Last demographic figures about births and nuptiality in France in 2016, fewer births


En France, ces dernières années ont été marquées par une baisse des naissances et de la fécondité mesurée par l’indicateur conjoncturel, tandis que la progression de l’espérance de vie s’est ralentie.
Gilles Pison nous en explique les raisons et dégage les nouvelles tendances de long terme derrière ces variations annuelles.


[**France 2016 : la natalité est en baisse*]

Au 1er janvier 2017, la population de la France métropolitaine est estimée à 64,9 millions d’habitants auxquels s’ajoutent 2,1 millions d’habitants des départements d’outre-mer, soit un total de 67,0 millions [1]. En métropole, la population a augmenté d’environ 255 000 habitants en 2016 (+ 0,4 %) (tableau). Le solde naturel, excédent des naissances sur les décès, continue de diminuer ; en 10 ans il est passé de 280 000 (en 2006) à 173 000
(en 2016), soit une baisse de plus de 100 000 (près de 40 %). Cette baisse vient d’une diminution des naissances et d’une hausse des décès d’ampleurs comparables, autour de 50 000 chacune.

[**Des naissances moins nombreuses qu’en 2015*]

Le nombre des naissances diminue (de 781 000 en 2014 en France métropolitaine à 760 000 en 2015 et 747 000 en 2016), sous l’effet de la diminution du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants et de la baisse de l’indicateur conjoncturel de fécondité : 1,97 enfant par femme en 2014, 1,92 en 2015 et 1,89 en 2016. La baisse de cet indicateur tient à une diminution des taux de fécondité avant 30 ans ; ceux au-delà de 30 ans se maintiennent ou continuent d’augmenter légèrement. La tendance observée depuis quarante ans à avoir ses enfants de plus en plus tard se poursuit : les femmes qui ont accouché en 2016 avaient en moyenne 30,5 ans (l’âge moyen à la naissance du premier enfant se situe autour de 28,5 ans en 2016.). Cet âge n’a cessé de progresser depuis 1977 où celles qui avaient accouché avaient alors en moyenne 26,5 ans. L’examen de la fécondité par génération montre que les femmes nées en 1966, qui ont atteint 50 ans en 2016 et ont donc maintenant achevé leur vie féconde, ont eu en moyenne 2,02 enfants. Les femmes nées en 1976, qui ont eu 40 ans en 2016, en ont déjà 1,97, soit le même nombre que leurs ainées de 10 ans au même âge, si bien que le total atteindra sans doute au moins 2,0 enfants à 50 ans pour elles aussi (voir plus loin).

[**Pourquoi l’indicateur conjoncturel de fécondité baisse-t-il ?*]

La diminution de l’indicateur conjoncturel de fécondité en France était attendue depuis plusieurs années par les analystes qui invoquaient comme facteur de baisse l’incertitude suscitée par la crise économique et la montée du chômage. De telles baisses se sont en effet produites dans la plupart des pays développés (figure 1). Aux États-Unis, par exemple, l’indicateur de fécondité, qui atteignait 2,12 enfants par femme au début de la crise, en 2007, a reculé à 1,84 enfant en 2015, dernière année pour laquelle on a un chiffre (soit une baisse de 13 %). Au Royaume- Uni, il a reculé de 1,96 en 2008 à 1,82 en 2015 (une baisse de 7 %). La France ne fait donc pas exception, mais la baisse de l’indicateur est pour l’instant plus modeste qu’ailleurs (moins 3,5 % entre 2008 et 2015). Et elle est apparue plus tardivement, peut-être parce que les effets de la récession économique se sont faits sentir plus tard en raison des politiques sociales et familiales qui ont amorti le choc de la crise ; sachant que le chômage a par ailleurs continué de progresser ces dernières années alors qu’il régressait ailleurs. Malgré la baisse récente, la France reste le pays de l’Union européenne où la fécondité est la plus élevée en 2015.

Comment va évoluer la fécondité dans les prochaines années ? L’examen des récessions survenues dans les pays développés au cours des dernières décennies montre qu’elles n’ont guère d’effets sur le nombre final d’enfants des générations ; elles modifient seulement le calendrier des naissances [2]. Une partie des couples reportent leur projet de fécondité en attendant des jours meilleurs, ce qui contribue à réduire l’indicateur de fécondité dans les années qui suivent le début d’une crise. Une fois celle-ci passée, les couples en question recommencent à avoir des enfants, et ce rattrapage se traduit par une hausse de fécondité en sortie de crise. Ainsi, la crise ne réduit pas les naissances, elle les retarde. S’il en est de même avec la crise actuelle, la diminution du chômage, si elle se confirmait, devrait être suivie d’un arrêt de la baisse de la fécondité, voire sa remontée. En revanche, si la diminution de la fécondité est pour partie une tendance nouvelle qui n’est pas liée à la conjoncture économique, la sortie de crise pourrait ne pas se traduire par une remontée de l’indicateur.

[**La fécondité mesurée par génération : stable, autour de deux enfants par femme*]

Il est utile à ce stade de prendre en compte l’autre indicateur de fécondité, la descendance finale, qui s’applique non pas à une année de calendrier mais à une génération de femmes. Son évolution est moins heurtée que celle de l’indicateur conjoncturel de fécondité (figure 2). Contrairement à ce dernier, qui fait référence à une génération fictive, la mesure par génération s’applique à des femmes bien réelles. Elle a cependant l’inconvénient de ne pouvoir être mesurée que pour des générations ayant atteint ou dépassé l’âge de 50 ans. Il n’est ainsi pas encore possible de connaître la descendance finale des femmes nées en 1976, qui ont fêté leur 40e anniversaire en 2016, et ont déjà eu en moyenne 1,97 enfant comme mentionné plus haut. Les projections indiquent qu’elles devraient avoir au total 2,05 enfants à 50 ans(2) [3]. Les femmes nées en 1981, qui ont fêté leur 35e anniversaire en 2016, et ont déjà eu 1,71 enfant, en auraient également 2,05.

