Ionesco, puns, play of words and situations to absurdity

Du 26 au 30 septembre, le public du Théâtre du jeu de Paume d’Aix en Provence s’est régalé avec cette Cantatrice chauve qui décoiffe.

[**Pierre Pradinas*], bien inspiré, a mis en scène ce monument du théâtre de l’absurde. On se souvient de la Cantatrice chauve, ceux qui ont lu le livre n’ont pas pu l’oublier. Une pièce rare, un bijou du genre et les lecteurs ont sûrement gardé en mémoire ces personnages décalés de la pièce d’[**Eugène Ionesco*] : Monsieur et Madame Smith et Monsieur et Madame Martin, la bonne Mary, et enfin, le capitaine des pompiers. Des personnages à priori « normaux », sauf dans leurs propos.

[**La Cantatrice chauve*], écrite en [**1950*], n’a pas pris une ride, et en 2017 on rit toujours autant dans cette version bien actuelle offerte par Pierre Pradinas. Le texte de Ionesco fait mouche aujourd’hui encore. Car le monde qui est décrit, notre monde à nous, vous en conviendrez, est toujours aussi absurde. Profitons-en pour rire de nous-même, ça fait du bien. Idées creuses, et propos décousus, on est capable de tout !

Le duo [**Pradinas/Bohringer*] fonctionne à merveille. Ils ont travaillé ensemble à maintes reprises, ([**Labiche, Tchekhov*] etc) et se connaissent bien. Dans ce registre encore inexploré, [**Romane Bohringer*] excelle. Ultra expressive, elle aligne des idées sans suite et sans logique de façon irrésistible. [**Ionesco*] l’aurait aimée. Et le public l’aime. Pour preuve sa nomination aux Molières 2017 dans la catégorie « Molière de la comédienne dans un spectacle de Théâtre public ». On y croit !

Les Smith reçoivent les Martin à la maison, dans un intérieur bourgeois de la banlieue de Londres. Ils s’échangent des banalités.

Intérieur bourgeois, mais le décor est carrément hallucinogène, voire psychédélique. Comme il sied à merveille aux propos, ma foi, nos yeux s’habituent, et on se laisse davantage accrocher par les mots, que par les motifs bigarrés sur les murs, le canapé, le plafond, les gobelets, le plateau, le sol, et même la grande pendule du salon.
Interactive la pendule ! Elle rythme la pièce, donne le ton, sonne sans arrêt les heures de façon bizarre. Pourtant au début, elle marque l’ennui. On baillerait presque. Car on n’arrive pas à suivre, entre l’inventaire de ce que les Smith ont mangé, et la mort de Bobby dont on ne saura pas qui il (ou elle) est vraiment…

Arrivent les Martin. Une entrée très remarquée et très drôle aussi. Puis les deux couples se retrouvent et discutent sans relâche comme pour meubler le vide. Leurs propos sont absurdes, mais ils les tiennent avec un aplomb et un naturel confondants. C’est ce qui est troublant et drôle. Jeux de mots, jusqu’au mot précis qui chamboule tout. Et la pendule de suivre ce dérèglement. Elle perd de plus en plus le contrôle de ses aiguilles et du temps qui file et court vers la folie. Mais ne vous y trompez pas, la pièce est fine et les répliques bien amenées.

C’est un pur bonheur de voir ces acteurs dans ce huis clos. Un rôle sur mesure pour chacun. On le sent bien, tous ont eu beaucoup de plaisir à jouer ensemble et à vivre ces instants sur scène, dans l’absurdité. Leur douce folie collective nous fait souvent rire à gorge déployée. [**Stephan Wojtowicz*], monsieur Smith, inspiré du début jusqu’à la fin, tout comme monsieur Martin, [**Matthieu Rozé*], sans doute le plus instinctif de tous, le plus « animal ». [**Aliénor Marcadé-Séchan*], convaincante dans son rôle de femme pas très sûre d’elle, un peu victime de la situation.

La bonne, Mary, interprétée par [**Julie Lerat-Gersant*], est totalement décomplexée. Sa tenue en témoigne. Vêtue d’un short, chaussée de talons compensés, elle tire elle aussi quelques ficelles de l’intrigue avec efficacité. Le pompier, alias [**Thierry Gimenez*] a lui aussi un rôle crucial et son jeu nous réjouit. On se promène entre le comique et parfois même le désespoir. [** Pierre Pradinas*] a réussi cette prouesse d’apporter un peu de modernité à sa Cantatrice Chauve. Quelques effets spéciaux, des nouvelles technologies joliment mises en place, mais aussi de belles trouvailles dans la musique et les éclairages. La fin est hilarante, les acteurs courent sur scène, font des roulades, tombent, se trainent au sol : attitudes et mimiques renversantes. Le tout dans une énergie des plus communicatives. Dans le final, la pièce de recommencer à l’identique, sauf que les couples sont inversés…

On ne saura jamais rien de la cantatrice chauve. Si ce n’est qu’ « elle est chauve, et qu’elle se coiffe toujours de la même façon » !

A voir ou à revoir !

[**Pétra Wauters*]

[(Avec [**Romane Bohringer, Thierry Gimenez, Julie Lerat-Gersant, Aliénor Marcadé-Séchan, Matthieu Rozé, Stephan Wojtowicz*]
*]

Production déléguée Compagnie le Chapeau Rouge Coproduction Théâtre de l’Union – Centre Dramatique National du Limousin // Bonlieu Scène nationale Annecy // Acte 2 // La Passerelle, Scène nationale de Saint Brieuc // Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy-Lorraine
)]


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Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 03/10/2017

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