The Arch of Covenant, origins, symbols and meanings


Tout amateur féru d’histoire de l’art connait l’Arche d’Alliance, en effet si c’est une représentation récurrente de la peinture ou de la sculpture que l’on rencontre fréquemment du XVème au XVIIème siècle, ( [**J. Fouquet*], [**Nicolas Poussin*]), elle puise son origine dans la Bible, on la retrouve dans l’iconographie paléo-chrétienne, elle est avant tout une des représentations existentielles du judaïsme, la plus sacrée, car l’Arche ainsi nommée convient les Tables de la Loi, c ‘est aussi un symbole. C’est cette arche que portaient seuls et exclusivement les lévites.

Mais qu’est-ce qu’un symbole si ce n’est la représentation concrète d’une idée abstraite et tout symbole structure, à son entour, un vaste réseau de significations. Abordons donc méthodiquement dans cet essai consacré à L’Arche d’Alliance, son histoire plus particulièrement dans son expression herméneutique et sémantique.


Un symbole ainsi se constitue en réseau et peut s’étendre de proche en proche jusqu’à constituer une véritable cosmogonie – réseau tissé grâce à la pensée instantanée, analogique, synthétique, intuitive, bien plutôt que par l’analyse déductive ou comptable…

Un symbole, en effet, ne cesse d’exubérer, d’irriguer, d’irradier du sens, dès lors même que l’on entreprend de l’analyser.

Pour que vive le symbole, faut-il encore que son utilisateur n’en fasse pas une lecture trop littérale, lui conservant son statut d’outil herméneutique.

Faute de quoi, de « totalisant » qu’il est, le symbole tend à devenir totalitaire, univoque… Et pointe alors le danger de la dérive intégriste, de la sclérose, voire de la névrose [tout névrosé n’est-il pas celui-là même qui vit le symbole au pied de la lettre ?]…
Tandis que, s’il est utilisé correctement, le symbole peut constituer une sorte de méta-point de vue, de panoptique, de tour de [**Bentham*], d’où l’observateur surplombe faits et événements, et peut à loisir méditer.

Pour en finir avec ces généralités, je remarquerai qu’à l’instar du mythe, le symbole ne s’intéresse que fort peu à l’« Ici et maintenant » (au Hic et nunc). L’intéresse bien davantage le « Toujours et partout » (le Semper et ubique)… Reconnaissons également – mais n’est-ce pas là une autre manière de dire la même chose ? – que le symbole a plus à faire avec la ressemblance (ce qui rassemble) qu’avec la dissemblance (ce qui sépare).

Dans l’imagerie populaire, [**l’Arche d’Alliance*] (Aron ha-Berit) – objet rituel le plus sacré de l’ancien[** Israël*] – ne fait référence qu’à l’Arche de [**Moïse*] : sanctuaire mobile, bouclier des tribus du désert, coffre rectangulaire en bois de sittim (i.e d’acacia).
Coffre qui recèle – outre les Tables de la Loi – le bâton d’[**Aaron*] [symbole phallique, verge fleurie entre toutes les verges], ainsi que la Genèse [premier livre de la Torah] et enfin l’urne d’or, emplie de la manne céleste [semence recueillie au désert]…

Cette arche, appelée aussi « Arche du Témoignage », témoignait de l’Alliance irrévocablement octroyée par [**Yahvé*] au peuple d’Israël. Alliance par laquelle le Seigneur renouvelait la promesse faite à [**Noé*] – dont l’Arc-en-ciel est le témoignage visible – de ne plus chercher à détruire l’humanité. Du moins « par les eaux », avait précisé le Seigneur, se réservant prudemment quelques futures latitudes…

Voici en quels termes Yahvé avait prescrit à Moïse de construire l’Arche d’Alliance (Exode : XXV, 10-22) : « Vous ferez un coffre en bois de sittim (acacia) qui ait (sachant qu’une coudée fait environ 50 cm) deux coudées et demie de long, une coudée et demie de large et une coudée et demie de haut. Vous recouvrirez ce coffre d’or pur, à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur ; il devra être surplombé d’une corniche d’or. Vous ferez des barres en bois de sittim et les recouvrirez également d’or. Vous passerez ces barres dans les anneaux prévus à cet effet sur les flancs de l’Arche, afin que l’on puisse la transporter. Ces barres ne devront jamais être retirées des anneaux. Dans l’Arche, vous placerez le Témoignage que je vous donnerai (i.e. les Tables de la Loi). Vous ferez aussi le couvercle d’un or très pur – couvercle nommé « propitiatoire » – c’est de là, en effet, que j’écouterai vos vœux, et vous accorderai les grâces que vous me demanderez. Sur ce propitiatoire enfin, vous mettrez deux chérubins qui se feront face, ailes déployées… ».

Selon la [**Kabbale*] [si l’on en croit [**Éliphas Lévi*]], les barres latérales qui servaient au transport de l’Arche furent plus tard élevées, de manière symbolique, à la verticale. Telles l’arbre de vie et celui de la connaissance au jardin d’Éden, ces barres captaient les forces solaires et devinrent les colonnes du Temple construit par [**Hiram*]. Ainsi apprenons-nous, que, dès l’origine, les barres latérales de l’Arche se seraient déjà nommées, l’une Iakin, l’autre Bohas

L’Éternel donna également ses instructions à Moïse pour que ce fût [**Bétsalèl*] qui construisît l’Arche sainte, aussi bien que le Michkan (Tabernacle ou Temple du désert) et son mobilier : la Table destinée à recevoir les douze pains de proposition, la Ménorah ou Candélabre sacré à sept branches, les Autels intérieur et extérieur, la Cuve pour les ablutions.

Bétsalèl construisit aussi les parvis (cf. Exode : XXV, 10 s. ; XXVI, 1 s. ; XXXVII, 1 s.). Il n’est pas non plus indifférent d’apprendre que Yahveh désigna, pour être son architecte, le petit-fils de[** Hour*] – Hour, ce juste qui avait été assassiné parce qu’il s’était opposé à l’érection du Veau d’or… Pour le travail du bois et des étoffes, Bétsalèl se fit aider, par l’excellent [**Oliab*].

Louable collaboration, qui inspira à [**Victor Hugo*] le quatrain suivant (extrait de La Légende des Siècles) :

Moïse pour l’autel cherchait un statuaire.
Dieu dit : « Il en faut deux », et dans le sanctuaire
Conduisit Oliab avec Béliséel.
L’un sculptait l’idéal et l’autre le réel.

Bien plus tard, le [**roi David*] fit transporter l’Arche dans [**Jérusalem*], et… dansa. Plus tard encore, le [**roi Salomon*] fit appel à l’architecte [**Hiram,*] afin qu’il construisît un temple digne d’abriter le divin Témoignage. Nous savons également que l’Arche disparut lors de la destruction du premier Temple de Jérusalem, en 586 av. J.C., mais que – si l’on en croit [**Steven Spielberg*] – elle se trouverait encore en terre d’[**Égypte*], convoitée par de cruels nazis.

La tradition juive nous assure, quant à elle, que l’Arche réapparaîtra lors de la venue du Messie.

Bien antérieure à l’Arche du Désert, l’Arche du Déluge n’avait-elle pas été la première manifestation de l’Alliance verticale entre le Ciel et une minorité élue ? De cette arche flottante, nous possédons trois descriptions successives (sumérienne, babylonienne et biblique) :

• Dans la plus ancienne, [**Ziusudra*] (l’homologue sumérien de Noé), flotta, nous dit-on, 7 jours et 7 nuits dans une arche de forme cubique, enduite de poix et de goudron.
• De même, dans l’épopée babylonienne de [**Gilgamesh*], Outa-Napishtim et les siens survécurent au déluge dans un vaisseau de forme cubique, mesurant quelque 60 m. de côté (davantage caisson que navire) et divisé en 7 compartiments symboliques.
• Enfin, le texte archéotestamentaire nous donne les dimensions de l’Arche de Noé : parallélépipède, rectangle cette fois, d’environ 150 m de long, sur 25 m de large et 15 m de haut, comprenant 3 niveaux symboliques et surmonté d’un toit circonflexe.

