An unidentified man found dead on a beach in Australia during the Cold war, who is he ?

Dans l’article précédent nous avons découvert l’histoire étrange de cet homme découvert mort à 6 h 30, le 1er décembre 1948 sur la plage de Somerton près d’Adélaïde eu Australie. Son allure est étrange, il est très élégant. Impossible de déterminer qui il est, la police enquête, les autorités australiennes sont perplexes , on est en pleine guerre froide, et les tentatives d’infiltration soviétiques sont nombreuses… voici la suite…


Depuis 70 ans, toutes les tentatives pour craquer le code ont échoué. En 2014 un linguiste, assisté par un ordinateur, a fini par comprendre ce que beaucoup avaient, intuitivement, compris : les lettres sont les initiales d’un texte en anglais, une sorte d’aide-mémoire ou de pense-bête, pas un code et l’on ne pourra jamais savoir ce qu’il signifiait.

En [**1994*], [**John Harber Phillips*], juge suprême de l’état de Victoria, a réétudié l’affaire. Il a conclu à un empoisonnement par digitaline car l’engorgement des organes est caractéristique. Trois mois avant la mort de l’inconnu de Somerton, le 16 août 1948, la digitaline était soupçonnée dans la mort du secrétaire-adjoint au Trésor américain, [**Harry Dexter White*]. Il était accusé d’espionnage au profit des soviétiques..
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L’affaire est toujours ouverte au département des homicides de la police d’Australie du sud. La société historique de la police d’Australie du sud détient toujours le buste, qui contient des mèches de la victime. L’exemplaire des Rubayiat fut perdu dans les années 50. Nul ne sait comment. La mallette a été détruite, en 1986, comme inutile, et les déclarations des témoins ont disparu au fil du temps…Pas très catholique tout ça, c’est le moins que l’on puisse dire. Il ne restait plus guère d’espoir de connaître la vérité…

**[**8-Rumeurs*]

Dès que la police se mit à patauger, les journalistes s’emparèrent de l’affaire. Ils commencèrent leurs investigations en s’intéressant au curriculum des différents protagonistes de l’histoire mais, curieusement, en oubliant [**« Jestyn »*]. Elle avait joué à l’idiote de manière géniale et tous s’étaient laissés prendre, même les reporters apparemment…

Très vite, ces derniers apprirent qu'[**Alfred Boxall*] avait été lié au monde de l’espionnage militaire pendant la guerre : il fut détaché pour des opérations spéciales sous le commandement direct d’un officier général. Il fut si efficace qu’il passa du grade de caporal suppléant à celui de lieutenant en trois mois ! On aimerait avoir plus d’informations sur ce qu’il fit pour être récompensé ainsi…

Ce renseignement vaut de l’or : il éclaire sous un jour nouveau la rencontre entre Boxall et « Jestyn », qui ne fut pas un hasard mais bien le résultat d’une volonté délibérée des « supérieurs » de cette si belle femme, en vue de l’obtention d’informations secrètes. L’issue ne dut pas en être convaincante puisque ils ne se revirent jamais, contrairement à ce qu’elle affirma. La conséquence logique de cette découverte, c’était de penser que la mort de l’inconnu de Somerton était liée à l’espionnage soviétique en Australie : pour une raison précise l’homme, un espion au service des Russes, aurait été liquidé grâce à un poison puissant, par des tueurs indéterminés travaillant pour l'[**URSS*]. Le pas fut vite franchi par les journalistes et l’idée s’afficha à la « Une » de biens des quotidiens.

On fit le rapprochement avec deux faits :
-le corps fut trouvé près d’Adélaïde, la capitale régionale la plus proche de [**Woomera*], site top-secret servant de base de lancement de missiles et de centre de renseignement.

-En avril 1947 les services de renseignements américains s’aperçurent que du matériel top-secret avait fuité, depuis le ministère des affaires étrangères australien vers l’ambassade soviétique de Camberra. Les Américains en tirèrent les conséquences en refusant tout transfert d’informations sensibles à l’Australie. Comprenant le danger, la réponse australienne fut immédiate : la création d’un service de sécurité et d’un service de contre-espionnage, tous deux nationaux.