L’évolution de la descendance finale projetée montre un creux autour de 2,00 enfants pour les générations nées à la fin des années 1960 et au début des années 1970 (qui ont atteint autour de 45 ans en 2016) suivi d’une remontée à 2,05 pour les générations suivantes (figure 2). Comment peut-on expliquer ce creux ? Les femmes nées à la fin des années 1960 et au début des années 1970 ont retardé la naissance de leur premier enfant, suivant en cela le mouvement de retard des maternités observé à partir des années 1970 dans tout le monde développé et qui a touché successivement toutes les générations, et se poursuit de nos jours. Elles ont rattrapé ensuite leur retard, mais légèrement moins que leurs aînées et leurs cadettes, peut-être en raison de la conjoncture. En effet, lorsqu’est venu pour elles le temps d’avoir des enfants, au milieu et à la fin des années 1990, les conditions étaient moins favorables qu’aujourd’hui. La politique familiale, destinée à aider les femmes à concilier travail et famille, était certes active, mais dotée d’une offre de garde d’enfants moins développée et moins variée.

Les générations suivantes ont pu bénéficier de conditions plus favorables dans les années 2000, avec notamment la mise en place de la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) [4].

[**L’espérance de vie augmente-t-elle moins vite ?*]

Le nombre de décès observés en 2016, 574 000, est inférieur de 1,4 % aux 582 000 de 2015, sachant que la population a crû de 0,4 % et la proportion de personnes âgées a augmenté. Le calcul de l’espérance de vie permet d’éliminer dans les fluctuations de la mortalité ce qui revient aux variations de la taille de la population et de sa répartition par âge, pour ne faire apparaître que ce qui tient à l’évolution des risques de décès. L’espérance de vie à la naissance atteint 79,4 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes en 2016, contre 79,0 ans et 85,1 ans en 2015, soit un gain de 0,4 an pour les hommes et 0,3 an pour les femmes. Ce gain est important, mais l’espérance de vie avait reculé de 0,3 an en 2015 par rapport à 2014, et le niveau de 2015 était donc particulièrement faible, en raison d’une épidémie de grippe meurtrière cette année-là à laquelle s’était ajouté un mois de juillet caniculaire et des vagues de froid en octobre. La hausse de 2016 ne fait que rattraper le niveau de 2014 pour les femmes (85,4 ans) et le dépasser de 0,1 an pour les hommes (79,4 ans contre 79,3 ans). Mais 2014 a été elle-même une année de faible mortalité, avec une espérance de vie en forte progression après deux années, 2012 et 2013, où les gains avaient été faibles en raison de fortes épidémies de grippe.

Pour juger du niveau de l’espérance de vie en 2016, il convient de le resituer dans le cadre de la tendance générale observée depuis 1994 (figure 3). L’effet de la canicule de 2003 apparaît clairement, ainsi que son contrecoup en 2004 et la progression rapide de l’espérance de vie dans les années qui ont suivi, liée aux changements de comportements à l’égard des personnes âgées. La tendance est moins claire depuis 2012 en raison des fortes fluctuations annuelles de l’espérance de vie liées à l’importance et la létalité de l’épidémie de grippe saisonnière, qui ont récemment beaucoup variées d’une année à l’autre. Il semble (figure 3) que l’espérance de vie progresse moins vite depuis 2012. L’année 2017 pourrait confirmer ce constat
avec un début d’année marqué par une épidémie de grippe encore plus meurtrière que celle de 2015(3).

Références
[1] Vanessa Bellamy et Catherine Beaumel, 2017, « Bilan démographique 2016 : à nouveau en baisse, la fécondité atteint 1,93 enfant par femme en 2016 », Insee Première, n° 1630.
[2] Gilles Pison, 2011, « Deux enfants par femme dans la France de 2010 : la fécondité serait-elle insensible à la crise économique ? », Population & Sociétés, n° 476, 4 p.
[3] Magali Mazuy, Magali Barbieri, Didier Breton, Hippolyte d’Albis, 2016, « L’évolution démographique récente de la France : baisse de la fécondité, augmentation de la mortalité », Population, 71( le nombre de décès estimé pour janvier 2017, autour de 66 000, est supérieur de plus de 10 000 au nombre attendu (autour de 55 000), soit une surmortalité de 20 % qu’on n’avait jamais vue pour un mois d’hiver depuis plus de 40 ans) (janvier 1973).), p. 423-486.
[4] Solveig Vanovermeir, 2012, « L’accueil des jeunes enfants : axe majeur de la politique familiale française depuis les années 1970 », Drees, Dossier Solidarité Santé, n° 31.

[(Résumé. Le nombre des naissances a baissé de 4,5 % en France entre 2014 et 2016, sous l’effet conjoint de la diminution du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants et de la baisse de l’indicateur conjoncturel de fécondité : 1,97 enfant par femme en 2014, 1,89 en 2016. De telles baisses se sont aussi produites dans la plupart des pays développés, mais celle en France est plus modeste et plus tardive qu’ailleurs en raison vraisemblablement des politiques sociales et familiales qui ont amorti le choc de la crise.)]

[**Gilles Pison*]
[**INED. Population & Sociétés*]
numéro 542 • mars 2017 • Population & Sociétés • bulletin mensuel d’information de l’Institut national d’études démographiques


*Contact *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 23/08/2017. (Précédemment publié le 08/03/2017)

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