Humourous traits about the Antique Merchants


Dutronc chantait: « Il est sympa! Et attirant! Mais… Méfiez-vous: c’est un truand ».

Lorsque l’Antiquaire à domicile a mis le pied sur le seuil du vôtre, il est déjà trop tard. Trop tard pour vos deniers et la valeur de vos biens mobiliers. Une véritable déflation sur pattes, l’Antiquaire! Ou montée sur ressorts,. Comme le sommier de votre lit dont il ne manquera pas de palper négligemment le matelas, des fois que…

Il se fait parfois discrètement remarquer dans les journaux, rubrique petites annonces: « Collectionneur recherche, pour meubler un château, mobilier ancien, tableaux, argenterie… »

La première catégorie -le meuble ancien- a un peu disparu, au vu de la décote à moins-que-pouic que votre commode Louis Philippe subit depuis plus dix ans: du bois de chauffe, tout au plus. Mais l’Antiquaire saura se refaire sur la timbale poinçonnée 900 et la croûte de Mémé, dont on a oublié, au fil des générations, la petite signature, en bas à droite. Pas lui. Il n’oublie rien. Il remarque tout.

Si l’Antiquaire n’a point de château à décorer, vous pourrez bâtir le vôtre en Espagne, après son passage qui tient de l’invasion de sauterelles et le la pluie de grenouilles, pour ne citer que ces deux cas éminents et bibliques.

Il a ses trucs, pour dévaluer en masse. On vous en souffle quelques uns.

D’abord, l’antiquaire ne touche rien. Il inspecte du coin de l’oeil gauche tout en vous surveillant du droit. Il scrute vos réactions, à chaque annonce de prix. Histoire de savoir s’il est dans le juste. Et vous, donc, en plein dans le faux. Même un antiquaire borgne parviendrait à ce strabisme divergent. C’est dans les gênes. Et dans celles-ci, l’Antiquaire a du plaisir.

Mains dans le dos, il continue sa promenade parmi vos trésors et souvenirs de famille. En jargon d’antiquaire, on dit: drouille. On le dit devant le vendeur, n’est-ce pas! Pas en boutique, une fois le bien acquis. Sinon, celui-ci ne profitera jamais.

De temps à autre, il lance par-dessus l’épaule: « Et vous en attendiez combien de votre horloge de parquet ? » Faites l’expérience: rétorquez en prononçant le chiffre le plus dérisoire, anodin jusqu’à en défriser le grotesque. Quelque soit le montant, ce sera toujours trop cher. Impensable. Irréaliste. Onirique. « Oh! Elle a p’t’être valu ça, autrefois. Mais maintenant…»

Cet « autrefois » et ce « maintenant » sont deux adverbes qui ont pour spécificité de couvrir avec précision une époque vague, se situant dans un temps approximatif et courant sur une période des plus aléatoires. Quoi qu’il en soit: depuis que le monde est monde, l’Antiquaire-Antiquaire et vous sempiternel pauvre glougloutant pigeon: vous ne vendez pas au bon moment.

La visite s’achève. Au bord de la nausée -mais toujours sympa, si ce n’est attirant-, l’Antiquaire va vous regarder droit dans les yeux. Vous lui proposerez un café ou un verre d’eau sucrée, craignant un chute de tension imminente, un abattement, une vapeur. Il acceptera, mais sans sucre. « Je me surveille, vous comprenez ». Alors que c’est vous qu’il surveille, lorsque vous préparez le moka et qu’il regarde brièvement sur son smartphone… « Voyons-voir… Artprice.com… Mon mot de passe, c’est quoi déjà? Ah oui: Iznogoud. Hmmmm… Pas mal, pas mal cette petite toile... »

Le café avalé, second regard. Droit dans les mirettes, sur l’air des « Feuilles mortes ».Il lance alors:

« Bon. C’est pas ma marchandise. Mais je peux faire quelque chose pour vous. »

Et là, il dépose l’argent sur la table. Geste capital! Central! Enorme! Répétez trois fois après moi, en imitant Fabrice Luchini: « Il pose les biftons sur la bleta! [**IL-POSE-LES-BIFTONS-SUR-LA-BLETA !*] »

C’est imparable. Les plus madrés s’y sont frottés. Et piqués. Le truc est mille fois éculé, mais comme le Lapin Wonder: il dure, il dure, il dure…

Le pécule empoché, les larmes remisées, tout se passe alors très vite: l’équipe de déménageurs – par hasard dans le quartier- s’en va débouler dans feu-votre-chez-soi. Elle emballe, empaquette scotche les cartons à Banane. Avec majuscule et au singulier. Puisque la grande Banane… C’est vous. Le camion au coin du pâté de maisons -garé Rue de la Providence- se remplit.

Sur le palier, l’Antiquaire, pensant déjà à sa prochaine « adresse » -c’est le terme- vous serre la main: recomptez vite vos doigts.

Le seul meuble qui sortira indemne du pillage c’est justement la table où sont déposés les biftons. La bleta. L’Antiquaire, au dernier moment s’est désisté là-dessus (sans réduire son offre, bon prince): il y avait un rond de tasse à café qui ne faisait pas chic du tout.

[**Marc Gaudet-Blavignac*]


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WUKALI 02/12/2017)]

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