A tiny furry pet with a solid personality, a congenial long tailed hero


Qui ne connaît [**Spip*], membre permanent de la bande dessinée [**« Spirou et Fantasio »*] ? Il apparaît dès 1939, inventé par [**Rob-Vel*], le dessinateur français créateur de la série. Rappelons qu’en dialecte wallon, un « spirou » est un écureuil. Il est le premier compagnon de Spirou, avant que ne les rejoigne Fantasio, dont la première représentation graphique fut de [**Jijé*], deuxième dessinateur de la série.
Mais le Spip qui nous intéresse, c’est celui de [**Franquin*] qui reste le seul et unique dessinateur de la série pour tous les vrais amateurs : ses continuateurs furent, et sont toujours, insipides.

Spip est un écureuil roux européen, avec des poils sur les oreilles et une longue queue touffue. Dans « Spirou et Fantasio », il est montré avec un très long corps filiforme souple, la tête dans le prolongement du premier. Sa silhouette est allongée, sans beaucoup de détails. Au fur et à mesure des épisodes, Franquin transformera son apparence en l’individualisant et en lui donnant un aspect plus rond, plus large et plus personnel. C’est dans « QRN sur Bretzelburg » que l’artiste lui conférera sa plus forte consistance physique, et son meilleur rendu en tant que personnage à part entière. Spip vit avec Spirou, qu’il suit absolument partout. Au point d’en arriver, très souvent, à imiter ses attitudes et sa manière de se déplacer.

Le premier Spip sait parler et communique avec son maître. Les derniers dialogues entre eux, on les rencontre dans «  Il y a un sorcier à Champignac ». Ensuite, l’écureuil se contentera d’apartés, de commentaires, pas toujours tendres, sur les situations vécues et sur le comportement des humains.`

Son importance est loin d’être négligeable : ainsi, dans « Il y a un sorcier à Champignac» c’est lui qui trouve les indices qui vont permettre à Spirou de retrouver Fantasio disparu, et de découvrir le vrai sorcier : le Comte de Champignac, en suivant les champignons que ce dernier a laissé sur son passage.

Naturellement l’entrée en scène du Marsupilami (« Spirou et les héritiers»), animal aux capacités innombrables, lui volera la vedette bien que Spip permette à la vérité d’éclater…en mordant les fesses de Zantafio ! A nouveau, dans « Les voleurs du marsupilami  », c’est lui qui découvre la cage où est enfermé le « petit animal à longue queue  ».

Remarquons que les deux animaux s’entendent très bien : Marsupilami lui propose du tabac volé à Fantasio dans « Le repaire de la murène », il porte l’écureuil sur son dos au passage d’un gué ou ils s’amusent tous deux avec des disques microsillons. Ensembles, ils sauvent souvent la mise aux deux écervelés que sont Spirou et Fantasio : c’est le cas dans « Tembo tabou » où des bandits sont sur le point de les donner en pâture à de monstrueuses fleurs carnivores. Dans d’autres situations, c’est lui qui libère nos deux reporters prisonniers en rongeant les liens qui les retiennent : dans « La corne du rhinocéros  » par exemple, épisode où le marsupilami est absent.

Le fidèle Spip est aussi le guide de Spirou lorsqu’il le conduit dans des endroits incroyablement dangereux : le rocher abrupt contre lequel est tombé et s’est coincé le masque de cire dans « La mauvaise tête ». C’est aussi le fidèle Spip qui refuse de quitter Spirou hospitalisé, devenu amnésique suite à sa terrifiante chute, dans le même épisode.

C’est encore lui qui permet à Spirou de récupérer l’enfant kidnappé dans « la foire au gangsters » : en lançant un pneu qui fait s’écraser au sol un gigantesque bandit et en en faisant chuter un autre, qui menace Spirou avec son revolver, à l’aide d’un balai. Il est parfois le « poil à gratter » de l’histoire, souvent élément modérateur aux yeux du lecteur, il agit et réagit en fonction des situations vécues.

C’est grâce à [**Greg*], alors scénariste pour Spirou, que Spip trouve sa véritable importance. On ne peut que lui rendre hommage d’avoir su donner une âme à notre écureuil. Le verbe haut, loquace, Spip devient une sorte de commentateur préférentiel. Position qui lui permet de trouver sa véritable place dans la série, quasiment à égalité avec le marsupilami.

Le sommet de ce retour en grâce, on le rencontre dans « QRN sur Bretzelburg » où il n’arrête pas de critiquer Spirou, de ridiculiser Switch le radio-amateur et d’apostropher le lecteur. Ses sarcasmes sont souvent des jeux de mots où domine la caricature. Il en arrive même à mordre au jarret Fantasio et Switch ! Il a un rôle actif dans près de cent cases de cet épisode. C’est le triomphe de l’écureuil raisonneur.

Revenons au tempérament et au caractère de notre Spip : au départ( « Spirou et l’héritage ») c’est un ange au cœur pur, d’une fidélité absolu à Spirou, qu’il accompagne en permanence. Progressivement, il s’émancipe en devenant casanier : «  je vais passer mes vacances dans un coin tranquille, je connais un jardin avec un noisetier » s’exclame-t-il. Puis le voila grognon, râleur, ergoteur et réticent à se lancer à l’aventure, regardant de haut les actions de Spirou, jugeant stupide le comportement petit-bourgeois de Fantasio et même, ô stupeur, considérant, parfois, le Comte de Champignac comme un apprenti-sorcier : dans « La peur au bout du fil  » il s’écrie : « j’ai toujours pensé que ça arriverait un jour  » en commentaire du fait que le Comte s’est empoisonné en buvant, par erreur et inadvertance, un composé terriblement nocif.

Spip est le type même du mauvais coucheur, doté d’un solide bon sens, rationnel et voix de la raison que personne ne veut écouter, excepté le lecteur bien entendu…

Il y a peu d’animaux, résidents permanents d’une bande dessinée, qui fassent preuve d’une telle individualisation, d’un pareil tempérament et d’un caractère aussi ombrageux. C’est sa personnalité qui le différencie des autres, beaucoup plus que d’appartenir à l’espèce des écureuils.

La glorification de l’œuvre de Franquin est sans retour. Le dessinateur aimait le personnage de [**Spip*], qu’il n’avait pas créé. Il lui a donné ses lettres de noblesse graphiques.

[**Jacques Tcharny*]


Illustration de l’entête: Spip. QRN sur Bretzelburg 1 (1961).


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WUKALI Article mis en ligne le 02/09/2018)]

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