A painting looted from the collection of an estimated French politician assassinated by Vichy, found in Gurlitt Trove

C’est un« Kolossal» trésor, un dépôt monumental de 1500 tableaux volés par les nazis qui avait été découvert en novembre 2013 à Munich, une estimation avoisinant un milliard d’euros ! L’affaire [**Cornelius Gurlitt*] !

Ce dernier héritier de son père, [**Hildebrandt Gurlitt*] qui avait rassemblé cette ahurissante collection, dissimulait dans son appartement à Munich et dans une maison en Autriche cette inestimable trésor constitué d’oeuvres spoliées par les nazis. ( Voir les différents articles publiés sur ce sujet dans Wukali / Recherche: Gurlitt)

Voila qu’un des tableaux provenant de ce magot vient d’être identifié par les autorités allemandes qui ont tracé son origine. Il s’agit d’une peinture de [**Thomas Couture*] (1815-1879), «Portrait d’une jeune-femme assise», huile sur toile de 73,5cm sur 60cm, ayant appartenu à [**Georges Mandel*], brillant homme politique et ministre de la IIIème République.

[**Histoire de l’Art/ Histoire*], entre les deux, et pour paraphraser Joseph Conrad,: «il n ‘y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette». Cette infecte affaire Gurlitt est là pour nous le rappeler.


– [**Mémoire politique*]

[**Georges Mandel*] incarne la rigueur républicaine, le panache, une «certaine idée de la France», c’est un orateur hors-pair, un bretteur de mots subtil et redoutable. Il commence sa carrière politique auprès de [**Georges Clémenceau*] dont il deviendra la cheville ouvrière de son cabinet. En novembre 1919 il est élu député dans la chambre bleu-horizon puis rapidement Président du Conseil général de Gironde, conseiller municipal et maire de Soulac.

Sa carrière ministérielle débute sous le gouvernement[** Flandin*] en 1934 comme ministre des PTT. Pendant ce temps en Allemagne, [**Hitler*] tisse ses rêts où les démocraties vont tomber. Georges Mandel s’oppose farouchement aux Accords de Munich. Pendant« la drôle de Guerre» (3 septembre 1939- 10 mai 1940) Il prône la lutte farouche contre les Allemands. Las, le général Weygand, chef d’état-major général et commandant en chef des armées, pousse le gouvernent à capituler et à demander l’armistice. Quand en 1940 les Allemands envahissent la France, c’en est trop pour Mandel. Il est des très rares, avec un certain général de brigade du nom de [**de Gaulle*] à vouloir poursuivre le combat. De Gaulle avec le soutien et l’appui de Georges Mandel réussit à prendre un avion pour Londres. Mandel reste à Paris pour poursuivre l’action politique.

[**Pétain*] dans un premier temps le fait arrêter, comme il fera arrêter aussi [**Léon Blum*], puis l’expédie sur le[** Massilia*] qui part pour le Maroc. Il y retrouve des parlementaires (dont [**Pierre Mendes-France*], [**Jean Zay*] ,[** Édouard Daladier*] ) qui veulent aller en Afrique du Nord pour continuer le combat. Mais le Massilia est un piège, le paquebot à peine arrivé le 24 juin 1940 à Casablanca, ils sont rapidement arrêtés, accusés de désertion et renvoyés en France. Georges Mandel est accusé avec d’autres d’être responsable de la défaite, Vichy antisémite ad vomitum excipe de ses origines juives.

Ce sera le lamentable Procès de Riom voulu par Pétain. Georges Mandel sera condamné à la prison à vie, incarcéré avec Paul Reynaud dans un fort des Pyrénées, puis livré aux Allemands et déporté à[** Buchenwald*] avec [**Léon Blum*]. En 1944, à la demande de [**Vichy*], il est réexpédié en France à la prison de la Santé. Il en sera sorti et sera assassiné par les hommes de la Milice le 7 juillet 1944 en forêt de Fontainebleau. Ils se vengent ainsi de l’assassinat de leur chef, [**Philippe Henriot*], secrétaire d ‘état en charge de l’information sous Vichy, fasciste français notoire.

– [**Quand histoire et histoire de l’art se chevauchent, s’embrassent, s’enlacent et s’exaspèrent*]

Après l’arrestation de Mandel, les Allemands en août 1940, comme des charognards, fondent sur son appartement 67 avenue Victor Hugo. Ils le mettent en coupe réglée et saisissent mobilier, archives et oeuvres d’art. C’est la mission du «Sonderkommando Künsberg», une unité spéciale chargée de piller tout ce qui peut l’être, de s’emparer en France des bibliothèques, des archives ministérielles des ministères de l’intérieur, des Finances et de la Défense et des partis politiques, ainsi que des archives des Loges maçonniques d’une part, et de saisir les collections d’art appartenant à des familles juives.Ils obéissent aux ordres du juriste nazi et diplomate [** Eberhard Freiherr von Künsberg*].

