Leonardo’s or not Leonardo’s… ?


Par Pierre-Alain Lévy / [**Christie’s*] en mettant en vente aux enchères mercredi 15 novembre l’oeuvre dite: Salvator Mundi, attribuée à Léonard de Vinci parmi des oeuvres d’art contemporain, Mark Rothko, Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, Cy Twombly et Andy Warhol a réussi son coup !

– Médiatique pour sûr, et cette intrusion d’une oeuvre classique dans une vente très médiatisée à New-York, au milieu de celles de peintres modernes a fait jaser pour le moins !

– Tactique, assurément, car ce Salvator Mundi dont on connait l’existence depuis bien longtemps a toujours laissé derrière lui comme l’ impression de ( choisissons bien les mots…) d’être une oeuvre d’atelier, celle d’un élève doué certes, mais en tous cas pas comme étant de la main même de Léonard.

– Et financière indubitablement, et cela d’autant plus quand on découvre le prix astronomique atteint lors de cette vente, un record absolu soit [**450,3 millions de dollars*]…

Ce Salvator Mundi, n ‘est pas un astéroïde mystérieux tombé tout d’un coup au milieu d’un cénacle d’experts, d’historiens d’art, de conservateurs de musées et nous n’oublierons point aussi de marchands avisés.

Son histoire est célèbre depuis bien longtemps et il a connu pour le moins un certain nombre de vicissitudes. Il est vrai que lorsque l’on roule les épaules pour s’affirmer et vouloir partager les destins patrimoniaux de ceux que l’on considère comme ses pairs et auquel on aspire, il faut s’attendre à des résistances, pour de pas dire de l’hostilité. Lorsque l’enfant parait, n’en déplaise à Hugo, le cercle de famille n’applaudit pas toujours à grands cris ! Il fait un peu penser (et sans vouloir être méchant), à ces starlettes passées sous les mains ou le bistouri d’un chirurgien esthétique pour se faire refaire qui le nez, la bouche… Car oui il a été bien retouché et a vouloir sauver le monde on perd parfois son âme.

[**- Revenons aux fondamentaux et à l’histoire*]

Les Guerres d’Italie conduisent les rois de France à étendre leur royaume de l’autre côté des Alpes vers le royaume de Naples et le duché de Milan, ils s’affrontent aux Espagnols dûment installés dans leurs possessions et aux seigneurs italiens. Ces guerres débutent avec [**Charles VIII*], et la «furia francese» impressionne, puis se poursuiveront avec [**Louis XII*] ( ultérieurement avec François Ier et Henri II). Un sacré personnage Louis XII (1462-1515), qui sera aussi au demeurant l’époux d'[**Anne de Bretagne*], et c’est lui qui achètera ce Salvator Mundi.

Les commentateurs sur ce tableau attribué à Léonard se partagent en deux camps; pour les uns il aurait été peint pendant la période milanaise de Léonard, celle qui suivit son départ (sa fuite) de Rome dans les années 1490, pour les autres il appartient à sa période florentine (1500) et ce faisant serait donc contemporain de la Joconde.

On retrouve ce tableau à la Cour d’Angleterre en 1625 , il a été apporté dans ses bagages par[** Henriette Marie de France*] l’épouse du roi [**Charles Ier,*] elle apporte d’ailleurs à Hampton court puis dans son palais de Greenwich nombre d’objets précieux. La guerre civile anglaise l’obligera à retourner vivre en exil en France.

[**- Les années 1650*]

Il est fait mention dans un inventaire royal d’une oeuvre de Léonard avalisée par un acte du Parlement en date du 23 mars 1649. Dans le même temps un imprimeur célèbre du temps, [**Wenceslaus Hollar*], publie une gravure représentant ce Salvator Mundi avec la mention «Leonardus da Vinci pinxit». La gravure est publiée à Anvers et des copies sont adressées à Paris à la reine Henriette Marie

[**- Les années 1660*]

La guerre civile anglaise est terminée, l’épisode Cromwell est du passé, le roi Charles II retrouve son trône. Le dernier acheteur du tableau, un certain architecte du nom de John Stone, le restitue à la Couronne. En 1666 un inventaire royal le liste parmi les oeuvres appartenant au Cabinet royal.

Pas de mention de l’oeuvre dans les temps qui suivent. Elle devient ultérieurement la propriété de la maîtresse du roi [**Jacques II*], Catherine Sedley, Comtesse de Dorchester (1657-1717).

