With a music by John Cage , Angelin Preljocaj’s ballet inspired by the Salem witch trials, remembrance of a haunting America


Deux œuvres « américaines » d’[**Angelin Preljocaj*], deux superbes reprises offertes au public du Grand Théâtre d’Aix en Provence les 19, 20 et 21 octobre. Spectral Evidence, créé en 2013, et La Stravaganza, en 1997 pour le New York City Ballet.

Elles n’ont pas été dansées depuis longtemps. Et voilà que les interprètes les réactualisent pour notre plus grand plaisir dans cette superbe version. Dans « Spectral evidence », on est à la fois subjugué et glacé par le propos. Sur des musiques de [**John Cage*], la chorégraphie se déroule de manière fluide et évidente ; tout est limpide dans ce ballet du désespoir, ballet de l’effroi de ces femmes jugées que l’on appelait les sorcières de Salem. Des femmes innocentes condamnées ; c’était il y a bien longtemps, en 1692, mais ce procès glacial fait encore écho en nous, tant ce quasi huis-clos nous renvoie à des injustices plus proches de nous.

Ce ballet est d’une élégance rare, entre comédie musicale et ballet classique. Nul besoin de parler, tout est dit. Dans des mouvements saccadés, des corps meurtris, des robes blanches tachées de rouge, « poignardées » dans le dos par la cruauté des hommes ; des gestuelles exacerbées, des lumières effrayantes qui font soudain place à la pénombre… jeu de lumières, le blanc et le noir, le bien et mal, on y revient et c’est, d’un point de vue esthétique, magnifique. Surprenant travail des jambes et des mains, qui se mettent à mouliner de désespoir. Et toujours chez ces danseurs, une vivacité athlétique qui laisse le spectateur pantois, abasourdi. Entre puritains et sorcières le dialogue est rompu. Peu de décors. Des modules que l’on bouge, formant des lignes géométriques sur lesquelles on glisse, on grimpe, derrière lesquelles on se cache aussi. Ici, des espaces libérés font craindre le vide. Puis ces modules devenus cercueils s’embrasent, et les danseuses semblent happées par les flammes. On rêve de résurrection !


On rencontre souvent le choc des cultures, dans les œuvres d’[**Angelin Preljocaj*]. Des cultures qui ne vivent pas toujours bien leurs différences. C’est aussi son cheval de bataille : dénoncer l’intolérance avec un vocabulaire bien à lui, sophistiqué et simple à la fois, compréhensible de tous. Ces deux spectacles joués à la suite, sont là pour nous plonger dans deux univers éloignés et nous surprendre encore.

Le temps d’un entracte et on se réveille ailleurs. On saute dans le passé, puis on revient dans le présent, repensé. On bascule entre le nouveau Monde et le vieux continent. C’est le choc des époques qui nous surprend le plus dans l’extravagante « La Stravanganza ». Un nom bien porté, Extravagante. Des extraits du concerto N° 8 de [**Vivaldi*] flirtent avec le ballet classique lorsque soudain, les gestuelles déliées et les mélodies laissent place aux mouvements « mécanisés» et la musique électro. Deux tribus, en quelque sorte se télescopent. A la rencontre d’une culture inconnue, d’une terre inconnue. Les danseurs s’observent. Imaginez les danseurs et danseuses, tout de blanc vêtus qui dansent sur Vivaldi. Magique ! Des costumes sobres pour les premiers, des costumes d’époque baroque pour le second groupe. Dans les deux cas, chaque geste semble maîtrisé au millimètre près. Lorsque les uns s’interrompent, les suivants enchainent, sur le même concerto de Vivaldi, dans des morceaux différents. Les musiques vont s’entremêler, le maitre de Venise et l’électro acoustique… de même que les danseurs qui vont inventer une complicité peu ordinaire. A voir se croiser les êtres, les musiques, les époques, les cultures, on se dit plus que jamais que c’est toujours la belle alliance des influences qui crée un style.

[**Pétra Wauters*]


Illustration de l’entête: Spectral – © Jean-Claude Carbonne

Pour en savoir plus sur la programmation 2017/2018


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WUKALI 25/10/2017

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