In the core of French judiciary police, a legend !

[**Mathieu Frachon*] nous livre son enquête. Et oui un mythe une légende urbaine vient de s’achever : après 129 ans la police judiciaire de la Préfecture de police de Paris déménage du 36 quai des orfèvres au 36 rue du Bastion. Soit, c’est le même numéro, mais pas le même quartier (de l’île de la cité au boulevard des Batignoles) ni surtout le même bâtiment. Soit les nouveaux locaux sont adaptés à recevoir un service de police du XXIéme siècle (l’ancien pouvait à peine y accueillir un de la fin du XIXéme), soit il y a des ascenseurs, soit la ventilation entre les différentes unités répondra à une rationalité certaine, mais…

Mais il y manquera au moins pour un certain temps, une âme un «égrégore», une histoire. Car le [**« 36 »*](celui du quai des orfèvres a une âme, fait partie intégrante de notre culture grâce aux hommes qui y ont travaillé, grâce aussi au travail qu’il y ont effectué, et aussi voire surtout grâce aux journalistes, écrivains, cinéastes qui ont fait vivre de l’intérieur ce monument, qui ont permis à ceux qui n’y ont jamais mis les pieds (c’est à dire l’immense majorité et des parisiens, et des touristes et des Français) de l’imaginer, de se projeter, de se l’accaparer, de le placer dans notre univers quotidien,
les journalistes ont joué un rôle non négligeable, depuis que les patrons de presse ont compris que les faits divers, surtout les plus sanglants, les plus sordides, font vendre bien plus que les articles de « fond », sérieux, sociétaux, Et aujourd’hui, ce constat est toujours aussi vrai, quelque soit le média, les faits divers font bien plus d’audience qu’un émissions culturelle, Et il est certain que le 36 fut un pourvoyeur non négligeable de faits divers bien sordides.

Les écrivains ont aussi porter leur pierre à l’édifice du mythe. Les écrivains qui sont rarement des policiers de formation, [**Mathieu Frachon*] fait le constat que ce n’est qu’exceptionnellement qu’un policier fasse un bon écrivain. N’est pas [**Simenon*] qui le veut. Simenon, cornaqué par le patron de la sûreté de l’époque qui se voit ouvert le 36 pour qu’il puisse s’imprégner du lieu, de sa culture, des méthodes de travail. Qui n’a jamais imaginer dans sa tête le commissaire Maigret poussant la porte de son bureau le 315 ? Si Maigret eut tant de succès, c’est avant tout parce que l’univers dans lequel il évolue est très proche de la réalité.

Et puis il y a le cinéma. Si parmi tous les films qui ont en toile de fond le 36, qui même quand il n’est qu’une vague allusion domine quand même par sa présence, il y en a un que l’on doit retenir (et voir et revoir) c’est bien Quai des orfèvres avec [**Louis Jouvet*] et [**Bernard Blier*]. Bien sûr, les méthodes policières ont énormément évolué, mais l’atmosphère du 36 en particulier et d’un service de police judiciaire perdure encore de nos jours.

A travers de courts chapitres, Mathieu Frachon nous raconte le 36, de sa création à son déménagement. Ce sont des anecdotes, des portraits de certains occupants du « patron » au simple enquêteur, enfin tout ce qui a contribué à la formation de ce mythe : les Anglais ont Scotland Yard, les Français ont le « 36 ».

Bien sûr, transpire une certaine nostalgie à travers les lignes (un interrogatoire dit à la chansonnette durant 17 heures n’est plus possible, le saut (pour le plaisir) dans les filets de protection n’est plus imaginable, etc.), mais comme dit l’auteur en conclusion, c’est maintenant que les policiers du 36 du Bastion vont devoir faire évoluer le mythe : il ne sera pas le même que l’ancien, mais différent et tout aussi fédérateur.

[**Félix Delmas*]


[**Les dessous du 36
Mathieu Frachon*]
éditions du Rocher 15€90


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WUKALI 03/10/2017

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