[**- Au vingtième siècle*]

En 1900 elle rentre dans la collection Cook, (Doughty House, Londres) et est attribuée à [**Bernardino Luini*] (1481-1532), élève de [**Léonard de Vinci*]. La peinture subit des «restaurations» qui altèrent sa qualité, le visage du Christ et ses cheveux ont été repeints.

En 1913, elle apparait dans un catalogue consacré à la collection Cook, l’historien d’art [**Tancred Carl Borenius*], attribue cette peinture à [**Giovanni Antonio Boltraffio*] qui travailla dans l’atelier de Léonard.

En 1958, lors de la dispersion en ventes aux enchères de la collection Cook, la peinture alors recouverte de couches de surpeints est vendue 45 £.

Tandis que le temps passe, après maintes tribulations, la peinture se retrouve dans une vente aux enchères de seconde zone aux USA. Elle est présentée comme étant une copie. Le nouvel acquéreur entreprend de restaurer le tableau. En 2007 elle est restaurée par[** Dianne Dwyer Modestini*] de l’Institut des beaux-arts de l’université de New-York. L’oeuvre fait l’objet d »analyses spectrographiques qui révèlent notamment des empreintes de mains sur le front du Christ. Elle est soumise à l’appréciation d’experts internationaux et jusqu’à Martin Kemp spécialiste reconnu et respecté de l’oeuvre de Léonard et de la Renaissance qui la reconnait comme authentique et de la main du grand maître. Puis en 2008 elle est étudiée au Met à New York et ensuite par la National Gallery et mise en comparaison avec la Vierge aux rochers. Les spécialistes sont sollicités des deux côtés de l’Atlantique et les conservateurs des grands musées donnent leurs avis.

En 2011 Salvator Mundi est accroché parmi les toiles de l’exposition [**Léonard de Vinci, peintre à la Cour de Milan*] à la National Gallery à Londres


[**- Éléments de controverse*]

De nombreux détails nous portent à considérer que ce Salvator Mundi n ‘est pas de la main de Léonard, n ‘en déplaise à cette agora de spécialistes qui aujourd’hui célèbrent la revenante. Trop de détails, et pour certains d’entre eux ils sont impressionnants ( le globe, nous y reviendrons), nous incitent à estimer que cette oeuvre avec toutes ses qualités que nous reconnaissons bien volontiers mais aussi ses défauts criants n’a pas pu être peinte par Léonard de Vinci.

– Absence totale de profondeur et d’épaisseur donc pas de densité volumétrique
– Visage lourd, sans expression, un œil plus petit que l’autre, c est tout bonnement impensable
– Pas de réfraction du vêtement derrière la sphère transparente que tient le sujet: inimaginable chez Léonard. [**Martin Kemp*] nous le savons, pense sur ce point différemment et considère que Vinci connaissait bien le cristal de roche et est louangeur quant au traitement pictural. Notre point de vue considère qu’il est strictement impossible que Léonard de Vinci en personne ait peint ce globe de cristal et n’eût point alors tenu compte de la distorsion des formes induite par le cristal, par l’optique, par l’effet de loupe. Il était au demeurant un si parfait scientifique, et en son temps tout particulièrement, pour ne point rendre compte de cette déformation.
– Main levée avec des doigts rabougris sans vie, sans expression
– Poignet et bras qui sortent de la manche lourds et inhabituels chez Léonard
– Chevelure bouclée inerte: pas de vent qui la fasse bouger: ne jamais oublier l’équivalence du mot biblique rouah ( roua’h ha-kodèch) signifiant en hébreu à la fois vent et esprit saint, ce que Léonard savait très bien
– Quant au traitement du menton on ne peut être qu’étonné qu’on ait un seul instant estimé que Léonard de Vinci ait pu le peindre avec tant de maladresse !
– Pour terminer, nous ignorons, faut-il le souligner, si des études ont été entreprises pour déterminer si la peinture est l’oeuvre d’un gaucher, d’autant plus que nous savons que Léonard de Vinci était le seul gaucher de son atelier, cela eût pu contribuer grandement à étayer la thèse de l’authenticité.

Nous restons … dubitatifs ( c’est le mot ?)

[**450,3 millions de dollars…*], et au téléphone, c est pas mal non, c ‘est même un record absolu ! Mais où est donc passé mon portable ?

[**Pierre-Alain Lévy*]


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Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 16/11/2017

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