Emile Cougut, our unflappable columnist and globetrotter, visits French Polynesia


Parfois, on a de la chance : un jour vous recevez un coup de téléphone de votre chef qui vous annonce qu’il a besoin de vous pour partir, dans le cadre professionnel, à [**Papeete*]. Habituellement c’est plutôt [**Charleville-Mézières*] (de préférence au mois de décembre) ou [**Aniche*] (dans la banlieue de Douai) qui ont besoin de vos lumières. Mais Papeete, sincèrement vous ne pensiez pas que votre collègue avait un tel humour noir : vous donner de l’espoir pour vous envoyer à [**Calais*]. Mais, à votre grande surprise, ce n’est pas une plaisanterie. Vous êtes sûr à 99% de la réalité de ce dur travail quand vous recevez votre ordre de mission et surtout votre billet d’avion : vu le prix, l’administration vous envoie bien en [**Polynésie*].

On ne part pas au mois d’octobre aux antipodes comme si on allait à Epinal voire à Brest, cela nécessite une préparation spécifique et la nécessité d’élaborer une vraie liste.
D’abord vérifier que le passeport est bien biométrique et toujours en cours de validité. C’est et de loin le plus facile, à une condition : se souvenir du lieu où il a été rangé depuis le dernier voyage.

Après et c’est plus que fondamental, se connecter à internet sur un site américain pour avoir le document ESTA. Heureusement il y a une traduction en français, et là vous lisez bien, au moins par deux, voire trois fois, pour surtout ne pas désobliger les autorités nord-américaines, tout en étant d’une sincérité, d’une transparence parfaite, car vous ne vous faites aucune illusion, tout sera vérifié, la moindre croix, le moindre mot, le moindre chiffre.

Alors vous certifiez que votre passage sur ce territoire (même en transit) n’a pas pour but de tuer le président, que vous ne faites pas partie d’un groupe terroriste, que votre but n’est pas d’introduire des fleurs, des animaux, du fromage (surtout au lait cru), etc. Vous finissez après plus d’une heure par arriver à la dernière page : il faut payer 14 dollars, votre première dépense pour le voyage. Il faut attendre encore trois jours, vous vous recontactez sur le serveur avec une certaine angoisse, et là vous lisez que vous avez obtenu le sésame : dans sa très grande bonté, comme vous êtes un citoyen totalement banal, les autorités américaines vous autorisent à poser vos pieds quelques heures sur leur territoire. Enfin, pas tout à fait, vous êtes en transit, donc, logiquement que dans des zones soumises au droit international et non nord-américain en général et californien en particulier (j’ai oublié de préciser que l’arrêt dit technique s’effectue à [**Los Angeles*]).

Maintenant il faut faire la valise en procédant à de savant calcul de poids. Votre bagage de soute ne peut excéder 23 kilos, soit. C’est beaucoup et peu à la fois, surtout que les 23 kilos valent aussi bien à l’allée qu’au retour et vous ne savez pas combien de kilos de souvenirs et autres commandes (entre les chemises à fleurs, la vanille et le vin local) vous allez être obligé de ramener. Soit il reste le bagage cabine, mais on ne peut pas tout y mettre et ce qui y est interdit, comme par hasard, c’est le plus lourd !

Avant de faire vos bagages, il est nécessaire de se connecter à quelques sites météorologiques. Pas qu’un, car très vite vous vous rendez compte que les prévisions sont parfois totalement contradictoires : certains vous promettent du soleil, d’autres des averses plus ou moins intermitantes, d’autres de véritables pluies dignes des pires moussons. Heureusement vous vous dites, que la technologie moderne a mis à votre disposition un outil extraordinaire : la toile. Grace à elle vous allez employer un système bien plus performant que les plus modernes, un système qui a fait ses preuves depuis quelques millénaires : l’avis du sachant, de l’autochtone, celui qui vit au quotidien dans le lieu où vous vous rendez, qui connait de façon quasi génétique, les variations climatiques.

Bon, bien sûr, il faut intégrer l’idée qu’il y a 12 heures de décalage entre la Polynésie et la Métropole, donc ne vous attendez pas d’avoir une réponse à votre angoissante question météorologique dans les 5 minutes, plutôt dans les 15 heures.

Je suis sincère, la réponse n’a pas été totalement à la hauteur de mes attentes, une réponse qui vous fait croire que les Polynésiens ont exactement la même mentalité que les Normands. Ainsi, vous apprenez que le mois d’octobre marque le début de la saison des pluies, mais que cette année elle semble être plutôt en retard. Toutefois au moment où votre contact local pianote sur son ordinateur, il pleut depuis 3 jours à [**Bora-Bora*]. En voilà une information : en soi ce n’est pas votre problème car vous partez pour TRAVAILLER et non faire du tourisme, mais en même temps, vous vous rendez compte qu’elle vous met très égoïstement un peu de joie au cœur car vous n’avez plus le regret de ne pas avoir le temps d’aller à Bora-Bora alors que vous en aviez envie.

