permit d’adapter son talent au thème du personnage royal tel que l’entendait le despote.

Le Louis XIV pédestre de bronze fut une commande de la ville de Paris, inaugurée le…14 juillet 1689 !

Le travail du bronze réunit toutes les qualités classiques requises : fonte à la ciselure poussée dans les moindres détails, exceptionnelle patine aux reflets moirés (nous le savons par les descriptions anciennes), mais son exposition aux intempéries depuis plus de trois siècles l’a considérablement corrodée.|right>

Le socle de pierre porte deux bas-reliefs allégoriques de bronze : « L’ange de la France expulsant l’hérésie » et « La distribution d’aliments aux pauvres ». Le monument mesure 394 cm de hauteur, la statue elle-même 250 cm, supérieure d’environ la moitié à la taille réelle du roi ( autour de 173 cm, bien qu’elle soit très discutée!).

Le premier élément qui frappe le regard du spectateur c’est le volume qu’occupe la statue : pour que l’œil prenne possession complète de l’œuvre il faut en faire le tour, bien qu’on ne puisse pas vraiment parler de cinétique induite même si la composition ne privilège pas la frontalité : en effet, les parties latérales sont très réduites. La volonté de rendre le mouvement existe donc mais l’artiste, formé au classicisme le plus pur, est encore psychologiquement incapable d’aller plus loin.

A l’évidence l’effigie royale montre [**Louis XIV*] en empereur romain avec sa cuirasse caractéristique très travaillée, mais c’est un empereur de la dynastie des Antonins ( le deuxième siècle de notre ère) : l’époque de la plus grande expansion de l’Empire romain, militairement, économiquement et culturellement.

Un contrapposto (une jambe droite, l’autre au repos) accentué est remarquablement mis en place au niveau des hanches du monarque : sa forme en U est beaucoup plus évasée que de coutume, très arrondie et peu profonde avec une hanche droite située bien plus en hauteur que son opposée. Mais ce déhanchement est caché sous la jupe cuirassée que porte le souverain. En réalité, il est issu de la position des jambes : étonnamment la droite n’est pas tout à fait fixe alors que la gauche marque une inflexion nette au niveau du genou. Ce déplacement du centre de gravité, aussi léger soit-il, donne une inflexion inattendue à l’œuvre en modifiant les rapports de proportions courants et créant un genre de triple flexion à la manière de l’Inde classique. Le résultat, c’est que l’amplitude visuelle de la sculpture augmente, accentuant la sensation de mouvement et le temps de la prise de possession du sujet par la rétine: caractéristique baroque s’il en est. Tout au contraire, l’arrière ne montre aucun mouvement : n’existe que l’immense toge reposant sur un attribut guerrier de torse masculin dénudé.

Le visage du roi est celui d’un homme d’une bonne quarantaine d’années, voire la cinquantaine, approximativement celui du monarque à l’époque. Ses traits sont facilement reconnaissables  en fonction de ceux que l’on rencontre partout, sur les pièces de monnaie notamment. Mais ce qui frappe le spectateur, ce sont ses yeux aux pupilles profondes, ses paupières très incisées, ses joues aux pommettes hautes, ses lèvres sensuelles, son menton volontaire, sa fine moustache, son nez avec une légère bosse, ses sourcils broussailleux, ses cils indiqués et la fossette entre lèvre inférieure et menton. Sa grande perruque est à la mode du temps tandis que son cou large s’infléchit vers sa droite.

Une lassitude évidente dérive de ce visage d’homme mûr où la fatigue est autant psychologique que physique. L’autocrate se rend-il compte de ses erreurs ? En tout cas, l’artiste l’a vu ainsi.

La tête est soutenue par un torse d’une virilité magnifique, digne d’une divinité gréco-romaine dans toute sa puissance. Une chlamyde referme une toge sur laquelle s’étale une extraordinaire perruque aux nombreuses boucles. L’avant-bras droit est découvert au-dessus du coude, tandis que la main démonstrative, qui en est issue, montre cinq doigts allongés animant l’air ambiant. Sa main gauche repose sur des faisceaux de licteurs (symbole de l’imperium romain : le pouvoir de contraindre et de punir avec les faisceaux de licteurs pour la flagellation et la hache pour la peine de mort) porteurs d’un casque et d’un bouclier.

La cuirasse royale est une œuvre d’apparat, pas un équipement guerrier : on y voit la représentation d’un griffon, animal mythique, et les nombreuses circonvolutions d’un décor d’entrelacs virevoltants qui débordent sur les épaules, les jambières et l’abdomen. Le tout dégage une vie intense due aux mouvements apparents du thorax. On est d’autant plus surpris de la précision détonante du nombril sur un ventre replet, pour le moins savoureuse. Les décors des mascarons de la jupe d’apparat ne présentent pas cette caractéristique : ils semblent inertes, comme les jambières au demeurant. Le roi ne porte pas des chaussures à proprement parler mais des sandales romaines flexibles dans lesquelles des sortes de bas protègent les orteils invisibles.

Sur la droite de la sculpture, on voir la dépouille d’un lion. C’est celle du lion de Némée : ainsi, le sculpteur rappelle que Louis XIV appréciait, plus que de raison, d’être assimilé à l’image d’Hercule triomphant, lui l’Hercule moderne…Il est vrai qu’à cette époque de son règne les pires difficultés restaient à venir.

Sur le côté du pied gauche, on voit un panier avec une surabondance de fruits superbes d’où le raisin déborde. Ce détail rend vivante l’image que voulait laisser à la postérité le roi-soleil : celle d’un autocrate-père de la nation paternaliste. L’Histoire et son orgueil personnel ne l’ont pas permis.

[**Jacques Tcharny*]|right>


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WUKALI Article mis en ligne le 02/12/2018)]

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