In the black and white and colored intimacy of Marc Chagall

[**MARC CHAGALL, figure emblématique de l’art russe, le maitre de la couleur se révèle aussi en noir et blanc. Le noir et blanc de l’image photographique fait face aux éclats de couleurs. C’est au Centre Caumont d’Aix-en-Provence.*]

[**130 œuvres*] (peintures, dessins, lavis, gouaches, collages, sculptures, céramiques).
« Nous présentons au public des œuvres précieuses, collectées de par le monde, dont certains prêts de musées japonais, ce qui est extrêmement rare. » commente [**Ambre Gauthier*], à l’occasion de la visite presse ce mercredi 31 octobre. chargée de recherches au Comité Marc Chagall, une des commissaires de l’exposition;. « Nous suivons l’exploration du noir et blanc vers une maîtrise revisitée des couleurs. »

« Ce cheminement n’a jamais été montré dans une exposition, confirme [**Meret Meyer*], vice-présidente du Comité Chagall, la petite-fille du peintre, également commissaire de l’exposition. L’oeuvre en noir et blanc n’a jamais été mise en regard avec l’oeuvre en couleur qui permet de comprendre d’où venait la couleur. La couleur, sa densité, sa profondeur, comme sujet principal. »

L’exposition révèle donc une facette inexplorée du peintre russe, installé en France. On découvre encore à quel point l’artiste avait ce besoin de créer et ce, jusqu’à sa mort. Il dit du reste, dans un très beau film présenté dans une des salles de Caumont, à quel point le travail est nécessaire, salutaire. Le renouvellement artistique du Marc Chagall est prodigieux. L’exposition révèle chaque étape de création de son œuvre, soit un siècle de création ! Imaginez : Il a vécu un siècle (1887-1985) travaillant sans relâche de l’aube au couchant.

Il faut entrer dans sa peinture, dans son histoire, faites de milles histoires, certaines si tristes, d’autres si joyeuses et porteuses d’espoir.

En 7 sections, vous vous baladerez dans l’univers du peintre, à la découverte de ces villages dont il se plait à peindre les traditions bibliques et dont il fait revivre les folklores joliment observés.

Chagall, c’est encore une sensibilité vibrante, toujours en éveil. De l’observation pour les êtres, les objets, et le monde qui les entourent, on retiendra aussi l’enthousiasme ! Et si sa peinture paraît souvent irréelle, onirique, on comprend vite que l’homme a vécu tout cela, qu’il a vécu toutes ses vies.

Vous vous interrogez sur un détail étrange, laissez vous guider pas la voix du Maître qui disait si souvent : « J’avais besoin de faire telle ou telle chose, mais je n’ai pas le talent d’expliquer pourquoi ; Il ne faut pas toujours expliquer, il faut sentir ! »

Place à la visite ! Au fil du parcours, nous nous arrêterons sur une œuvre emblématique

– [**Section 1- Le chant du noir et blanc: Les contes de Boccace*]

Dans l’après-guerre, la couleur noire est pour[** Chagall*], comme pour [**Jean Dubuffet*] ou encore [**Rouault*], un exutoire artistique et symbolique. En 1949, l’éditeur [**Tériade*] commande à Chagall une série d’illustrations pour la revue Verve, inspirées du Décameron de [**Boccace*]. De ce recueil de 100 nouvelles, Chagall choisit d’illustrer les vingt-six sujets exposés dans la première salle de l’exposition.

Ambre Gauthier nous confie que l’on s’interroge toujours sur le choix qui a été le sien, même si on peut ressentir toute l’influence russe pour certaines illustrations. « Il a sans doute choisi des sujets en fonction de ses racines cultuelles profondes. Par ailleurs, on découvre toute la recherche de contrastes, de profondeurs, commente Ambre Gauthier, des noirs profonds et des nuances de gris qui contrastent avec la blancheur du papier. Il y a aussi la recherche de matière, de velouté, et des jeux de transparences et de clair-obscur. »

« Il n’y a pas une séquence de création de lavis ou d’œuvres en noir et blanc, suivie par des œuvres en couleurs, on voit bien au contraire que la couleur intervient à chaque moment. » explique encore Meret Meyer.

