A photography studio where fame becomes consistent


Lorsque la crise mondiale de [**1929*] atteignit la France, réduisant dramatiquement le train de vie de nombreux particuliers (aussi aisés qu’ils fussent), le secteur du luxe fut frappé de plein fouet, notamment celui de la photographie qui perdit beaucoup de ses clients car ces derniers renoncèrent à leurs services tant le coût en était très élevé

C’est dans ces circonstances défavorables que [**Germaine Hirschfeld*] (1900-1976), authentique professionnelle de l’art photographique, qui se fera appeler [**Cosette Harcourt*] pour les besoins de la cause, décidera de se lancer à son compte.
Elle était née à Paris de parents britanniques juifs. Vers 1930, elle officie en tant que vendeuse aux Studios Piaz et Manuel frères. En 1933, elle installe son atelier-photo au 11 bis rue Christophe-Colomb, à Paris(8ème), avant de s’associer en 1934 avec les frères [**Jean*] et [**Jacques Lacroix*], deux patrons de presse ne connaissant rien à ce métier, et [**Robert Ricci*], le fils de la créatrice de mode [**Nina Ricci*]. Ce fut l’acte de naissance du célébrissime «  Studio Harcourt ». En 1938, le studio Harcourt s’installe dans un hôtel particulier où se précipite le tout-Paris des arts, de la culture, de la politique et du show-biz.

Après la défaite et avec l’Occupation, du fait des persécutions anti-juives qui commencent, Germaine épousa Jacques Lacroix en août 1940. Ce fut un mariage de convenance, réalisé dans le but de protéger « Cosette Harcourt » mais, méfiante, celle-ci préféra passer en zone libre puis en Espagne. De là, elle réussit à gagner Londres.
Elle ne reviendra à Paris qu’en 1945, où elle divorcera immédiatement de Jacques Lacroix. Elle quittera le studio Harcourt en abandonnant le métier, en 1968. Une de ses réalisations les plus connues est son portrait d’[**Édith Piaf*] de 1946.

La marque du Studio Harcourt, ce sont les portraits en noir et blanc de personnalités du spectacle, comme de la politique ou de la vie culturelle. Cet « atelier de portraits d’art » réalisa des images pour la presse, d’où venaient ses sponsors.

Cosette Harcourt ayant un carnet d’adresses bien rempli, la tâche d’attirer les clients va se révéler plus facile. C’est grâce à elle, et uniquement grâce à elle, que le studio Harcourt triompha et dura : elle avait le don d’attirer toute la jet-set de l’époque, les intellectuels comme les musiciens ou les sportifs. Elle parvint même à créer le mythe Harcourt en obligeant les artistes de la photo qui travaillaient au studio à s’effacer devant le « style Harcourt » qui se décrit ainsi : une mise en lumière continue se caractérisant par une photo rapprochée du modèle pris sous son meilleur angle : trois-quarts, contre-plongée,etc, sous une lumière de projecteur cinématographique, latérale ou en halo, qui induit un clair-obscur, sur fond gris ou noir. Cette manière de travailler est à mettre au crédit des travaux de[** Raymond Voinquel*], photographe de plateau de cinéma.
Pour les clients du temps, la « patte » Harcourt était synonyme de luxe et de glamour, à la manière d’Hollywood

Pendant l’Occupation, la prospérité des affaires Harcourt fut extraordinaire car les Allemands vont « défiler » au Studio : jusqu’à quarante par jour si l’on en croit les souvenirs de Raymond Voinquel… On y boit du champagne, on y écoute des orchestres…

Les « vichyssois » aussi y passeront, ainsi que nombre d’Américains dès la Libération.
Après différents déménagements, le studio Harcourt se trouve aujourd’hui au 6 de la rue Lorta, dans le seizième arrondissement. Harcourt est titulaire du label « Entreprise du patrimoine vivant  », à l’instar de Baccarat, Chanel ou Hermès

Le fond du studio a été racheté par l’état en 1986 : il compte plus de cinq millions de négatifs représentant près de 500.000 personnes, dont quinze cents personnalités. Environ 150 photographes ont travaillé au studio Harcourt depuis sa création.
Raymond Voinquel ( 1911-1994), photographe de cinéma (« Le Jour se lève », « Les Portes de la nuit », « L’Aigle à deux têtes »), collabora au Studio Harcourt entre 1940 et 1944. Le nu masculin le passionnait : en 1940 il a le projet d’illustrer «Narcisse», un poème de[** Paul Valéry*]. En 1941, il photographia des sportifs en action au stade de Bordeaux. [**Louis Jourdan*] et [**Jean Marais*] poseront nus pour lui, tandis qu’il rend hommage à [**Michel-Ange*] par d’autres photographies de nus masculins. En 1962, il illustre « Les Amants de Teruel »… C’était un inventeur, surtout pour l’utilisation de l’éclairage comme déjà expliqué.

L’Italien [**Aldo Rossano Graziati*] (1905-1953), qui signait G.R.ALDO, fut l’un des collaborateurs les plus doués qui œuvrèrent au studio Harcourt. Arrivé en France à l’âge de 18 ans, vers 1925 il sera un des « boys » de [**Mistinguett*], dont il réalisera de nombreux portraits par la suite. Son sens inné des cadrages précis et de l’utilisation des noirs et des blancs sera un apport, sur les plateaux de cinéma d’abord ( « Les Visiteurs du soir » de[** Carné*] en 1942, « L’Éternel retour » de [**Delannoy*] en 1943, « La Belle et la bête » de[** Cocteau*] en 1945), puis sur ceux de photographies : par l’intermédiaire de Raymond Voinquel, il entre au studio Harcourt en 1942. Il y travaillera jusqu’en 1947, avant de rejoindre [**Antonioni,*] puis [**Visconti*], en Italie, au titre de directeur de la photographie.

Le studio Harcourt a immortalisé de nombreuses vedettes, telles [**Martine Carol*] ou [**Brigitte Bardot*], en offrant à leurs visages une sorte d’intemporalité. Elles devinrent alors des images iconiques dont le monde entier est encore familier. Elles paraissent figées dans des halos lumineux surgis du néant, marque de fabrique du studio.

La société « Harcourt » fit faillite et fut reprise en 2007. Les dirigeants actuels firent quelques entorses aux usages d’autrefois en passant de l’argentique au numérique et en utilisant, à petites doses c’est vrai, la couleur. Ces dernières années, une succursale a vu le jour à Hong-Kong et d’autres sont prévues.

Mais le style Harcourt, si soigneusement codifié, persiste avec une dizaine de photographes attitrés. Et les acteurs, les artistes, les écrivains, les sportifs d’aujourd’hui continuent à se faire photographier au studio… Qui est accessible à tout-un-chacun, moyennant finance bien entendu, mais une légende cela se paye…

[**Jacques Tcharny*]


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 09/09/2017
Illustration de l’entête: Michèle Morgan

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus