Life is still all beer and skittles ?


Depuis le redressement de l’homme dans l’animal que nous étions, nous avons toujours été en prise avec le temps : l’Avant, le Maintenant et le Plus Tard. En effet, nous avons changé la donne de notre passé pour nous construire un avenir toujours plus prometteur.

Descendre de nos arbres pour aller voir ce qu’il y a en dehors de la forêt, au-delà de la plaine, apprendre à cueillir, à pêcher, à chasser, à se protéger, à conquérir de nouveaux espaces. Perdre le superflu, améliorer nos compétences, nos connaissances, risquer sa vie, sa réputation pour un besoin, un désir, une croyance qui volontairement ou pas laisserait une trace, une empreinte que d’autres suivraient. On explore, on défriche, on façonne, on hésite, on commente on s’enrage, on s’entraide.

D’une très grosse poignée d’individus, nous nous sommes répandus partout sur la surface complète de notre terrain de jeu. En 2017 nous sommes désormais près de [**7,5 milliards*], et presqu’autant d’hommes que de femmes (50.4% pour 49,6% ; moi qui suis né à une époque où on annonçait plus de femmes que d’hommes).

Comme nous le savons, nous sommes issus d’une espèce vivant en groupe ce qui a façonné notre sapiens sapiens social actuel. Mais vivre en petites communautés est plus complexe quand la population augmente d’environ 100 millions par an.

En effet, au-delà des perturbations migratoires, géographiques, économiques, politiques, elles bousculent les us et coutumes lentement mais sûrement entre les individus et leurs propres perceptions d’eux-mêmes.

Comment ça ? entends-je déjà gronder.

Oui être seul dans une pièce n’est pas la même chose que d’être quelques-uns ou de remplir ladite pièce en diminuant la zone de confort physiologique de chacun. C’est comme faire l’expérience des transports en commun dans une grande ville, un jour de grève.

Nous comprenons que les évolutions du monde modifient aussi bien notre environnement extérieur qu’intérieur, notre identité collective et individuelle. Le feu a modifié notre rapport aux aliments, aux climats, nos mythes (doucement mais surement la peur du noir, les bêtes tapies dans l’ombre s’éclipseront et le dieu lumière ne sera plus honoré).
Le silex développera la voie de l’artisanat donc du commerce, de la défense (la réduction des peurs) mais aussi de l’attaque (l’esprit de conquête).

Je pourrais évidemment reprendre une quantité phénoménale d’inventions qui bouleversèrent notre évolution : la roue, les vaccins, les antidépresseurs, la caméra, la 4G, les puces RFID, les réseaux sociaux planétaires, et la réalité augmentée, améliorée voire virtuelle.

En 2017, on ne marche plus, on glisse sur des Hoover board, des foils électriques ou autres véhicules autonomes intelligents. On absorbe des pilules miracles pour dormir, pour sourire, pour être en forme, pour soutenir les droits des végétaux et animaux à une fin paisible dans notre monde qui respecte de moins en moins les droits à la décence humaine. On passe près de 6 heures sur un écran (plus de 9h pour les 16-34 ans en France). On parle déjà d’améliorer, d’augmenter notre réalité avant de l’apprécier et de la vivre pleinement.

Finies les aventures d’Ulysse ou autres Argonautes, finis les Mille bornes ou autre Nain jaune, finies les simples phrases : « alors raconte-moi ta journée ». C’est désormais, Percy, Harry, Katniss, Kim, Pharell ou autre Rire jaune qui d’écrans en écrans racontent leurs aventures entre des parties de Candy Crush ou autre snap aux copains. Trop lourdes, trop vieilles, les histoires ne se racontent plus, ne se perpétuent plus, elles se métamorphosent, elles se rhabillent, elles se mettent au goût du jour.

Les codes historiques des populismes passés s’inventent dans les films, les séries où on ne cesse jamais de mettre en opposition, le bon, les autres qui ne sont que méchants.
Pendant ce temps les nouveaux démocrates de ce siècle offrent des politiques d’effroi, d’opposition et surtout de « buzz » relayées sur les écrans. Hier n’est qu’un vague souvenir qui se redessine aujourd’hui.

[**Demain ? rien n’est moins sûr.*]

Souvenons-nous alors de la tirade entre Cassius et Brutus dans la pièce Jules César de [**Shakespeare*] : « Alors cher Brutus préparez-vous à m’écouter, et puisque vous avouez qu’il vous est impossible de vous voir autrement que par image réfléchie, je suis le miroir qui modestement va vous découvrir à vous-même, cette part de vous-même que vous avez jusqu’à présent méconnue » nous y trouvons cette permanente problématique de la connaissance de soi et la reconnaissance par l’autre qui sont en jeu. Et je vais encore plus loin avec la bien plus très célèbre tirade «Être ou ne pas être» de Macbeth du même auteur qui ironisait déjà sur l’attitude des humains et leur illusoire rôle dans ce monde chaotique.

Oui, ici et maintenant résonnent encore plus fermement ces vers. Quand on perçoit que le cogito du sapiens serait passé de sa réflexion à l’autosatisfaction photographique postée sur les réseaux sociaux (Merci à [**Elsa Godart*] pour son délicieux livre « Je selfie donc je suis »). Alors oui, nous sommes ce que nous postons avant d’être remplacés par un autre plus « liké » que nous. Les nouveaux souverains ne sont ni couronnés, ni politiques, ni intellectuels, ils sont les dépositaires des désirs humains : argent et gloire comptabilisés en nombre de «followers».

Je suis ce que poste, montre et dévoile dans une mise en scène calibrée, orchestrée et de plus en plus marketée au risque d’être zappé, rétrogradé, effacé, oublié, alors je cours à l’impactant, au différenciant, au choquant. Une course sans frein vers une fin programmée qui n’a qu’un but social : laisser la chance au produit humain lambda d’y croire et surtout d’éviter de s’interroger sur le sens qu’il donne à son parcours, à son avenir.

[**Jérôme Pilleul*]


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Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 28/09/2017


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