**[**9- L’affaire Mangnoson*]

Le 6 juin 1949, le corps d’un enfant de 2 ans,[** Clive Mangnoson*], est découvert à 20 km au sud de Somerton, en suivant la côte. Il était enfermé dans un sac. Son père, Keith Waldemar Mangnoson, gisait près de lui, inconscient et sévèrement blessé. Embarqué à l’hôpital dans un état de grande faiblesse, il fut transféré, carrément délirant, dans un hôpital psychiatrique. Le père et le fils avaient disparu depuis 4 jours. Le légiste pensait à un meurtre mais il ne put en déterminer la cause réelle. Jamais le père ne recouvra la santé mentale. Il fut mis hors de cause dans l’assassinat de son fils mais il passa sa vie d’hôpital psychiatrique en hôpital psychiatrique et ne fut jamais en état de raconter ce qu’il avait vécu. Que pouvait-il donc savoir de si compromettant pour avoir subi un traitement pareil?

La mère de l’enfant, [**Roma Mangnoson*], indiqua qu’un individu masqué l’avait menacée et avait tenté de la tuer en fonçant sur elle en voiture. Elle précisa que son mari pensait avoir reconnu «[** l’inconnu de Somerton*] », qui aurait été un certain [**Carl Thomsen*]. Lequel avait travaillé avec son mari en 1939…Cette piste ne fut jamais exploitée…

Plusieurs appels anonymes menaçants, sur le même sujet, furent reçus par la Largs North Progress Association et par le maire de Port Adélaïde [**A.H.Curtis*]. L’enquête policière diligentée n’aboutit à rien… Troublant, n’est-ce pas ? Mais pas autant que ce qui suit :

**10- [**L’affaire Marshall*]

En juin 1945, un singapourien de 34 ans, [**Joseph Saul Haim Marshall*] fut retrouvé mort dans Ashton Park, Mosmam, Sydney, avec une copie des Rubayiat d’Omar Khayyam sur le torse. On pensa alors qu’il s’était suicidé en s’empoisonnant. Cet homme était le frère de l’avocat et premier ministre de Singapour, [**David Saul Marshall.*] Quel rapport avec l’inconnu de Somerton ? C’est que « Jestyn » a donné à Boxall une copie des Rubayiat deux mois après la mort de Marshall. Cela se passait à Clifton Garden, juste à côté d’Ashton Park. L’enquête diligentée sur la mort de Marshall eut lieu le 15 août 1945. Une femme nommée [**Gwenneth Dorothy Graham*] témoigna. Apparemment elle savait pas mal de choses car, 13 jours plus tard, elle fut retrouvée morte dans sa baignoire, les poignets ouverts. S’en suivit une nouvelle enquête qui n’aboutit à rien.

Les coïncidences n’existent pas dans le domaine policier, et encore moins dans celui de l’espionnage. Il est parfaitement évident que tous ces événements sont liés entre eux, et qu’ils sont les conséquences d’une orchestration, volontaire et déterminée, par une organisation puissante et structurée.

Laquelle ? C’est toute la question. Naturellement, cela nous apparaît tel un iceberg : dix pour cent au-dessus de la mer, quatre-vingt dix pour cent invisible…

Puis le temps passa et l’on ne découvrit rien de plus. L’affaire ne fut jamais oubliée : elle avait fait trop de bruit de par le monde, mais elle n’était plus prioritaire. Comme déjà précisé, l’exemplaire des Rubayiat fut perdu, la mallette fut détruite, les procès-verbaux des témoins disparurent et les années s’écoulèrent sans que de nouveaux faits apparaissent.

C’est alors que, en [**2009*], plus de 60 ans après les faits, une équipe
de l’Université d’Adélaïde, menée par le[** professeur Derek Abbott*], va essayer de craquer le code et de résoudre l’affaire. Elle échouera pour le code mais proposera la solution probable de l’énigme. Celle-ci dépasse l’imagination des meilleurs scénaristes de roman noir et de cinéma.

**11- [**Abbott entre en scène*]

Rappelons d’abord qu'[**Alfred Boxall*] meurt en 1995, suivit par « [**Jestyn*] » en mai 2007 et par[** Robin*], le fils de « Jestyn », en mars 2009. Les protagonistes de l’histoire sont donc tous morts quand le[** professeur Abbott*] entre en scène en 2009. Cela facilitera ses investigations. Il va faire preuve d’une logique, d’une persévérance, d’un flair de vieux routier de la police comme il n’en existe que dans les romans noirs.

Il remarque, en premier, que la différence entre la marque de cigarette du paquet et celle des cigarettes retrouvées dedans était due à la pratique, courante à l’époque du fait que le rationnement était toujours effectif, d’acheter des cigarettes de qualité moyenne et de les introduire dans un paquet de marque, forcément plus cher. En vérifiant, il s’aperçoit que Kensitas était la marque la plus chère. De cela il conclut que le poison devait avoir été introduit dans les cigarettes, qui furent échangées sans que l’inconnu s’en aperçoive. L’homme était donc surveillé par ses ennemis. Abbott a aussi exploité la piste du carton de fil Barbour et il a découvert des variations dans les emballages, ce qui devrait fournir des précisions sur le pays où il a été acheté.

