With painting lovers gratitude


[([**Roger Bissière, Jean Bazaine, Elvire Jan, Jean Le Moal, Alfred Manessier et Gustave Singier*] : Ils composaient un groupe, au sens amical du terme. Ils se traitaient à égalité les uns des autres, et c’est ainsi qu’ils sont présentés dans les salles du [**Musée Granet*]. Dans la lumière, à égalité.

Ces artistes, peintres méconnus d’après-guerre, ont représenté la lumière chacun à leur façon ; ils l’ont fait pénétrer dans leurs œuvres de manière physique, naturelle, symbolique, mystique, religieuse, divine… Ils ont été reconnus, puis un peu oubliés, puis redécouverts avec succès en Suisse ou encore en Allemagne, boudés par les institutions françaises. Devant la qualité de leurs œuvres, on s’interroge. Pourquoi ?
Parce qu’ils n’ont pas voulu théoriser ou encore créer une école ? Qu’ils feront d’autres choix qui les éloigneront quelque peu des courants en vogue de l’après-guerre, comme le cubisme, les surréalistes, ou encore l’expressionisme abstrait ou le pop art, venus d’Amérique ?

« Ces artistes ont été oubliés du marché », regrette [**Florian Rodari*], commissaire de l’exposition avec [**Bruno Ely*], conservateur en chef du musée Granet.. « Cette exposition, qui, je l’espère, sera suivie de beaucoup d’autres, réhabilite la création de cette époque-là, de ces artistes qui ont été si sensibles à l’essentiel : cette lumière, cette habitation de l’espace, si nouvelle et si importante. Certains artistes américains n’avaient pas cette force-là. » nous confie-t-il.

Traverser la lumière défend joliment la cause de ces peintres, proches les uns des autres. Leurs œuvres sont « non-figuratives » et non pas « abstraites », par opposition à celles des maîtres de la pure abstraction – ([**Kandinsky, Mondrian*]…) aussi bien qu’à celles de « l’expressionnisme abstrait » américain ([**Jackson Pollock, Willem de Kooning*] …) Ce sont eux qui s’imposeront en France et on oubliera injustement ces six artistes, surtout à partir des années 70, en dépit du soutien de quelques grandes galeries et collectionneurs avisés.
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– [**Jean Bazaine 1909-2002*]

« La galerie parisienne [**Adrien Maeght*] exposait en 1985 la série de grandes toiles « Chants de l’aube » de Jean Bazaine, un artiste que je connaissais. » se souvient [**Michel Pfulg*], chirurgien suisse, collectionneur passionné d’art, président de la collection Planque. « J’avais acquis le Chant de l’Aube VII au pré vernissage. Je considérais que c’était le plus beau de tous. L’artiste était content que j’achète le plus beau tableau de la série. Il me l’a dit, me l’a écrit. En 1986, personne n’a acheté d’autres tableaux. Personne ne s’y intéressait à ce moment-là. »

Pourtant, cet artiste français (1904 – 2001) est une figure majeure de la nouvelle École de Paris et de la peinture d’avant-garde française du XXe siècle. [**Jean Bazaine*] s’inspire le plus souvent de la nature. Il nous parle de rythmes, d’espace, et bien sûr de lumière. Un univers jamais figé, toujours en mouvement comme on peut le voir dans les « chants de l’Aube » justement, « Le plongeur » « le Matin dans les bois » ou encore dans « La mer à midi ». Les couleurs s’entrechoquent, l’artiste s’engouffre dans chacune d’elles, pour traduire son sentiment et la fascination qu’il a pour cette nature, impressionnante, sublime, quel que soit le sujet abordé, comme « Paille », « Récifs », « Mer », ou encore le thème de la « Naissance » au rouge couleur sang.

– [**Roger Bissière. 1886-1964*].

C’est l’inventeur d’un nouveau primitivisme qui refusait le mot « abstrait ». Il souhaitait que son tableau reflète le monde dans lequel nous vivons. Au fil des salles, on découvrira plusieurs périodes, plusieurs langages.

Superbes « Composition verte », « Été fleuri, composition 461 » encore « Lumière du matin » ; des signes noirs rythment des plages colorées qui laissent entrer la lumière et forment par endroits une trame dense et serrée. Les détrempes à l’œuf de l’artiste, réalisées au début des années 50, sont superbes aussi. « Jaune et Vert », «l’étoile Blanche» , ou « Pousses blanches. » Là encore, avec ses pictogrammes dans des fenêtres colorées, l’artiste se range du côté des primitifs, ses signes simples semblent inspirés de motifs de la peinture rupestre. On sourit devant « la vache » (1944) qui nous fixe de ses grands yeux bleus. Une référence au réel qui se laisse toutefois « happer » par la couleur ocre orangé qui structure le tableau.

– [**Evire Jan. 1904-1996*]

Autre coup de cœur pour Elvire Jan née en Bulgarie, d’origine arménienne. Elle est considérée comme l’une des femmes peintres les plus importantes du XXe siècle. Dans l’expo, la seule femme du groupe, développe un langage pictural très personnel. « C’est une femme qui a eu un destin difficile » commente Florian Rodari. « Elle s’est exilée de Bulgarie, a séjourné quelques années en Suisse, est partie en Angleterre, aux États-Unis, avant de revenir à Paris où elle a rencontré le peintre Bazaine qui dira d’elle « C’est la meilleure d’entre nous ! C’est après un amour malheureux qu’elle a décidé de se consacrer entièrement à la peinture. Elle a songé à rentrer dans les ordres. On l’en a dissuadée. « Sa religion fut au final, la peinture ! » conclut il.

L’artiste possède ce pouvoir de transfigurer la réalité par le simple jeu des couleurs et des formes. On s’attarde devant son tableau « Personnages », ou encore sa « Composition » de 1958 ; Superbes créations encore à l’encre de chine : « Composition » de 1970, ou encore « Écriture de 1961 » et pour citer encore une œuvre, « rythmes » de 1980 nous évoque un monde musical. L’artiste, qui a reçu une bonne éducation musicale, aimait traduire le rythme au sens le plus large du terme. Et il se trouve aussi dans la nature. Une nature qu’elle ne cherche pas à copier. Elle est « à l’intérieur » de la nature. Elle suit son rythme dans les arbres, dans les fleuves, les rivières, dans le sang qui coulent dans les veines… Pour Elvire Jan, il est toujours question de « rythme » profond avec lequel on doit vivre.

– [**Jean Le Moal (1909-2007).*]

Assurément, ce peintre compte dans le groupe. Il est lié à ces artistes par cette foi qui l’anime. Une foi qui détermine l’engagement de Le Moal dans l’art sacré à partir des années 1950. Il réalisera plusieurs commandes religieuses, tout comme [**Roger Bissière*], le premier artiste à avoir réalisé des vitraux non-figuratifs pour une cathédrale. (la cathédrale de Metz). On peut admirer de Le Moal des vitraux pour les cathédrales de Rennes, de Nantes, de Saint-Dié.

Le Moal conçoit ses vitraux, mais aussi sa peinture, comme des flux de couleurs et de lumière qui invitent à la prière. Les formes sont souvent très simples et ses toiles se construisent avec des lignes marquées qui se croisent, comme si le sujet se trouvait derrière une grille. Il travaille sur des grands formats, mais aussi des tout petits. On ne peut être que sensible à ses explosions de couleurs. Sur petit format, en se rapprochant, le feu d’artifice de couleur est amplifié, les couleurs démultipliées, comme le prouve cette petite composition de 1987 de 23,5 x 21, aux impressions floutées. On aime encore son « Orage en mer », ou sa « Mer en Bretagne » ou dans un autre registre qui nous ramène sur la terre ferme, on se laisse réchauffer par les couleurs de sa « Garrigue », son « Automne » ou sa vibrante « Lande fleurie ». Là encore, le rythme est une chose essentielle.

