Imagine Peru longtime ago and before everyone, was discovered by the Mongols ! Hence forwards starts this epic story


Jusqu’au 1 avril 2018 (ce n’est pas un poisson, mais un fait réel) vous pouvez aller admirer une magnifique exposition au musée du quai Branly à Paris portant sur Le Pérou avant les Incas. Vous y verrez, en outre, des objets issus de la culture Chimu qui a définitivement disparue en 1470 avec la conquête des Incas de ce royaume.

Quel est le rapport entre cette exposition et le dernier livre de la psychanalyste et philosophe[** Anne Dufourmantelle*] ? J’y viens. Est-ce que vous avez remarqué comme un air de ressemblance entre certains objets et la culture chinoise voire asiatique : toits de pagode, dragons, etc. Il faut dire que plus d’un, autour de [**Gavin Menzies*], développe l’idée que l’Amérique aurait été, de fait, découverte en 1410 par le grand amiral chinois [**Zeng He*] (il ne faut pas oublier dans les autres découvreurs avant Christophe Colomb les vikings vers l’an 1 000 ou Abou Bakari II, roi du Mali vers 1310, par exemple), et il aurait débarqué sur les côtes du royaume Chimu.

A partir de cette thèse, fortement critiquée par la communauté des historiens, [**Anne Dufourmantelle*] bâtit toute une histoire et un nouveau roman. Son idée de départ est que pour comprendre les potentielles similitudes entre l’art asiatique et l’art Chimu, il est nécessaire qu’un contact ait eu lieu entre ces deux continents. Et ce contact n’est pas le fait d’un amiral chinois mais d’un roi mongol en 1331 : Akhan.

La moitié de Souviens-toi de ton avenir est le périple, l’Odyssée dans le sens premier du terme, de la tribu dirigée par cet arrière-petit-fils de [**Gengis Khan*] qui a compris que l’immense empire de la Horde d’or est en train de disparaitre, que les Mongols vont être chassés de Chine. Il pense que son destin est de créer une nouvelle voie commerciale, un nouvel empire, ailleurs. Il a chargé un jeune Vénitien, cartographe, de consigner cette véritable épopée en latin et en phags-pa, la langue alors parlée au fin fond de la Mongolie. Le chemin des steppes de l’Altaï à la mer est loin d’être une promenade facile pour cette armée de 20.000 personnes où haine, amour, trahison, poids des traditions, importance de la religion chamanique déchirent les principaux protagonistes. La jonque qu’ils finissent de construire est proche de celles dans lesquelles s’embarquèrent les hommes de [**Zeng He*]. De fait, bien peu arrivent à destination.

L’autre partie du roman gravite autour d un groupe d’historiens chercheurs, le groupe Syracuse (du nom de la librairie où ils se réunissent tous les mois). Leur but est d’essayer de reconstituer cette épopée à partir de fragments du manuscrit disséminés en Europe et en Amérique. Amour, sexe, tensions internes, mort, autres chercheurs sont autant d’obstacles qui leur faut surmonter pour arriver au bout de leur quête.

Que dire de ce roman? Je l’ai trouvé long, parfois trop long, essentiellement en ce qui concerne la période contemporaine. Certaines pistes sont ouvertes et jamais fermées, des personnages secondaires apparaissent et/ou disparaissent sans strictement aucune raison, certains d’entre eux sont des sortes de deus ex machina qui sont bien loin de la réalité (un accro à la cocaïne qui mène une vie « normale » sans stage de désintoxication, etc.). Les parallèles entre les personnages du XIVè et du XXIè siècle sont parfois peu évidentes voire à l’inverse plus que lourdes et pourtant c’est la clé de voute du récit. Et que dire de la fin qui laisse le lecteur déçu, insatisfait et qui a vraiment l’impression qu’il faut finir et que l’on bâcle tout, il manque des éléments pour comprendre, rendre limpide les liens entre les personnages d’époques différentes.

Mais il y a des moments de lecture plus que plaisants : l’épopée des Mongols est particulièrement intéressante mêlant histoire, ethnologie. Une civilisation, une culture se crée sous nos yeux. Les principaux protagonistes sont parfaitement décrits, remarquablement bien étudiés au niveau de leur psychologie et de leur humanité, parfaitement à leur place dans cette société très hiérarchisée et surtout très religieuse. Et que dire sur les multiples réflexions (posée essentiellement à notre époque) autour de l’Histoire, sa façon de l’aborder, de l’étudier, de la transmettre. Il en est de même sur le fait religieux, sur la croyance, les apparences, les mythes, les symboles et la difficulté qu’il y a à la décrypter surtout avec plus de 700 ans de différence.

Anne Dufourmantelle a des moments de fulgurance, au détour d’un passage assez anodin du récit elle nous interpelle, nous oblige à sortir de nos certitudes, nous incite à relativiser et notre quotidien et notre vision de faits historiques que nous avions cru immuables puisque partagés par la majorité. Mais voilà, la majorité n’a pas toujours raison et il n’est pas facile de surmonter les aprioris, les lieux communs, les petites habitudes intellectuelles, culturelles que nous avons tous.

Emile Cougut


[**Souviens-toi de ton avenir
Anne Dufourmantelle*]
éditions Albin Michel. 22€50

Mise en vente le 4 janvier 2018


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WUKALI 28/12/2017)]

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