Chose remarquable, aucun de ces vaisseaux n’était conçu pour la navigation. Il s’agissait de coffres flottants, clos de toutes parts et plongés dans une obscurité quasi totale, au sein de laquelle, seuls, scintillaient diamants et émeraudes – promesse de voûte étoilée, irisation d’arc-en-ciel futur, ou bien encore de Jérusalem céleste (cf. Apocalypse de Jean)…

Ces bâtiments avaient, à l’évidence, adopté la forme et la structure symboliques des édifices cultuels de leur époque. N’étaient-ils pas eux-mêmes Temple, image du Cosmos ?
Plus tard – à échelle naturellement réduite – l’Arche de Moïse (dite Arche d’Alliance ou du Désert) aura les mêmes proportions que l’Arche de Noé. Notons que les Pères de l’Église croyaient, dur comme fer, à la réalité physique de ces configurations cosmogoniques. Ainsi, au VIe siècle de notre ère, le moine [**Cosmas*] (au nom prédestiné) n’enseignait-il pas que la Terre est un carré long, plat, flottant sur un océan sans limites ?…

Étymologiquement – donc mythologiquement – l’Arche est un coffre, lieu clos et obscur, sanctuaire flottant (tévah) ou portatif (aron), sorte de forteresse cryptée, de mandala…

Principe maternel est également l’Arche : ventre, caverne, source de vie et lieu de ressourcement… Toute la vie s’y étant réfugiée (regressus ad uterum) pour une nouvelle naissance, lavée par les eaux lustrales, initiatiques, du Déluge… De même, dans l’Arche d’Alliance, avait-on déposé la manne, promesse de futures moissons, ainsi que la verge d’Aaron qui reverdit chaque printemps…

Mais l’Arche est aussi bibliothèque des sciences, sciences sacrées et profanes, science du savoir « antédiluvien »… Immémorialité de l’Arche qui enferme et condense en ses flancs : passé, présent et avenir, la biologie sous toutes ses espèces animales, l’histoire des origines du monde avec le premier livre de la Torah, la connaissance ésotérique visualisée dans la structure de l’Arche elle-même [matérialisation de l’Arcane] et, bien sûr, les Tables de la Loi, premier Code de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations.

Dans le Nouveau Testament, aussi bien que dans les Litanies de la Vierge, l’Arche d’Alliance désigne [**Marie*] – qui porte en son sein, son coffre, son ventre, celui qui viendra, au nom du Père, sceller la Nouvelle Alliance.

Chez [**saint Paul*] ou [**saint Bernard*], l’Arche d’Alliance désigne le cœur du [**Christ*] (arca cordis, arche du cœur), vase sacré, Graal – « saint vaisseau », comme il est dit dans le cycle arthurien, mystérieux athanor où s’effectuent les transmutations mystiques…

Pour les catholiques, aujourd’hui, l’Arche symbolise l’Église, dont le pape est le nautonier (Pastor et nauta).

Il est, d’autre part, remarquable que, chez les anciens Égyptiens, un même idéogramme, un même hiéroglyphe – triangle à pointe tournée vers le bas – signifiait en même temps cœur, arche, maternité, coupe, réceptacle… Mots qui, pour nous, ont à peu près les mêmes connotations, puisqu’ils désignent métaphoriquement tout ce qui contient et protège ou materne.

Mais l’Arche a aussi fonction médiatrice. Ne permet-elle pas le passage des eaux – réelles ou symboliques ?

• Eaux du Déluge, bien sûr ;
• Eaux du Nil, descendu par Moïse nouveau-né (dans un couffin de papyrus, en forme d’arche, auquel il a laissé son nom : « un moïse ») ;
• Eaux du Jourdain, s’ouvrant devant l’Arche du Sinaï ;
• Eaux profondes de la nuit, traversées par l’arche amphibie du dieu Râ métamorphosé en « Soleil noir » lorsqu’il plongeait dans les abysses ;
• Eaux du Léthé, du Styx, de l’Achéron, que l’on passait dans l’arche de Charon, l’infernal nocher ;
• Eaux intermédiaires entre le Ciel et la Terre, enjambées par « l’Arche du pont de Bifrost » – ainsi que l’on nomme l’Arc-en-ciel dans les mythologies scandinaves ;
• Eaux intermédiaires, enfin, entre le passé et l’avenir, l’ancien et le nouveau, la vie mortelle et la vie éternelle. Pour nos pères, en effet, l’Arche était aussi symbole d’immortalité – désir, espérance d’éternité…

Autre point important : dans la plupart des mythologies, Arche et Arc sont figures inverses & complémentaires. Ainsi, à la concavité de l’Arche-vaisseau répond la convexité de l’Arc-en-ciel pour refermer la figure androgyne primordiale, l’œuf cosmique, la mandorle – tel le « Christ en mandorle » des porches de nos cathédrales… Mythe de l’Éternel retour, du temps cyclique non linéaire, serpent se mordant la queue, Ouroboros…
Au-dessus de l’Arche de Noé, le toit en forme de V renversé clôt hermétiquement la coque du Vaisseau-univers, de l’Œuf cosmique…
Au-dessus de l’Arche d’Alliance, le propitiatoire – couvercle d’or – supporte deux keroûbîm, dont les ailes referment une voûte en berceau.