Les rapports d’autopsie ont, eux aussi, disparu… Étonnant, n’est-ce-pas ? Vraiment, on ressent un malaise profond à constater tous ces manquements à la déontologie la plus élémentaire. De qui se moque-t-on ? Cette volonté d’enterrer l’affaire, pour des motifs de géopolitique mondiale, ne peut que nuire à la confiance nécessaire que doivent avoir les populations envers leurs dirigeants, en Australie comme ailleurs. Peut-être que les politiciens étaient trop incompétents pour que leurs comportements deviennent publics…

Le meilleur professeur d’anatomie de l’université d’Adélaïde, [**Macieh Henneberg*], est appelé en renfort par Abbott. En examinant l’oreille de l’homme de Somerton, il se rend compte que la conque est plus grande que la fosse naviculaire, une particularité qui ne se rencontre que chez 1 à 2 % de la population de type caucasien.

Au regard de la dentition de l’inconnu, Abbott décide de consulter un expert dentaire. Lequel lui indique que l’homme était atteint d’hypodontie* aux niveaux des deux incisives latérales, une particularité génétique rare qui touche 2 % de la population mondiale.

Abbott continue ses investigations. Illuminé d’une idée géniale, il décide de se procurer une photo de Robin, le fils de « Jestyn », en 2010, soit un an après le décès de Robin. Et là, stupeur : Robin présente les deux caractéristiques de l’inconnu de Somerton ! La génétique a parlé et lui donne la solution de l’énigme, aussi stupéfiante qu’elle soit : Robin est le fils naturel de l’inconnu de Somerton. « Jestyn » a donc menti en affirmant ne pas connaître cet individu.

Pour valider définitivement la découverte, il faut exhumer le corps de l’inconnu de Somerton et faire des tests ADN. Abbott s’adresse donc à la justice pour obtenir cette autorisation. Stupeur : le procureur fédéral [**John Rau*] la refuse !
Cette péripétie inimaginable ne peut s’expliquer que par la volonté du gouvernement australien d’étouffer l’affaire. Pourquoi ? Nous verrons cela bientôt.

**12-[**Rebondissements*]

En 2011, une femme, vivant à Adélaïde, contacte Macieh Henneberg au sujet d’une carte d’identité d’un certain [**H.C. Reynolds*] qu’elle a trouvé dans les affaires de son père décédé. Elle ignore de qui il s’agit, n’en a jamais entendu parler mais trouve que cet individu offre une certaine ressemblance avec l’homme de Somerton, dont elle a vu des photos. Elle donne donc ce document à Henneberg. C’est une carte délivrée aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale.

L’anthropologiste se met au travail et obtient un résultat probant : les similitudes entre le nez, les lèvres et les yeux sont évidentes mais ce qui emporte sa certitude, ce sont les oreilles quasiment identiques et un grain de beauté sur le front, que l’on retrouve au même endroit et dans la même position sur les deux photographies. C’est donc un « marqueur unique » qui identifie, sans risque d’erreur, l’homme de Somerton avec cet H.C.Reynolds.

La carte d’identité porte le numéro 58757, a été délivrée le 28 février 1918 à H.C.Reynolds, qui se déclare anglais et âgé de 18 ans. L’âge est compatible avec celui de l’homme de Somerton. Mais était-il réellement anglais ???

Toutes les recherches effectuées aux États-Unis, en Australie et au Royaume-Uni pour en savoir plus sur cet homme sont restées vaines. On aimerait pouvoir répondre aux questions qui viennent à l’esprit : comment et pourquoi cette carte se trouvait-elle dans les documents conservés par le père décédé de cette femme ? Quels étaient les liens entre les deux hommes ?… Nous ne saurons rien de plus.

En 2013, les membres actuels de la famille de « Jestyn » et de son mari Prosper Thomson donnent différents interviews. [**Kate Thomson*], la fille de « Jestyn » et de Prosper, déclare devant les téléspectateurs médusés que sa mère lui a avoué qu’elle connaissait l’identité de l’homme de Somerton et qu’elle a menti à la police, mais que : « son identité était connue à un niveau plus élevé ». Lequel ? Celui des dirigeants politiques en place à l’époque des faits et celui de l’organisation du contre-espionnage
australien, c’est évident, et par les services spéciaux qui procédèrent à l’assassinat de l’homme de Somerton, avec la complicité de « Jestyn » : les soviétiques. Rappelons que « Jestyn » est censée être née en Australie et que ni sa mère ni son père ne sont d’ascendance russe.