Dans le même courriel, vous êtes informé que dans la « presqu’île », il pleut pas mal (vous en profitez pour vous questionner de savoir ce que peut bien être cette « presqu’ïle). Mais ni plus ni moins que d’habitude. Et oui en cet endroit les précipitations sont nettement supérieures à ce que l’on observe dans le reste de l’île. Bon… mais [**Papeete*], c’est quand même là que vous allez, par la force des choses (et du travail), passer le plus de temps. Des risques de pluie, bien sûr, mais peu importantes et loin d’être certaines. Un risque aussi de baisse de températures de 28° à 25°. Résultat, vous êtes certains que toute idée de lainage est de trop et qu’un simple parapluie (pliable et léger pour entrer dans la valise) devrait largement suffire.

Vous pouvez maintenant bâtir votre valise autour du susdit parapluie.

Première priorité, enfin, en ce qui me concerne, quels livres prendre ? Il ne faut pas oublier qu’à l’allée comme au retour il y a une vingtaine d’heures d’avion, que le soir je ne peux dormir sans avoir lu quelques pages et qu’en plus s’il fait beau, après m’être baigné dans l’océan Pacifique, durant l’opération séchage et bronzage, je sais que je vais lire. A chaque fois le support se doit d’être différent et le contenu aussi : on ne lit pas [**Spinoza*] à la plage, plutôt un simple policier. A cela faut-il rajouter un autre paramètre : le poids, car quoiqu’on en dise un livre représente une certaine masse. Peu importe son contenu, qu’il soit intéressant ou pas, il pèse son poids. Alors bien sûr on peut les répartir dans la valise et dans le bagage à main, mais cela demande une longue réflexion. Très pratique sont les volumes de La Pléiade : beaucoup de contenu dans un faible volume et avec un poids assez faible. Les revues elles pèsent peu, ne pas en oublier.

Le fondamental effectué reste ce que je considère être quelque peu l’accessoire : les vêtements. Evidemment tout d’abord les maillots de bain et une serviette de plage. Mais après, combien de bermudas : un, deux, voire trois ? Combien de polos et autres teeshirts ? Combien de chemises, enfin de chemisettes ? Pendant des heures vous vous lancez dans de savants calculs autour du nombre de jours que vous allez passer là-bas et du nombre de fois que vous allez potentiellement être obligé de vous changer. Et surtout ne pas oublier que le moindre morceau de tissu finit par peser dans la valise. Les mêmes calculs doivent être faits en ce qui concerne les chaussettes et autres sous-vêtements. Et puis ne pas oublier que vous partez pour TRAVAILLER, il faut donc au moins un ou deux pantalons. En ce qui concerne les cravates… comme par hasard quand vous êtes arrivé vous vous rendez compte que vous les avez oubliées. Selon quoi l’inconscient nous joue de sacré tour ! Et puis il faut rajouter une paire de chaussures, des mocassins noirs feront très bien l’affaire.

La valise est faite, reste le bagage à main : une biographie (700 pages avec de petits caractères) de [**Charlemagne*] et l’ordinateur pour travailler (on en reparlera après). Et voilà, tout est fait, enfin à peu près. Reste à aller acheter les pastilles de nicotine (plus de… beaucoup trop d’heures sans pouvoir fumer), de l’aspirine pour pouvoir fluidifier le sang (cela évite bien des problèmes au niveau des jambes), de retirer quelques euros au distributeur, et logiquement c’est fini.

Vous allez enfin partir. La veille, vous préparer vos vêtement pour le voyage : un jeans, une chemise (il fait froid en Métropole), une veste demi-saison, des chaussettes de contentions. Et surtout une vérification, non plutôt des vérifications de tous les documents et autres papiers utiles : passeport évidemment, carte bleue, argent liquide, ordre de mission, billet d’avion, etc.

Il ne reste plus qu’à essayer de dormir malgré une certaine excitation, car votre expérience vous fait savoir que l’avion (en classe économique) n’est pas le meilleur endroit pour se détendre et se reposer.

Et le Jour J, arrive…

[**A suivre…!*]
Prochain article, mise en ligne dimanche 5 novembre : «Emile Cougut arrive à Tahiti». Qu’on se le dise… !

[** Emile Cougut*]


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Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 03/11/2017

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