– [**Gustave Singier 1909-1984*]

Né en Belgique, Singier est l’un des maîtres de la non-figuration. Cet artiste connait bien [**Elvire Jan*] et [**Jean Le Moal*] avec lesquels il nouera une profonde amitié. Il réalisera un grand nombre de décors et costumes de théâtre, des cartons de tapisseries, des fresques monumentales, des vitraux, des mosaïques, des bas-reliefs et bien entendu des dessins et tableaux. Si on aime ses huiles très colorées, « Le volet fermé », « Le Collier blanc », « Avant le mistral », « Jardin Marin », ou encore « Haute-Provence », on s’attarde devant ses magnifiques aquarelles. « Personnages sur la plage de Deauville », ou « Méridienne II »

Un vent d’optimisme glisse sur le papier, comme une bouffée de bonheur !

– [**Alfred Manessier 1911-1993*]

« Torrents », « Marée basse », «  Nuit au port », « Les bois du lac » : des rides de sable, des paysages aquatiques, le miroitement de l’eau, que de thèmes abordés, que de thèmes habités. L’artiste disait : « Je crois que les peintres ont maintenant un langage très proche de la musique pour exprimer les grandes frénésies de joie jusqu’aux douleurs les plus sombres de l’humanité uniquement par les formes et les couleurs. »

L’exposition nous propose de partir à la rencontre de l’homme, du chrétien, du peintre. Là encore, l’artiste nous régale de ses couleurs, ses visions, ses rythmes propres. Il nous invite à la méditation, à une communion spirituelle. Lui aussi réalisera de superbes vitraux.

Son œuvre traduit sa préoccupation du monde extérieur, des évènements dramatiques.
La vie jaillit littéralement de ses toiles et il faut bien avouer que Manessier est somptueux dans ses très grands formats. On songe notamment à ses « Passions », exposées en fin de parcours pour conclure l’exposition. Quatre passions monumentales qui expriment la paix à travers la douleur. « C’était un homme profondément chrétien » commente [**Florian Rodari*]. Il a souffert tout autant de la lecture du martyre du Christ que des évènements contemporains » L’artiste a effectivement peint des bidonvilles « Favellas », ou encore « L’assassinat de Monseigneur Roméro ».

Dans le tableau de la « Passion Saint-Matthieu », qui était le préféré de l’artiste dans cette série des Passions, le paysage de la baie de la Somme et les marais réapparaissent derrière le motif de la croix. La lumière tremble de la même manière que dans ses tableaux purement évocateurs du paysage. «Ce qui devait être présent avant tout dans la peinture, c’est l’émotion picturale». souligne Florian Rodari.

« Dans la tendance abstraite, il y a d’un côté l’abstraction géométrique, et de l’autre l’abstraction lyrique. Et on s’aperçoit qu’il y a d’autres voies, qui ne sont ni complètement géométriques, ni complètement lyriques, et que d’une certaine façon, ces six artistes se situent de manière originale dans une dimension que l’on pourrait qualifier de « française » (aujourd’hui, ce peut être mal connoté) mais il y a bien une dimension française dans cette façon de voir et de peindre », conclut[** Bruno Ely*].

[**Pétra Wauters*]


Illustration de l’entête: Gustave Singier. Personnages sur la plage de Deauville. 1942. Aquarelle sur papier 26,5 x 36,5 cm. Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet


[(Exposition organisée en collaboration avec la [**Fondation Jean et Suzanne Planque*]
Commissaires de l’exposition : [**Florian Rodari*] et [**Bruno Ely*], conservateur en chef du musée Granet.

Après le musée Granet, cette exposition sera présentée au Kunstmuseum Pablo Picasso de Münster en Allemagne (du 19 avril au 25 août 2019) puis à La Piscine, musée de la Ville de Roubaix (du 19 octobre 2019 au 19 janvier 2020).
Une quatrième présentation est encore prévue dans un musée suisse en 2020.

Exposition ouverte du samedi 10 novembre 2018 au dimanche 31 mars 2019, Musée Granet. Aix en Provence. Du mardi au dimanche de 12h à 18h (Fermeture des caisses à 17h30). Fermeture hebdomadaire le lundi.

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WUKALI Article mis en ligne le 22/11/2018)]

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