– [**Section 2- Au fil des techniques, dans l’atelier de Chagall*]

L’exploration simultanée de plusieurs techniques. la partition du noir et blanc s’étend à la céramique. Des camaïeux de gris rythmés par de puissants contours, font écho aux lavis réalisés à la même époque. À la transparence et à l’éclat des engobes répondent les textures veloutées et les monochromes perceptibles dans les papiers vélin et Japon.

« C’est un sujet Iconique de l’œuvre de Marc Chagall. commente Ambre Gauthier. Elle porte en son sein un couple d’amoureux. On découvre un version en plâtre qui a servi à la réalisation de la version en bronze. C’est toujours intéressant de regarder les variations de l’une à l’autre. On note toujours cette recherche de positif en négatif, d’ombre et de lumière.

« En plus de faire référence à un animal mythique, cette bête, en plein éveil, évoque la conscience sociologique et politique et fait également penser à la migration » analyse Meret Meyer. «Elle est l’incarnation d’un migrant en déplacement incessant, symbole de l’artiste lui-même. Le couple qu’elle porte en son corps et lui dans une totale sérénité. Cette bête sait quels paysages elle traverse, et quels sont les dangers qu’elle doit affronter. »

– [**Section 3 – Formes et volumes du clair-obscur*].

La couleur fait à nouveau son apparition dans les œuvres des années 1948-1952, étroitement liée à la recherche autour du volume et de la forme. Le clair-obscur, les contours noirs appuyés et les jeux des ombres.

Cette œuvre témoigne des recherches sculpturales et monumentales de l’artiste dans ses toiles des années 1950. Sur fond sombre, évoquant le souvenir de la guerre, un couple d’amoureux attaché à un poteau est représenté dans une composition dont les courbes répondent à celle d’un grand coq blanc. Vitebsk, le village natal de l’artiste, apparaît, représenté à l’envers. Tel une image sacrificielle, le couple renvoie aux représentations de crucifixion récurrentes dans l’œuvre de l’artiste, tandis que le coq, figure bienveillante, protège les amoureux et leur rappelle leur ville natale. Ce lieu refuge est à la fois mémoire vive du passé et image du renouveau. « Les figures monumentales du couple et du coq, ainsi que le jeu graphique des courbes et des arabesques, fait écho au travail de taille en sculpture et en bas-relief que Chagall expérimente à la même époque » explique Ambre Gauthier

– [**Section 4- La Bible, un répertoire d’images infini*]

Inspiration originelle, renouant avec le judaïsme de ses racines, la Bible occupe une place essentielle dans toute l’œuvre de Chagall, l’interprétation du Texte étant, pour le peintre, « la plus grande source de poésie de tous les temps ». L’espoir de réconciliation et de paix universelle. Représentant l’épisode éponyme de l’Ancien Testament.

L’Exode (52/56) est associé symboliquement par Chagall à la destinée du peuple juif pendant la guerre, que le Christ en croix, figure centrale de la composition, protège de ses bras écartés.

«Pourquoi ce tableau nous parle encore aujourd’hui ?» demande Meret Meyer.
Toutes les personnes représentées semblent contemporaines. Tous les exodes, toutes les fuites du monde sont réunis dans ce tableau. C’est la raison pour laquelle on se sent concerné. »

Plusieurs éléments font référence à l’univers de l’artiste (Vitebsk, en bas à gauche, le coq et la pendule, l’histoire du peuple juif ([**Moïse*] avec les tables de la Loi et le Juif errant, l’incendie, symbolisant les pogroms, et le refuge en Palestine par la mer. Cette synthèse des temps et des lieux, du microcosme et du macrocosme, du particulier et de l’universel est constitutive de l’art de Chagall après la Seconde Guerre mondiale. « Le noir et le blanc intensifient le message humaniste de l’œuvre, affirmation de l’appartenance de l’artiste au peuple juif et à l’histoire universelle de l’humanité. » dira encore la petite fille de Marc Chagall.

