The sort of voice that makes you touch Paradise


Ce samedi 2 décembre au Grand Théâtre de Provence, ce fut une de ces soirées rares où l’on côtoie la perfection. Les mots manquent d’abord, on ne se sent pas assez expert pour décrire ces prouesses techniques, ce travail complexe que [**Philippe Jarouski*] a réalisé pour sublimer ce répertoire exigeant de la musique baroque. Mais on se lance. L’envie de laisser parler son cœur et livrer quelques émotions est forte. Si l’on aime Philippe Jarousski, si l’on aime [**Haendel*], si l’on aime la musique baroque, on est aux anges, on se laisse porter par la tendresse, la poésie, la force de ces airs.

D’aucuns auraient pu craindre un peu de monotonie, toute une soirée dans une uniformité de timbres et de tessitures pour servir un seul compositeur, même s’il s’agit de l’un des plus grands. Il n’en fut rien bien sûr. Le chanteur s’est approprié avec beaucoup de sensibilité cet univers virtuose, variant les passions grâce à un choix pertinent d’airs très différents. On est heureux de redécouvrir de magnifiques extraits d’opéras parmi les plus célèbres du compositeur, et on se réjouit d’écouter des arias et des récitatifs moins connus, moins entendus, des perles mises en valeur par l’ensemble Artaserse, fondé en 2002, qui ne compte que des musiciens confirmés de la scène baroque et qui, ce soir là, ne fit qu’un avec le chanteur.

Que ce soit dans les ouvertures conquérantes ou dans les mouvements lents, le travail de l’orchestre est admirable et on salue tout particulièrement le remarquable premier violon, [**Raul Orellana*], Konzertmeister ce soir-là. Servie par sept brillants violonistes, la musique de Haendel prend vie, offrant sous leurs archets les nuances les plus raffinées. Des sourires échangés, une belle ferveur, tous les musiciens ont visiblement pris plaisir à jouer ensemble. D’évidentes complicités s’affichaient, que ce soit entre les deux violoncellistes, [**Elisa Joglar*] et [**Ruth Verona*], superbes également, entre les hautboïstes [**Guillaume Cuiller*] et [**Vincent Blanchard*], excellents. On n’oublie pas l’archiluthiste [**Marc Wolff*] et son bel instrument à cordes pincées, la bassoniste [**Evolène Kiener*], très applaudie aussi, les altistes, inspirés, et la douce présence de [**Yoko Nakamura*] au clavecin. Et puis cette voix est là, avec toutes ses possibilités, sa personnalité, ses qualités qui font que, dans chacun de ses airs, elle tient subliment son rôle. Une voix précise, assurée. On s’étonne toujours du reste de cet étonnant décalage entre le corps du beau jeune homme et cette voix. Une voix merveilleuse, qui n’est pas d’une puissance infinie, mais qui est d’une beauté sans pareille. Visiblement, le chanteur est à la recherche de simplicité, d’une expression évidente chargée d’émotions.
Différents airs s’enchainent, et on voyage avec volupté, on s’envole vers de lointains horizons, à la rencontre de Rois, d’ Empereurs, de Chevaliers, des passions et des hommes…


En ouverture, «Radamisto», puis « Ezio », « Salomon », «Flavio», «Imeneo», «Siroe» et de nouveau un extrait de Radimisto d’une belle puissance et à la cadence exaltée. L’entracte nous laisse bien seuls. Ils nous reviennent avec «Giustino» et «Tolomeo» , «Radamisto» et «Flavio». Pour vivre ces grands moments, ces contrastes chevaleresques, ces épopées royales, la voix alterne les notes les plus aigues et les plus nourries, et l’on prend la mesure du talent de tragédien du contre-ténor. Cependant, il n’en fait jamais trop. Pas d’excentricité vocale.

On est sous le charme. Douloureux moment avec un incroyable « Radamisto », Vieni d’empieta », « vile, se mi dai vita, » des extraits « brûlants » comme le texte, où Jaroussky laisse pour un temps sa voix céleste, suave et caressante, pour nous prouver qu’il peut aussi nous faire vivre d’ardentes passions par ces incroyables variations de tons comme le prouve son « Bel contento », extrait de Flavio, avec un vibrato comme toujours habilement maîtrisé.

[**Haendel*] est sans nul doute l’une des figures les plus importantes dans la carrière de [**Philippe Jaroussky*], un compositeur aux croisements de l’art lyrique italien, du contrepoint allemand et de l’altière solennité française. Il lui va si bien.

On se réjouit de voir que depuis plusieurs années, Philippe Jaroussky se dirige vers un répertoire particulièrement varié qui lui permet d’aborder une palette incroyable d’émotions convenant divinement bien à son timbre vocal. Cette soirée l’a encore prouvé. Il suffit de quelques notes parfois pour en prendre toute la mesure. Deux ou trois notes de toute beauté qui résonnent encore quand le silence se fait. Une musique, une voix, qui pénètrent le cœur et l’âme.

Trois rappels ! …..Rien que ça, dont le célèbre « Ombra mai fù », une pépite.
» et des ovations. Au troisième bis, il l’assure, il ne reviendra plus, « c’est le dernier ! » Nul doute, c’est bien le contre ténor et son orchestre qui ont fait fondre la neige qui recouvrait la ville d’Aix, ce soir là.

[**Pétra Wauters*]


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« The Händel Album », chez Erato

En savoir plus sur Philippe Jaroussky, date de concerts et événements

Un projet lui tient particulièrement à cœur, celui de démocratiser l’accès à la musique classique en accueillant des jeunes en situation d’éloignement culturel à travers un enseignement original, soutenu et exigeant.

Ouverture de l’Académie Musicale Philippe Jaroussky. http://academiejaroussky.org/


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WUKALI 06/12/2017)]

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