Kate va révéler, en direct à la télévision, un autre fait capital qui explique le fond de cette histoire : sa mère était intéressée par le communisme et ELLE PARLAIT COURAMMENT LE RUSSE !

Elle refusa de dire à Kate où elle avait appris cette langue, ni pourquoi. Kate en concluait que « Jestyn » et l’homme de Somerton étaient des espions et qu’ils s’étaient rencontrés quelque part, autrefois.

Par piété filiale peut-être, par peur sûrement, Kate ne faisait que la moitié du chemin: en 1948 en Australie, imagine-t-on sérieusement qu’une infirmière issue d’une petite ville de province parle couramment le russe ? Ce serait absurde.

Il est anormal qu’aucun journaliste, ou policier, n’est jamais cherché à reconstituer l’existence, très bizarre, de cette belle et étrange femme. Il n’y a que deux solutions à cette énigme :

Soit [**«Jestyn »*], très jeune adepte du communisme, a été recrutée par les russes avant la guerre et expédiée en [**URSS*] pour être formée idéologiquement et ne reconnaître qu’une seule et unique patrie : celle du communisme. Puis elle aurait été renvoyée en [**Australie*], où elle aurait repris une vie normale et des études d’infirmière, tout en étant un agent dormant que l’on activait suivant les nécessités du moment. Sa date de naissance, sa connaissance profonde du russe et le fait qu’elle avait des parents chez qui elle se cacha au début de sa grossesse à la fin de 1946, son sang-froid exceptionnel, tout ces éléments tendent à décrédibiliser cette hypothèse.

Soit « Jestyn » est une vraie russe, au service de son pays et du communisme régnant, qui a usurpé, d’une manière ou d’une autre, l’identité d’une personne morte de ce nom. Elle aurait été préparée et formée à prendre cette nouvelle identité australienne que personne ne pourrait lui contester. Ce genre de pratique fut courante de la part du [**KGB*] soviétique, plutôt après la guerre mais rien ne l’empêche avant. Ce qui expliquerait beaucoup mieux sa connaissance étendue de la langue russe, mais les implications sont nombreuses : son père et sa mère auraient été des « faux », eux aussi fabriqués par le KGB, et un véritable réseau d’espionnage russe aurait existé en Australie dès 1936/38.

**13-[**Essai de reconstitution historique*]

Que conclure ? Lorsque nous essayons de relier la chaîne des événements entre eux, nous nous heurtons à une difficulté matérielle : nous ne connaissons pas tous les faits. Certains maillons nous échappent parce qu’ils sont demeurés secrets, tout au moins pour le bon peuple. Mais les découvertes d’Abbot et Henneberg permettent de pénétrer au cœur de cet écheveau et d’en tirer des conclusions que personne ne peut nier :

[**Reynolds*] a du naître vers 1900, nul ne sait s’il était vraiment anglais ou d’une autre origine, « Jestyn » naquit vers 1920.

[**« Jestyn »*] et Reynolds se sont connus avant guerre, en [**URSS*], où ils furent tous deux formés au métier d’espion.

Une histoire d’amour exista entre eux. Elle fut forte mais « le devoir communiste » les a séparés : « Jestyn » part en Australie accomplir le destin pour lequel elle a été formé, Reynolds pour une autre destination. Leur lien ne fut jamais rompu puisqu’ils devaient se retrouver sur l’île-continent, au plus tard en 1946 mais plus probablement dès 1945 : tous deux ont participé à l’exécution, par empoisonnement, de [**Joseph Saul Haim Marshall*], le frère du premier ministre de Singapour David Saul Marshall, comme le prouve la présence du livre des Rubayiat d’Omar Khayyam sur le corps de cet homme, mort à deux pas de la maison où vivait « Jestyn ». Le motif du meurtre, décidé par la hiérarchie supérieure, nous échappe mais il ne peut être que politique : avertissement à David Saul Marshall ?

L’histoire d’amour reprend et « Jestyn » se retrouve enceinte. Ce qui n’a pas du plaire à la hiérarchie des espions de l’Est. Comment était-il possible de se laisser aller ainsi au détriment de son devoir ??? Reynolds est blâmé et renvoyé d’Australie. Comme il est assez brillant, la punition s’arrête là et sa hiérarchie l’expédie Dieu sait où. Pendant ce temps, « Jestyn » séduit Prosper Thomson qui accepte de reconnaître Robin, le fils de Reynolds. Elle l’épousera plus tard et aura une fille avec lui : Kate.