Il faut aussi souligner la fonction magico-religieuse de l’arc ou de l’arceau dans les pratiques et traditions non écrites. Fonction sacralisatrice et protectrice, cathartique et prophylactique, des voûtes d’acier, des voûtes d’or et autres pleins cintres de triomphe… Danses nuptiales sous les tonnelles ou les charmilles, mais aussi danses basques sous l’arc des glaives…

Si Moïse fit construire l’Arche en bois de sittim, ce n’est pas seulement parce qu’il s’agissait d’un bois solide et dur, réputé imputrescible, mais parce que, symboliquement, l’acacia est avant tout un épineux qui décourage l’approche, cependant que sa piqûre n’est pas dangereuse.

Ainsi, l’Arche d’Alliance ne pouvait-elle être approchée que par ceux qui en étaient dignes – prêtres (kohanim), lévites ou initiés. Sinon le caractère bénéfique de l’Arche s’inversait et, implacablement, le doigt de Dieu s’abattait alors, faisant éclore hémorroïdes en bubons au plus intime des profanateurs. Maint Philistins en purent témoigner douloureusement…

Selon certaines traditions, Bétsalèl (à qui Moïse avait confié la construction de l’Arche) aurait ensuite fondé l’ordre maçonnique, mais serait mort prématurément, emportant dans la tombe les secrets afférents. L’Ordre aurait été réveillé plus tard par [**Hiram*], autre constructeur… Et ne savons-nous pas que le tombeau d’Hiram est une forme spécifique de l’Arche, dépôt des secrets de la maîtrise ?

[**Malraux*] disait qu’il y a deux manières d’être un homme : l’une étant de cultiver la différence, l’autre d’approfondir la communion.

Deux conceptions qui ne sauraient être exclusives, antinomiques… D’autant mieux que la vocation de l’Arche est d’être le Centre de l’union, lieu d’une fraternité qui (tout en exaltant les différences) défend l’identité des droits – voire le droit à l’identité. Ainsi la belle devise latine Simul et singulis , celle de la Comédie Française (ensemble, chacun restant soi-même) mériterait-elle d’être plus largement partagée…

Il convient toutefois de se méfier des tentations auxquelles auront pu parfois céder certaines communautés se réclamant de l’Arche. L’Arche ne saurait être un refuge – lieu de régression sécurisante vers l’enfance, le patriarcat ou le tribalisme (comme e.g. ces communautés rurales fondées naguère par[** Lanza del Vasto*] qui se refusaient à « une fraternité sans paternité »)…

Structure symbolique en expansion, l’Arche d’Alliance a en effet vocation à s’étendre du plus petit – Tabernacle de la Loi que doit être chacun de nous – aux dimensions de l’Humanité tout entière. Arche planétaire, arche de paix et de justice qui, espérons-le, se substituera un jour à la Nef des fous qui présentement nous emporte…

Vision sans doute utopique !… Mais à mon cher[** Cioran*], qui professait que « L’utopie est une entreprise qui honore le cœur et disqualifie l’intellect », je préférerai – cette fois – l’écrivain catholique[** Georges Bernanos*], qui écrivait : « Il y a deux sortes d’imbéciles, les optimistes qui sont heureux et les pessimistes qui sont malheureux ».

Aussi, à défaut d’avoir trouvé la radieuse troisième voie – celle de la sagesse – choisirons-nous de croire « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté », comme le pensait [**Gramsci*], en la perfectibilité de l’homme !

[**Francis B. Cousté*]


WUKALI 25/07/2017 (précédemment publie le 24/10/2016)
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Illustration de l’entête: Le roi David dansant devant l’Arche d’Alliance. 17ème siècle, dépôt RMN, musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. © RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi

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