Something of the idea of beauty and music somewhere in Provence, La Roque d’Anthéron festival

Elle est l’une des artistes les brillantes et les plus fidèles du [**festival de La Roque d’Anthéron*]. Mardi 24 juillet, la pianiste [**Shani Diluka*] a livré un concert mémorable avec l'[**Orchestre de chambre de Paris*], dirigé par un jeune chef inspiré, [**Ben Glassberg*].

Au programme, des pièces légendaires, composées par des musiciens de génie : une symphonie et un concerto de [**Mozart*] et un concerto de [**Carl Philipp Emanuel Bach*], des œuvres bien connues et souvent jouées, certes, mais qu’importe ! Ne doit-on présenter que les pièces rares et méconnues ? Assurément pas puisque le bonheur était là, sur la scène et dans les tribunes, sous le ciel étoilé et les centenaires platanes et séquoias du parc Florans, à eux seuls un spectacle. Et les cigales de s’inviter comme toujours à la soirée pour déclamer leur partition. C’est aussi cela le festival de la Roque d’Anthéron !

Ce festival créé par [**René Martin*], est devenu un vivier reconnu des futures stars du classique. Que de musiciens ont été révélés en ces lieux ! Shani Diluka est de ceux-là, une artiste virtuose attachante. Elle a proposé ce mardi 24 juillet, un concert magistral. Elle est née à Monaco, de parents sri-lankais. Sur le rocher, loin des rizières et rivières de son pays, la fillette apprendra la musique dès 6 ans. Entre culture de Monaco et culture Sri-lankaise, il y a une passerelle, la musique, universelle entre toutes. C’est à travers elle que Shani Diluka créera son identité, s’inspirant si joliment de poésies ou encore de tableaux pour nous livrer de belles interprétations. C’est pour cela sans doute que son [**Debussy*] offert en bis fut tout en images impressionnistes délicieuses, tout emprunt de spiritualité. Et son « Clair de lune » à la fin du concert nous a invité à la rêverie. Quoi de mieux pour terminer une soirée musicale ? Mais reprenons depuis le début. Dès les premiers notes l’interprète sensible se dévoile. En ouverture [**Carl Philipp Emanuel Bach*] et son concerto pour clavier en ré mineur wq 23, sans doute l’un des plus grands chefs d’œuvre du 5ème fils de [**Jean-Sébastien Bach*], (deuxième fils survivant). Est-ce le jeu de la soliste conjugué à l’accompagnement de cet orchestre magnifique, pour autant le concerto en ré mineur nous évoque par moment le grand [**Beethoven*] ! La pianiste s’envole au clavier, libre, délivrant avec générosité toute son énergie, une force vitale, décuplée grâce à tous ces musiciens brillants qui rendent cette force visible, presque tactile. On écoute certes, mais on sent, on ressent, on touche les notes qui nous touchent à leur tour. C’est quasi-physique et il y a en effet quelque chose qui se passe, sous nos yeux, dans la conduite du chef, qui n’en fait pas trop mais qui pourtant engage tout son corps dans cette orchestration, son corps autant que son âme, et sans baguette ! De son pupitre, il regarde avec douceur la pianiste interprétant ses solos. Il guette l’instant où ses musiciens rentreront à leur tour en piste, complices et heureux d’être là. Une évidence. On n’oublie pas [**Deborah Nemtanu*], la pétillante premier Violon, qui, dans la la galaxie des violonistes français, brille de mille feux. [**Sarah*] sa sœur premier violon solo de l’Orchestre National de France est elle aussi une merveilleuse violoniste qui plus est très sympathique et d’une belle humilité.

On le savait, [**Shani Diluka*] est de ces musiciens qui s’effacent devant la création. Son approche musicale passe par le cœur, par l’âme, par « l’intérieur », autant que par ses mains, ses doigts qui glissent sur le clavier. On aime cette musique aux modulations parfois abruptes et vigoureuses, ces mélodies aux contours souvent imprévisibles. Ce n’est pas la pianiste qui force le ton, s’impose, ou essaie de briller, assurément pas, car ainsi joué, dans un climat passionné, c’est superbe et on ne voudrait pas que cela s’arrête.
Cependant pas de regret, de [**Carl Philipp Emanuel Bach*] à [**Mozart*], le pas se franchit allègrement, sans rupture dans l’excellence. La symphonie n°40 en sol mineur K 550 est un chef-d’œuvre, un monument d’équilibre. Sous la conduite de [**Ben Glassberg*], la musique se fait entêtée, ondoyante, déterminée. Elle nous parle de destinée humaine, et de lumière, comme souvent chez Mozart. Une lumière incandescente se fait soudain aveuglante. Pourtant des nuages viennent obscurcir le ciel. Les tableaux sont créés, les images apparaissent. Les instruments réveillent la douleur et la portent à son paroxysme. Rien n’arrêtera cette coulée de musique qui glisse, inexorablement, vers son destin. On aime « l’andante », le mouvement central, avec son chant de cordes, qui nous enveloppe et nous étreint, en douceur cette fois ci. Retour à la tension avec le Menuetto :Allegretto, qui porte mal son nom, que Mozart me pardonne, tant il exprime la douleur dans la lutte. Confirmé, par Allegro assai, tumultueux, puissant, énergique. Le jeu des musiciens est palpitant, la traduction d’une quête dont on voudrait là encore qu’elle ne prenne jamais fin.


Mais c’est quitter Mozart pour Mozart. Après l’entracte, le Concerto pour piano et orchestre n°20 en ré mineur K.466. La pianiste revient, portée par un orchestre toujours à l’unisson. Elle interroge les musiciens, semble écouter chacun d’eux, les questionne et ressent chaque note tout en restant aérienne et toujours légère, imprimant sa patte sans force. On vous le disait : de la virtuosité, mais pas trop ! C’est avec ce Mozart grave ou enjoué, mais toujours vigoureux, tonique, douloureux parfois, que la soirée s’achève. Non, pas tout-à-fait, puisque le Clair de Lune est venu nous cueillir. Certains redoutent les interprétations de [**Debussy*]. Le risque de tomber dans la mièvrerie est grand. Comment jouer Debussy ? Comme ce soir là ! Livrer avec toute son âme ce qui écrit sur la partition sans rajouter trop de fioritures. Sobriété dans … l’excellence ! On y revient !

[**Shani Diluka*] aime aussi écrire et a publié cette année, un recueil de poèmes intitulé « Canopées » chez Art3 Plessis.

[**Pétra Wauters*]


Illustration de l’entête: Shani Diluka, Ben Glassberg, Orchestre de chambre de Paris. © Christophe Gremiot

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WUKALI Article mis en ligne le 26/07/2018)]

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