Reynolds ne l’entend pas de cette oreille et, crime suprême, désobéit. Il revient en Australie pour revoir sa bien-aimée et son fils, s’il savait « Jestyn » enceinte, ce qui paraît probable. Ils se revoient en cachette comme le prouve le séjour de Reynolds à l’hôtel devant la gare d’Adélaïde. Craignant les représailles suite à sa désertion, il se cache dans divers hôtels, comme celui d’Adélaïde. Il écrit au dos de son exemplaire des Rubayiat les fameuses lignes indéchiffrées et les deux numéros de téléphone, dont celui de « Jestyn », en liste rouge mais qu’un espion de classe comme lui trouve facilement. Il apprend tout cela par cœur, puis il jette le livre pour une raison facile à comprendre : ce livre, d’une manière ou d’une autre, lui sert de code et de contact avec les membres de son réseau d’espions. A l’époque, les Rubayiat devait être le signe de reconnaissance, comme la mémoire, des espions soviétiques dans la région. Ce qui impliquait un code secret qui devait figurer dans ce livre. Garde-t-il par mégarde le bout de papier inscrit des mots : « Tamam shur  » ? Ou y a-t-il un motif de fond du genre « clé de déchiffrement » ?

Malheureusement pour lui, « Jestyn », par peur des représailles ou parce qu’elle a rencontré Prosper, a prévenu son chef de réseau du retour de Reynolds. Devenu dangereux, les espions organisent un traquenard dans lequel il tombe. L’a-t-il revue de nouveau? a-t-il été empoisonné avant ? L’a-t-elle empoisonné elle-même ? Le résultat est identique : Reynolds meurt dans les conditions que nous avons décrites. Son corps est transporté au bord de la plage : ce qui nécessite au moins deux hommes costauds et une voiture discrète. On le dépose délicatement sur le rebord de la digue. Vu les précautions prises, on ne voulait pas que l’inconnu soit identifié. Les assassins ont réussi leur coup : ils n’ont pas oublié de retirer toutes les marques des vêtements que porte Reynolds.

C’est seulement lorsque le livre est retrouvé que les enquêteurs apprennent l’existence de « Jestyn ». Laquelle a du être surprise d’être contactée par la police. Lesquels sont très gentils avec elle, ne la bousculant pas. Prenant confiance devant la naïveté ( pour ne pas dire autre chose) des policiers, elle peut leur raconter n’importe quoi : ils goberont tout. Le seul moment où elle faillit s’écrouler, c’est lorsqu’elle vit le buste représentant l’homme qu’elle a sans doute le plus aimé et qui était le père de son fils.

La suite est connue mais nous devons préciser un point : « Jestyn » a avoué à sa fille Kate avoir menti, en ajoutant que la vérité est connue en haut lieu. Ce qui signifie que soit elle a parlé au contre-espionnage australien en échange de l’immunité et de sa protection, soit elle sait tout par le réseau pro-soviétique opérant sur le sol australien. Mais, de toute évidence, elle a reçu l’assurance de n’être jamais inquiétée. Nous ignorons pourquoi et comment. Son nom ne sera même pas prononcé en 1958, lorsque le médecin-légiste de l’époque reprendra l’enquête. Pour quelle raison ?

La terrible aventure de la [**famille Mangnoson*], racontée au paragraphe 9, semble indiquer que le personnage rencontré par Monsieur Mangnoson en 1939, [**Carl Thomsen,*] devait être Reynolds. Pour le réseau un tel rapprochement pouvait provoquer un désastre si les policiers faisaient le lien. D’où la mort de l’enfant et l’injection de drogues violentes au père, qui ne s’en remettra pas.

Mais qui était réellement ce « Reynolds » ? Nous ne le saurons jamais, car les archives du KGB resteront muettes pour nous.

**14-[**Epilogue*]

Voila ce que l’on peut dire, aujourd’hui de cette extraordinaire histoire dont les conséquences, qui nous échappent en partie, ont du être bien plus importantes que nous ne pourrions l’imaginer : codes changés, utilisation de poison abandonnée au profit des armes à feu pour liquider quelqu’un, procédures de sécurité renouvelées et naissance du contre-espionnage australien.

Comme écrit au début de ce récit : la réalité a dépassé la fiction. Le monde de l’espionnage entre grandes puissances est impitoyable….

[**Jacques Tcharny*]


*l’hypodontie est une condition où une personne a des dents manquantes qui ne se sont jamais développées.


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WUKALI 19/09/2017

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