Picasso in his innate genius

Existe-t-il un peintre plus célèbre au monde que [**Picasso*] (1881-1973) ? Bien évidemment, non. Né génie pictural, il arrive à [**Paris*] vers 1900. A l’époque la capitale était l’endroit du creuset de l’art moderne, le lieu de tous les possibles, là où de très nombreux artistes, toutes spécialités confondues, venaient poursuivre leur aventure personnelle en toute indépendance, exprimant toutes leurs aptitudes expressives. Picasso les dépassait tous, et de loin : il était capable de peindre plusieurs tableaux dans des styles différents, voire opposés, le même jour !

Pour donner une idée du travail effectué par le catalan, on précisera qu’il a créé [**1885*] tableaux et [**1228*] sculptures dans sa carrière, composée de près de [**cinquante mille œuvres*] de tout ordre… D’une incroyable facilité créative, ses périodes classiques, bleue et rose, furent vite dépassées par la plus importante invention de l’artiste, avec la collaboration de [**Braque*] : le cubisme.

C’est le [**cubisme*] qui incarne la réalité de la rupture avec l’art classique. Certes, expressionnisme et fauvisme avaient déjà montré une forme de cassure avec la tradition mais le renouveau que représente le cubisme est une révolution, aussi bien en peinture qu’en sculpture ou en architecture, dans la manière de penser et de créer l’Art.
Les peintures cubistes montrent des objets décortiqués sous forme analytique, d’abord décomposés puis ré-assemblés, dans l’optique de multiplier les points de vue. Conséquemment, les formes géométriques dominent sur des toiles où le sujet abordé est lié à la modernité. Les couleurs utilisées sont assez ternes, voire terreuses : bruns, ocres, gris, noirs…

Le cubisme se développe à partir d’un tableau de Picasso, considéré par les exégètes comme un « incunable du cubisme  »  : « Les Demoiselles d’Avignon », peint en [**1907*]. La première phase de cette révolution artistique est le « cubisme analytique  » (à partir de 1908), suivi du « cubisme hermétique  », arrive ensuite la période des « papiers collés », puis celle du « cubisme synthétique » qui s’achève dans les années 1920/25.

On classe ses expérimentateurs en deux groupes : celui de Montmartre avec [**Picasso, Braque*] et [**Juan Gris*], celui de Puteaux avec les frères Duchamp-Villon, Metzinger, Gleizes, Delaunay, Gris… Juan Gris faisant la navette entre les deux.

Quelques mots à propos d'[**Ambroise Vollard*] ( 1866-1939) : fils d’un notaire de l’île de la Réunion, il vient faire ses études de droit en métropole. Très intéressé par l’art moderne, il devient courtier en œuvres d’art dès 1890 et ouvre sa première galerie en 1893. Au départ très hostile au cubisme, il changera d’avis assez vite pour sauter dans le train en marche et gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, il accumulera de nombreuses toiles des plus grands novateurs durant sa longue carrière.

«Le portrait d’Ambroise Vollard», peint en [**1910*], appartient à la fin du cubisme analytique, à une époque qui voit Picasso passer au cubisme hermétique qui, comme son nom l’indique, pose des difficultés de compréhension qui n’existent absolument pas ici. C’est une huile sur toile de dimensions 93 x 66 cm, elle est conservé au musée Pouchkine de Moscou.

On notera, qu’en son temps, [**Cézanne*] avait réalisé un portrait de Vollard (1899) que Picasso connaissait et qui l’a impressionné.

Que voyons-nous exactement ? La surface de la toile est composée de très nombreuses facettes colorées, évoluant en satellites autour de la tête, centre psychologique de l’œuvre aux teintes ocres semblant irradier des couleurs plus sombres sur les côtés et au-dessus du visage de Vollard, alors qu’en dessous les clairs dominent, allant jusqu’à former des fonds presque blancs. Toutes ces variations lumineuses fragmentées sont codifiées et unifiées par la lumière dominatrice qui les structure.

Le personnage est parfaitement reconnaissable, soumis au jeu lumineux obtenu par l’artiste qui joue, très finement, de l’opposition entre déconstruction du motif et indices de reconnaissance faciales du modèle. La figure est présentée frontalement et centrée à mi-corps.

Vollard a les yeux fermés, paraissant reclus en lui-même plutôt que dormant. Une sorte de lenteur réflective jaillit de son visage, voire une pesanteur excessive. Ses lèvres minces ont un aspect minéral, sec, qui paraît indiquer une certaine froideur d’âme, laquelle est accentuée par le côté fermé, renfrogné de sa physionomie. Le nez cassé, le front haut, la lourde barbe, le col empesé, sont des caractéristiques réelles du marchand-galeriste. L’excès n’apparaît que dans la démonstration ovoïde du crâne du sujet ainsi que dans le rendu quasi-abstrait de sa veste. On notera que la notion de profondeur de l’espace est parfaitement visible, et lisible, sur la tête de Vollard qui donne l’impression optique d’être peinte en relief.

Une unité harmonieuse se dégage de cette œuvre : la matière picturale y est homogène et Picasso sait admirablement l’utiliser, notamment en lui imprimant un mouvement de rotation bien sensible dans l’expression du corps diffracté, alors que le visage semble fixe. De ce point de vue, cette toile est le résumé d’un univers particulier : un nuage gazeux (corps, espace environnant) entourant un cœur galactique( la tête).

Le spectateur n’a aucun mal à y reconnaître un portrait, même s’il n’est pas d’aspect classique. Nous sommes là à la croisée de deux mondes antinomiques qui ne vont pas tarder à entrer en conflit.

Ce tableau est donc une création pensée, travaillée, recherchée et construite d’un moment précis, d’un instant d’équilibre, précaire, dans l’expérimentation de l’Art Moderne par un génie universel dont la carrière débute à peine. C’est la raison qui a fait considérer cette toile comme un jalon indispensable à la compréhension du cubisme comme de l’évolution de l’art du Catalan. Comme chacun sait, il a montré l’amplitude de ses capacités en soixante-dix ans de travail…

[**Jacques Tcharny*]


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WUKALI 04/11/2017

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