A subtle and comprehensive dialogue between the Colombian artist and the genial Picasso.


Du 24 novembre 2017 au 11 mars 2018, le public pourra découvrir à Aix une soixantaine d’oeuvres de [**Botero*] (huiles, oeuvres sur papier, sculptures). Elles font écho à vingt oeuvres majeures de [**Picasso*], issues notamment des collections du Musée national Picasso-Paris et du Museu Picasso de Barcelone.

Il ne s’agit pas vraiment d’un dialogue entre les hommes, puisqu’il ne se sont jamais rencontrés. L’idée n’est pas de comparer sur le plan formel deux œuvres mais de présenter la riche production du maître colombien sous un angle inédit explorant ses affinités artistiques avec Pablo Picasso. Quel est le regard de Botero sur l’œuvre de Picasso ?

Cette expo est inscrite dans le cadre du projet « Picasso Méditerranée, 2017 – 2019 », à l’initiative du musée national Picasso Paris qui regroupe 70 institutions culturelles et scientifiques. Une quarantaine d’expositions sont ainsi programmées d’un bord à l’autre de la méditerranée afin de proposer pendant deux ans un parcours dans l’œuvre de l’artiste et dans les lieux qui l’ont inspiré en soulignant des liens avec des artistes de son époque.

« A l’initiative du Musée national Picasso Paris, et de manière conjointe avec d’autres musées Picasso, nous avons la chance de présenter des œuvres extraordinaires de très bonne qualité pour certaines inédites » se réjouit [**Cecilia Braschi*], commissaire de l’exposition. Mettre en avant la figure de Picasso comme « passeur », passeur culturel qui a marqué l’art en Europe, et qui repousse les frontières. Il va jusqu’en Amérique Latine « toucher » Botero, autre artiste international, mais également artiste de la méditerranée puisqu’il a vécu en France et en Italie. Botero fut partie prenante de ce projet. « C’était un travail passionnant que de construire ce parcours à ses côtés, un dialogue audacieux car l’association Botero-Picasso n’est pas évidente de prime abord. Et pourtant, le regard que Botero porte sur Picasso est très important dans son parcours.» explique Cecilia Braschi.

On peut rapprocher le travail de Botero à celui de Picasso. Malgré des origines éloignées, des histoires et des trajectoires différentes, ces deux grands artistes partagent des références géographiques et culturelles communes et ont des questionnements communs que l’on va découvrir aux travers des différents thèmes de l’exposition, des interrogations majeures sur la peinture et sur l’art. Ce dialogue est particulièrement enrichissant pour saisir toute la profondeur de l’œuvre de Botero.|left>

Dès sa jeunesse, [**Fernando Botero*] (né en 1932) a observé l’oeuvre de Pablo Picasso (1881-1973. Il en admire la riche palette, la monumentalité et la sensualité des volumes. Mais Botero admire plus encore le « non-conformisme » de Picasso. Chez les deux artistes, la déformation des corps et des volumes correspond à un regard résolument subjectif sur la réalité. Elle traduit aussi une posture radicalement moderne dans l’histoire de la figuration, à l’origine chez chacun d’entre eux d’un langage artistique inimitable, propre à chacun.

[**Les thématiques de salle en salle*]

– Salle 1 : [**Le portrait et l’autoportrait *]

Il est question d’identité, de représentation de la figure humaine et d’auto représentation. « Pour les deux artistes, la fidélité à la figuration n’a jamais été une contrainte, au contraire, c’est comme un point de départ qui permet une plus grande liberté dans la manière de représenter la réalité qui nous entoure » commente Cecilia Braschi.
Les portraits de Botero sont issus de son imagination. Il travaille très peu d’après modèle ou d’après photographie.

– Salle 2 : [**Les appropriations de l’histoire de l’art*]

« Les deux artistes étaient de grands « dévorateurs » de l’art du passé. » commente Cecilia Braschi. il y a cette idée de « cannibalisme » , de « manger » en quelque sorte l’art des autres pour en faire quelque chose de personnel. Picasso a copié sans qu’on puisse vraiment appeler cela des copies. Il s’agit d’appropriation. Pour Botero, il ne s’agit pas davantage de copies, il préfère parler de versions.|center>

– Salle 3 : [**La nature morte*]

Un thème souvent abordé par Botero qui le considère comme inépuisable, tout comme Picasso du reste. « Les deux peintres s’approprient ce genre de sujets, d’apparence très simple, très codifié, voire modeste, pour en faire la clé de voûte de leur œuvre. Picasso à partir de la nature morte a décomposé la vision de la réalité en quantité de points vue, alors que Botero, au contraire, recolle à la réalité » explique la commissaire de l’exposition.

