One of opera’s greatest singers, this September marks the 40th anniversary of her death

Il y a quarante ans disparaissait [**Maria Callas*] (1923-1977). Ce fut une surprise douloureuse pour tous les mélomanes qui caressaient encore l’espoir chimérique de pouvoir la voir un jour sur scène. Après tout, elle n’avait pas encore atteint l’âge de 54 ans.

***Ne savais-tu donc pas, comédienne imprudente,

Que ces cris insensés qui te sortaient du cœur

De ta joue amaigrie augmentaient la pâleur ?

Ne savais-tu donc pas que, sur ta tempe ardente,

Ta main de jour en jour se posait plus tremblante,

Et que c’est tenter Dieu que d’aimer la douleur ?

À la Malibran (1850) Alfred de Musset

Dans les années précédentes, elle avait, un temps, retrouvé le chemin des studios d’enregistrement et même, en 1973-1974, celui des salles de concert qui la mena, en compagnie son ancien partenaire, [**Giuseppe di Stefano*], jusqu’au lointain Japon. Elle s’était laissée fléchir car il s’agissait de recueillir des fonds pour financer le traitement médical de la fille du ténor. Mais la Diva avait mis un interdit sur la publication de tout nouveau disque et la rumeur sur ces dernières prestations publiques n’était guère flatteuses.

Le public ne la revit plus : refusant toutes les invitations mondaines, elle s’enferma, dès lors, dans son appartement parisien dont elle condamna la porte, même à ses amis. Elle resta « seule, toujours seule », réécoutant sans cesse ses glorieux enregistrements. On ne vit plus, affublée d’horribles lunettes, qu’une silhouette à la tignasse disgracieuse, sur des photos volées lorsqu’elle se rendait au chevet d’[**Onassis*] hospitalisé à Paris (1975). Sa dernière apparition comme tragédienne lui fut offerte par [**Pasolini*] pour lequel elle accepta de jouer le rôle de Médée au cinéma (1969). Elle incarnait un personnage impressionnant par son allure altière et sa beauté étrange, mais presque muet. Les mélomanes furent frustrés de ne pas entendre chanter celle qui avait incarné si puissamment l’héroïne de [**Cherubini.*] Jamais le cinéma n’a à ce point prouvé que l’image que l’on voit sur un écran n’est qu’une Ombre qui appartient plus au Royaume des Morts qu’à celui des Vivants : un souvenir, un rêve déjà passé avant d’être achevé.


En ce 16 septembre 1976, c’est ce que comprirent ses admirateurs : la Callas n’était plus, et sans doute depuis longtemps. Avait-elle jamais habité leur monde ? Oui sans doute, quand elle était une petite fille disgracieuse, mal aimée par sa mère ; sans doute, quand elle connut la passion amoureuse, fatale à tant d’héroïnes d’opéra. La souffrance, qu’elle connaissait sous bien des formes, avait nourri ses interprétations. Car au-delà d’une technique belcantiste exceptionnelle qu’elle avait acquise auprès d’[**Elvira de Hidalgo*], son professeur de chant, c’est au prix d’une discipline intransigeante qu’elle s’imposa toujours, qu’elle sut trouver, au plus profond d’elle-même, la vérité de ses personnages pour la traduire par les seules couleurs et modulations de sa voix. Interprète accomplie, elle plia cette dernière aux exigences de la musique – qui transgresse parfois les limites d’une tessiture – et à celles de la tragédie.

On laissera aux experts en tout genre le soin de trancher si cette pratique ruina de façon prématurée ses capacités vocales, ou si une cure d’amaigrissement, aussi mystérieuse qu’efficace, la fit entrer dans un autre univers, celui d’une femme qui donna la première place à son bonheur personnel aux dépens de la gloire que l’opéra lui avait apportée. Comme Tosca, elle avait vécu « d’art et d’amour ». Elle avait abandonné le théâtre et ses pâles héroïnes romantiques, ses furies vengeresses, ses amantes jalouses, ses mères éperdues. Elle les retrouva quand, l’amour l’ayant abandonnée, Maria réécouta ad libitum, dans sa solitude, les interprétations qu’elle en avait données. Double d’elle-même, cette voix, fantôme surgi d’un passé révolu, finit par l’entraîner, à la suite de ces personnages, dans le néant.

Quarante ans après, que reste-t-il au mélomane ? Une somme importante d’enregistrements et de prises de son en direct d’opéras et de concerts (récemment restaurés) qui, des années 1950 au début des années 60, donne un panorama complet de la carrière de Callas et des grands opéras italiens – et dans une moindre mesure, de quelques opéras français – du XIXe siècle. Force est de reconnaître que ce que l’on entend ne laisse pas indifférent (en dépit – ou à cause – de certaines raucités du timbre qui peuvent déplaire et de quelques aigus stridents). Il s’agit toujours d’un chant habité, toujours actuel. D’autres sopranos ont depuis peut-être « mieux » chanté certaines de ces pages, mais sans approcher son incarnation unique. Aucune n’a eu un talent aussi versatile. Aucune n’a montré un égal bonheur interprétatif dans un répertoire aussi vaste.
On le pressent [**Callas*], avec le temps, entre dans la mythologie de l’art lyrique, à l’égal d’une [**Malibran*], au destin également tragique. Mais cette dernière a un avantage sur son lointain épigone : nous ne pouvons lui opposer ni un changement de goût ni apprécier la conduite de sa voix. Nous devons nous fier aux témoignages des contemporains pour imaginer quel était son timbre, son génie en rêvant sur les vers que Musset lui a consacrés dans de célèbres stances À la Malibran.

Les inconsolés de la disparition de la Malibran avaient le recours d’aller se recueillir sur sa tombe et d’y déposer des hommages. Les proches de Maria Callas, non seulement se sont empressés de disposer de ses biens mais ont fait disparaître à jamais toute trace de sa personne physique. Raison de plus pour écouter Maria Callas encore et toujours.

Danielle Pister


Illustration de l’entête: Médéa 1968 ( capture d’écran, YouTube)


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WUKALI 19/09/2017


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