Un an plus tard, le parti collaborationniste le Rassemblement national populaire de [**Marcel Déat*] (provenant de la mouvance des néo-socialistes), séquestre et occupe l’appartement de Mandel pour en faire son siège.

Au moment de son arrestation Georges Mandel vivait avec l’actrice [**Béatrice Bretty*]. Après la mort de Mandel en 1944, Béatrice Bretty, fut désignée comme son exécuteur testamentaire et tutrice de la fille du ministre, Claude Rotschild-Mandel. Après la fin de la guerre Béatrice Bretty établit un inventaire annoté des oeuvres spoliées. Cet inventaire est conservé aux Archives diplomatiques du Ministère des Affaires étrangères. On y trouve une référence au tableau de Thomas Couture : «portrait de femme à l’huile, buste, signé COUTURE».

Nous avions évoqué dans un précédent article sur cette sinistre période de l’histoire de France et de l’Occupation (voir archives dans Recherche: Gurlitt), la figure courageuse de [**Rose Valland*] (1898-1980). Rappelons que cette jeune femme, historienne d’art, membre de la Résistance, travaillait au musée du Jeu de Paume, transformé par les Allemands en un dépôt des oeuvres d’art pillées. Subrepticement elle prit note et inventoria le plus qu’elle put des 20.000 saisies. En outre, elle notait secrètement les destinations vers lesquelles en Allemagne ou en Autriche ces oeuvres étaient expédiées. C’est grâce notamment à ses qualités d’analyste scientifique des oeuvres d’art que le tableau de Thomas Couture a pu avec certitude être authentifié. En effet, Rose Valland avait remarqué une petite restauration dans la toile, un petit trou qui avait été réparé et apparait au niveau de la main de la jeune femme peinte. C’est grâce notamment à ce signalement que le tableau a pu être finalement identifié

[**Hildebrandt Gurlitt*], (le père de Cornelius Gurlitt) avait conclu en 1944 avec le marchand d’art belge [**Raphaël Gérard*] un accord, une espèce d’acte de co-propriété, un partage sur 70 oeuvres (pillées) dont le fameux Thomas Couture. Selon ce qui ressort de l’enquête conduite par les services fédéraux allemands, il semblerait que ce fut un stratagème pour exfiltrer plus facilement hors de France les oeuvres d’art et les importer discrètement en Allemagne et dissimuler le nom de Gurlitt qui ainsi n ‘apparaissait pas. En 1953, soit 8 ans après la fin de la guerre, des transports furent expédiées sans bruit jusqu’à Dusseldorf, dont le «Portrait d’une jeune-femme assise», avec comme indication d’origine( fausse bien entendu) celle d’une certaine Baronne de Gaujal.

Après la découverte en 2013 de cette incroyable collection aux mains de Gurlitt (père puis fils), les autorités allemandes ont été amenées à mettre en place un comité d’enquête le Gurlitt Provenance Research Project. Finalement les fines observations répertoriées de [**Rose Valland*] ont été déterminantes Elle avait découvert cette légère restauration de la trame qui «griffait» ainsi la toile. Dans le domaine de la filature une autre femme ô combien célèbre était elle aussi passée à l’histoire, à la postérité, et elle s’appelait Pénélope, mais c ‘est une toute autre affaire et il y a si longtemps…!

Quant à [**Thomas Couture*], les amateurs les plus avisés retiendront de lui son tableau «Les Romains de la décadence» (1847), qui le fit connaitre comme peintre d’histoire et où il fustigeait la monarchie de Juillet. Plus intéressant pour ce qui le concerne c’est son rôle de maitre d’atelier et de professeur. En effet il eut pour élèves [**Pierre Puvis de Chavannes*] et [**Edouard Manet*] pas moins ! Il est aussi l’auteur d’un ouvrage de référence sur la peinture : Méthode et entretiens d’atelier (1867).

Histoire, Histoire de l’art, qui de l’oeuf et de la poule ?

[**Pierre-Alain Lévy*]


Illustration de l’entête: Thomas Couture, «Portrait de jeune femme assise» (1850–55). Détail du trou réparé. Photo: Mick Vincenz. © Kunst und Ausstellungshalle der Bundesrepublik Deutschland GmbH

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Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 28/10/2017

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