– Salle 4 : [**Le nu*]

L’idée de déformation est là encore très forte. Cependant il s’agit d’être universel tout en puisant dans les traditions locales. L’étude de la tradition est évidente chez les deux peintres. « Ce sont des artistes pour ainsi dire de la vieille école. Cela peut paraître paradoxal quand on pense à eux. Ils restent très attachés aux techniques traditionnelles qu’ils maitrisent parfaitement. On retrouve de nombreuses références anciennes dans leur travail avec cette liberté inouïe de représentation. Chez Botero, on découvre un mode ironique de revoir la tradition. Les scènes de toilette répandues dans la peinture ancienne sont ici revisitées : un nu au centre de la pièce. La déformation est accentuée par les proportions entre les objets. Une salle de bain minuscule pour une femme « énorme ». Picasso utilise cette même liberté en décomposant quant à lui les objets. |center>

– Salle 5 : [**Film: « Botero dialogue avec Picasso »*]

Une pause permet d’écouter Botero à mi-parcours de l’exposition

– Salle 6 : [**L’artiste face à l’histoire*]

On connaît bien l’engagement politique de [**Picasso*]. On songe à « Guernica » (qui ne voyage jamais) ou encore à « Le massacre en Corée », autre tableau majeur que le public aura la chance de découvrir à l’exposition. [**Botero*] s’intéresse également au rôle de l’artiste engagé. Petit à petit, la démarche du Colombien évolue. « Tout en ayant conscience que l’œuvre peut dénoncer, rassembler la mémoire collective, Botero pense aussi que l’art doit « apaiser », soulager les souffrances » commente Cécilia Braschi. « Lorsqu’on peint, on doit soigner, être utile avec les couleurs. » De quelque manière, c’est un geste d’amour. A travers la peinture, la haine se transforme en amour » Dira Botero. |center>

– Salle 7 : [**La corrida*]

Un thème qui les rapproche et les hante et ce, dès leur plus jeune âge. Botero essaie de diluer les passions dans son œuvre tauromachique contrairement à l’œuvre de Picasso, davantage violente, avec des contrastes forts et puissants entre l’homme et l’animal.

– Salle 8 : [**Le monde du cirque*]

Le mouvement chez Picasso est exploré différemment de celui de Botéro. L’artiste colombien appréciait la période rose de l’artiste espagnol, l’époque des saltimbanques. On retrouve dans des dessins de Botero des saltimbanques très picassiens. Cette période rose fascinait Botero : le mouvement, l’énergie, les couleurs et aussi les moments de pause et la mélancolie, très présente chez les deux artistes. L’univers des masques et de carnaval les réunit aussi, explique Cécilia Braschi. Présenté à l’exposition, un face à face de dessins très intéressant.

– Salle 9 : [**La musique et la danse*]

Deux pastels de grands formats très intéressants sont à découvrir. Chose rare dans cette technique bien maitrisée par les deux hommes. |right>

Parmi les autres œuvre-phares, on peut citer encore le dyptique de Botero, d’après [**Piero della Francesca*] (1998), la gigantesque Poire (1976), le Pierrot (2007) ou La Fornarina, d’après [**Raphaël*] (2008) ; mais aussi de Botero (1930), La danse villageoise (1922), Massacre en Corée (1951) de [**Pablo Picasso*] ou encore son interprétation des Ménines de [**Velázquez,*] de 1968.

En parallèle aux peintures, l’exposition présente quelques sculptures de Botero dont son imposant Cheval (1999) ( retrouver l’article dans Wukali), ainsi qu’une vingtaine de dessins des deux artistes. Technique largement exploitée par les deux artistes, qui permet notamment de découvrir un aspect moins connu de l’oeuvre de Botero et un côté plus intime de sa pratique artistique.

« On ne peut pas terminer sans avoir commencé. Il faut faire les choses jusqu’au bout, risquer. Pour cela, il n’y a pas de meilleur exemple que Picasso. » disait Botero.

[**Pétra Wauters*]|left>


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[**Botero dialogue avec Picasso*]
Centre d’Art Caumont
Aix-en-Provence

Le Centre d’art Caumont est ouvert tous les jours de 10h à 18h. Dernière entrée 30 minutes avant la fermeture. Tél: 04 42 20 70 01


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Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 24/11/2017

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