– [**Section 5- Sculpter et dessiner la couleur*]

Entre 1960 et 1980, la couleur, devient tour à tour élément et sujet des compositions. Parfois appliquée directement sur la toile laissée en réserve, posée en aplats ou en touches rapides, elle rythme l’espace pictural avec une intensité nouvelle. Ses tonalités reflètent la luminosité du Sud de la France, où Chagall s’installe dès octobre 1949.
Sans cesse renouvelée et à l’écoute des autres techniques, la peinture de Chagall est particulièrement enrichie par l’exploration des pratiques ancestrales de la céramique et du vitrail

Cette toile est une variation autour du travail pour le plafond de l’Opéra de Paris, inauguré en 1964. Les personnages principaux, au centre de l’œuvre, se réfèrent à l’opéra de[** Berlioz*], Roméo et Juliette, tandis qu’à l’arrière-plan se dessine la silhouette du Palais Garnier. Réalisée d’après un collage préparatoire et construite sur l’association d’aplats colorés marqués et de transparences légères, effleurant à la surface de la toile, cette œuvre est un exemple des expérimentations techniques de l’artiste à la fin des années 1960. « La force de sa composition, la monumentalité des personnages et le traitement du fond, en légères touches rapprochées, permet aussi de lire l’influence du travail que Chagall réalise à la même époque en sculpture et en céramique ». On est toujours dans ces fameux aller-retour qui permettent aux œuvres de dialoguer entre elles de façon intimiste, et qui font écho au blanc et noir qui lui même répond à la couleur, qui invitent les petites esquisses préparatoires, formées de collages de papiers et de tissus et de peintures au couleurs vives à dialoguer avec les œuvres finales.

– [**Section 6- La couleur, élément de composition*]

En résonance avec la vitalité de l’artiste et son ouverture d’esprit, la couleur, véritable force vitale, puise librement l’énergie de celui qui l’applique et la partage : « En vérité, ce qui donne à l’objet sa couleur, ce n’est ni ce que l’on nomme la couleur réelle ni la couleur conventionnelle (…) C’est la vie (…) qui crée les contrastes sans lesquels l’art serait inimaginable et incomplet ».
Couple au dessus de saint Paul.

– [**Section 7- La couleur monumentale*]

Par son exploration de la couleur et des matériaux, l’œuvre dite « tardive » de Marc Chagall est empreinte de liberté et d’indépendance. Les collages de papiers et tissus, réalisés sur de petits formats, sont utilisés par l’artiste comme esquisses préparatoires pour des compositions monumentales où s’articulent formes géométriques et couleurs vives, parfois presque crues tant la densité des pigments utilisés est grande.

« On ne peut pas ne pas penser au Pop Art » dira Meret Meyer, amusée, en présentant le tableau. Dire que [**Chagall*] aurait aimé le Pop Art ou qu’il aurait aimé voir une exposition de [**Warhol*]… ce n’est pas sûr, mais on ne peut pas faire autrement que de penser à [**Yves Saint Laurent*], déjà dans la juxtaposition de l’orange avec le rouge vif. Le traitement s’imprègne de la culture du Maroc. Pour l’anecdote, tous les échantillons avec lesquels il travaillait venaient de la haute-couture ! On lui apportait régulièrement une petit boite d’échantillons de tissus. Toutefois, ce qui est le plus important dans cette démarche, c’est le fait que c’était un artiste à l’écoute de son temps, répondant à cette négation de la peinture qui l’entourait par la peinture. Tout lui sert pour la peinture et seule la peinture compte. Ce qui est aussi un acte militant, conclura Meret Meyer.

Sur un fond rose vif, se détachent les silhouettes d’une femme à tête de coq et d’un personnage chevauchant un oiseau multicolore. À l’arrière-plan, les réminiscences des isbas de Vitebsk et de la végétation luxuriante du Sud de la France, où l’artiste a établi son atelier. Ce fond audacieux, où la couleur rose envahit l’espace, est traité en une multitude de touches juxtaposées, travail divisionniste évoquant à la fois les temperas et les monotypes sur lesquels Chagall travaille simultanément. Exposée à côté de l’esquisse préparatoire, cette œuvre atteste le processus de l’artiste, qui conçoit ses grands formats à partir de collages de petite taille. Les papiers collés et découpés, ainsi que les coupons de tissus, positionnent les formes et les motifs dans l’espace, avant le passage à la peinture et au grand format.

[**Pétra Wauters*]


[**Chagall Du noir et blanc à la couleur
Du 1er novembre 2018 au 24 mars 2019*].
Hotel de Caumont.
[**Aix en Provence*]


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WUKALI Article mis en ligne le 03/11/2018)]

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